Chicon
Cichorium intybus var. foliosum

Le chicon (Cichorium intybus var. foliosum) est une chicorée que l’on cultive en deux temps : d’abord une racine que l’on fait grossir tout l’été en pleine terre, puis un forçage à l’obscurité qui donne le petit bourgeon blanc et serré que l’on mange. Sélectionné à Bruxelles au XIXe siècle, il est aussi connu sous les noms d’endive et de witloof, littéralement feuille blanche. C’est un légume de saison froide, récolté quand le potager ne donne plus grand-chose. Rien de compliqué, mais il faut accepter d’attendre et de travailler en deux saisons.
Exposition et lumière
Pour la première phase, celle de la racine, le chicon veut du plein soleil ou, à défaut, une lumière franche et continue. La rosette de feuilles vertes doit capter un maximum d’énergie pendant toute la saison de végétation, du printemps à l’automne, pour fabriquer une racine bien charnue : c’est elle, et elle seule, qui nourrira le bourgeon plus tard, sans aucun apport extérieur pendant le forçage. Un coin ombragé ou envahi par des cultures voisines plus hautes donne des racines chétives et un forçage décevant, un chicon petit et creux plutôt que ferme et serré.
La seconde phase, le forçage, se passe au contraire dans le noir complet, l’exact opposé de la première. Une cave, un garage sombre, un carton opaque retourné sur un bac : tout endroit sans la moindre fuite de lumière convient. C’est justement l’absence totale de lumière qui garde le chicon blanc et doux : dès qu’un rai de lumière touche le bourgeon, même faible, la chlorophylle se remet en route et les pointes verdissent, retrouvant l’amertume de la chicorée sauvage d’origine. L’erreur classique du débutant est de croire qu’une pièce simplement sombre suffit : un vasistas qui laisse filtrer un mince filet de jour verdit progressivement tout un bac de chicons en trois semaines.
Arrosage
Pendant la culture de la racine, arrosez régulièrement en été pour que la plante ne subisse jamais de coup de sec prolongé. Une racine qui manque d’eau file en fleur plus vite que prévu et donne un forçage médiocre, un chicon fin et fibreux plutôt que charnu. Un sol qui reste frais en profondeur, sans être détrempé, est l’idéal pendant tout l’été ; un paillage léger entre les rangs aide à limiter l’évaporation pendant les coups de chaud de plein été.
Au forçage, l’humidité doit rester constante mais modérée, jamais stagnante. Si vous forcez en bac de terreau ou de sable, gardez le substrat humide comme une éponge essorée, ni sec ni détrempé. En forçage hydroponique, les racines trempent le collet dans quelques centimètres d’eau que l’on renouvelle pour éviter qu’elle ne stagne et ne s’appauvrisse en oxygène. Trop d’eau stagnante fait pourrir le collet en quelques jours à peine ; pas assez d’humidité et le bourgeon reste rabougri, chétif, incapable de se développer correctement dans l’obscurité.
Sol et rempotage
Pour la racine, visez un sol profond, meuble et sans cailloux, ameubli sur vingt centimètres au moins, plutôt frais et pas trop riche. Le chicon préfère un pH neutre à légèrement basique, entre 6,5 et 7,5 : une terre trop acide freine la croissance de la racine, et un léger chaulage à l’automne précédent corrige utilement le problème. Un excès d’azote ou du fumier frais fait fourcher les racines et donne des chicons mous, lâches, qui tiennent mal debout au forçage.
Évitez de semer le chicon juste après un apport de compost généreux : gardez-le pour une parcelle fumée l’année précédente, le temps que l’azote se stabilise. Un sol trop riche gonfle le feuillage au détriment de la racine, l’inverse de ce que l’on cherche ici. Les meilleures terres restent les limons profonds, ni trop battants ni trop lourds, qui gardent une bonne réserve d’eau tout en laissant les racines pivotantes descendre bien droites sans buter sur une couche compacte.
Température et humidité
La racine se moque du froid modéré et pousse tranquillement tout l’été, sans exigence particulière au-delà d’un minimum de chaleur pour germer au semis. Elle supporte même les premières gelées d’automne, ce qui laisse le temps de l’arracher sans précipitation avant les grands froids. Après l’arrachage, un bref passage au frais, proche de zéro degré pendant une quinzaine de jours avant le forçage, aide la racine à sortir de sa dormance et donne un bourgeon plus régulier.
Le forçage, lui, demande une chaleur douce et régulière, entre 12 et 18 degrés : les sources professionnelles situent plutôt la fourchette entre 10 et 15 degrés en salle climatisée, un peu plus en cave amateur. En dessous, le bourgeon met des semaines de trop à se former ; au-dessus de 18 à 20 degrés, il file, se relâche, s’ouvre, et le risque de pourriture bactérienne grimpe. Une cave qui tient autour de 15 degrés est presque parfaite : cette tiédeur constante dans le noir réveille la racine et fait pousser le chicon en trois à quatre semaines.
Taille et entretien
Il n’y a pas de taille au sens classique, mais deux gestes de coupe qui comptent vraiment. À l’arrachage des racines en automne, coupez le feuillage à environ 2 à 3 centimètres au-dessus du collet, sans blesser le bourgeon central qui est le point de départ du futur chicon. Coupez trop court et vous abîmez le cœur qui ne repartira plus ; coupez trop long et le forçage part de travers, le feuillage fané pourrissant au contact du bourgeon.
Parez aussi le bout des racines si elles sont très longues, pour qu’elles tiennent debout serrées dans le bac : quinze à vingt centimètres suffisent amplement. Une racine bien formée mesure de 3 à 5 centimètres de diamètre au collet, la grosseur d’une belle carotte, lisse, cylindrique et bien droite ; c’est ce calibre qui donne un forçage régulier et un chicon ferme. Les racines trop fines, fourchues ou tordues se jettent ou partent au compost : elles ne donneraient qu’un bourgeon chétif.
Maladies et nuisibles
Au champ, surveillez surtout la rouille et l’oïdium sur le feuillage sous un été humide, ainsi que les limaces qui grignotent les jeunes rosettes et les pucerons qui affaiblissent la plante. Rien de dramatique en général : une rotation des cultures sur trois ou quatre ans et un sol bien drainé suffisent le plus souvent à limiter les dégâts sans traitement.
C’est au forçage que les ennuis guettent vraiment, dans l’air confiné et humide du bac. Le Botrytis, la pourriture grise, forme un feutrage gris cotonneux sur les racines et les bourgeons blessés. La sclérotiniose, plus sournoise, se reconnaît à un feutrage blanc et à de petits amas noirs durs, les sclérotes, qui peuvent contaminer tout un bac en quelques jours. Une pourriture brune malodorante, elle, trahit plutôt l’Erwinia, une bactérie qui profite d’un sol trop riche en azote ou d’un forçage mené trop chaud. Aérez de temps en temps l’endroit de forçage, ne mouillez jamais le cœur des chicons, et retirez sans attendre toute racine qui commence à ramollir ou à sentir.
Multiplication
Le chicon se multiplie par semis, une fois par an au printemps, à environ un centimètre de profondeur. Semez directement en place dès que le sol est réchauffé à 10 ou 12 degrés, en lignes espacées de 30 centimètres, puis éclaircissez pour ne garder qu’un plant tous les 15 à 20 centimètres sur le rang. C’est cet éclaircissage qui décide de la grosseur finale des racines : trop serré, elles restent fines ; bien espacées, elles atteignent le calibre de 3 à 5 centimètres recherché pour un bon forçage.
Vient ensuite le forçage proprement dit, le vrai savoir-faire du chicon. Les variétés modernes comme 'Zoom F1' ou 'Bingo F1', sélectionnées pour se passer de couverture de terre, se forcent en bac ou en hydroponie et donnent un chicon prêt en trois à quatre semaines. Les variétés traditionnelles comme la Witloof Normale, elles, réclament encore une couverture de terre par-dessus les racines et un forçage plus long, quatre à six semaines, pour un chicon plus rustique, apprécié des puristes.
On ne bouture pas le chicon et on ne récolte pas ses graines au potager, car c’est une bisannuelle : elle ne fleurit que la deuxième année, et une racine forcée est de toute façon consommée avant. Rachetez donc des graines chaque printemps.
Climat et rusticité
Où et sous quel climat elle tient
La chicorée dont le chicon est issu est une plante rustique de plein champ : l’espèce sauvage passe sans dommage des hivers de zone USDA 3, et la rosette de première année encaisse quelques degrés sous zéro sans broncher. Ce n’est donc jamais le froid qui décide de la réussite, mais la longueur de la saison : il faut environ cinq mois entre la levée et l’arrachage pour qu’une racine atteigne les 3 à 5 centimètres de diamètre au collet qui font un bon forçage.
Sous climat tempéré océanique, doux et humide, la culture se déroule sans histoire : c’est le terrain de jeu naturel de la plante. En climat continental à été chaud et hiver sec, semez dès que le sol tient 10 à 12 degrés et paillez le rang, car un coup de sec prolongé fait monter la plante à graine et la racine ne rattrape jamais son retard. Sous été court ou en altitude, les cinq mois sont tout juste comptés : mieux vaut accepter des racines un peu plus fines que de semer dans une terre encore froide, ce qui déclenche la montaison. En climat méditerranéen ou subtropical, la difficulté se déplace : la chaleur de l’été fait filer la plante, et c’est la saison fraîche qui devient la bonne période de croissance de la racine.
Le forçage, lui, se moque du climat du dehors puisqu’il se passe dans le noir, mais il exige 12 à 18 degrés constants. Là où l’hiver reste doux, une cave dépasse souvent ces valeurs et le bourgeon file, mou et ouvert : cherchez alors la pièce la plus fraîche de la maison, un cellier non chauffé ou un local climatisé. À l’inverse, une cave qui descend sous 10 degrés n’empêche pas le forçage, elle le ralentit nettement. Le repos au froid se règle de toute façon à la main : la quinzaine de jours proche de zéro degré qui précède le forçage se donne au réfrigérateur ou dans un silo de sable tenu au frais, faute de quoi les bourgeons démarrent en ordre dispersé.
Votre chicon, suivi mois après mois
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Identifier ma planteCalendrier d’entretien mois par mois
| Janvier | Pleine saison de forçage : sortez les chicons formés de la cave et lancez un nouveau bac de racines pour étaler la récolte. Guettez le feutrage gris du Botrytis et aérez un peu l’endroit de forçage. |
|---|---|
| Février | On force toujours. Récoltez les derniers bourgeons des racines mises en cave en janvier, en coupant à la base sans abîmer le collet. Commandez les graines pour le semis, les variétés modernes partent vite. |
| Mars | Fin du forçage avec les dernières racines stockées au frais. Nettoyez et désinfectez le matériel de cave. Préparez la parcelle du semis : ameublissez en profondeur, sans fumier frais ni compost généreux. |
| Avril | Ameublissez le sol sur vingt centimètres au moins et retirez les cailloux qui feraient fourcher les racines. Encore trop tôt pour semer dehors : la terre reste fraîche et le chicon monterait en fleur. |
| Mai | Premiers semis en pleine terre, à un centimètre de profondeur, en lignes espacées de 30 centimètres. Attendez que le sol soit réchauffé. Arrosez pour assurer une levée homogène en une dizaine de jours. |
| Juin | Poursuivez les semis et éclaircissez à un plant tous les 15 à 20 centimètres sur le rang : c’est cet éclaircissage qui fera de belles racines calibrées. Surveillez les limaces sur les jeunes rosettes. |
| Juillet | La racine grossit tranquillement sous la rosette. Arrosez par temps sec pour éviter tout coup de chaud qui ferait monter la plante en fleur. Désherbez entre les lignes sans blesser le collet. |
| Août | Continuez à tenir le sol frais sans excès. Surveillez rouille et oïdium sur le feuillage par temps humide. Rien à récolter encore : la patience du chicon travaille sous terre. |
| Septembre | Les racines finissent de se remplir et approchent leur calibre final, 3 à 5 centimètres au collet. Laissez la rosette capter la lumière d’automne. Repérez les plus belles racines pour le premier forçage. |
| Octobre | Premiers arrachages : coupez le feuillage à 2 ou 3 centimètres du collet sans blesser le bourgeon. Laissez ressuyer au frais quelques jours, puis lancez le premier bac de forçage, au noir complet. |
| Novembre | Arrachez le reste des racines avant les grosses gelées et stockez-les au frais, comme des carottes. Échelonnez les mises au forçage toutes les deux ou trois semaines. Premières récoltes de chicons blancs. |
| Décembre | Pleine récolte de forçage : coupez les chicons formés à la base et relancez aussitôt un nouveau bac. Vérifiez que la cave reste entre 12 et 18 degrés, dans le noir complet, sans fuite de lumière. |
Les astuces de Green Hub
- Testez l’étanchéité de votre cache à la lumière en y passant la main en plein jour : si vous distinguez le contour de vos doigts, un peu de clarté filtre et verdira les bourgeons.
- Le forçage traditionnel avec couverture de terre, réservé aux variétés rustiques comme la Witloof Normale, prend quatre à six semaines ; le forçage moderne en bac nu, avec des hybrides comme 'Zoom F1' ou 'Bingo F1', n’en demande que trois à quatre.
- Laissez les racines fraîchement arrachées passer une quinzaine de jours au frais, proche de zéro degré, avant le forçage : ce repos au froid aide le bourgeon à démarrer de façon régulière plutôt que par à-coups.
- Une pourriture brune malodorante plutôt qu’un feutrage gris trahit souvent l’Erwinia, une bactérie qui profite d’un sol trop riche en azote ou d’un forçage mené trop chaud, au-dessus de 18 à 20 degrés.
- Échelonnez les mises au forçage, une caisse de racines toutes les deux ou trois semaines, pour récolter du chicon frais tout l’hiver plutôt que tout d’un coup.
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Comment cette fiche est écrite
Rédigée pour Green Hub avec l’aide de modèles de langage, puis relue. Elle donne des repères de jardinage, pas un avis professionnel : en cas de doute sur la toxicité d’une plante pour un enfant ou un animal, demande à un vétérinaire, à un médecin ou au Centre Antipoisons.