Chicon
Cichorium intybus var. foliosum
Le chicon (Cichorium intybus var. foliosum) est le légume belge par excellence, la fameuse endive de Bruxelles, aussi appelée witloof en néerlandais. Sa particularité est de se cultiver en deux temps : d’abord une racine que l’on fait grossir tout l’été en pleine terre, puis un forçage à l’obscurité en hiver qui donne le petit bourgeon blanc et serré que l’on mange. C’est un légume d’hiver typiquement de chez nous, qui accompagne la région de Herve depuis des générations. Rien de compliqué, mais il faut accepter d’attendre et de travailler en deux saisons.
Exposition et lumière
Pour la première phase, celle de la racine, le chicon veut du plein soleil ou, à défaut, une lumière franche et continue. La rosette de feuilles vertes doit capter un maximum d’énergie de mai à octobre pour fabriquer une racine bien charnue : c’est elle, et elle seule, qui nourrira le bourgeon plus tard, sans aucun apport extérieur pendant le forçage. Un coin ombragé ou envahi par des cultures voisines plus hautes donne des racines chétives et un forçage décevant, un chicon petit et creux plutôt que ferme et serré.
La seconde phase, le forçage, se passe au contraire dans le noir complet, l’exact opposé de la première. Une cave, un garage sombre, un carton opaque retourné sur un bac : tout endroit sans la moindre fuite de lumière convient. C’est justement l’absence totale de lumière qui garde le chicon blanc et doux : dès qu’un rai de lumière touche le bourgeon, même faible, la chlorophylle se remet en route et les pointes verdissent, retrouvant l’amertume de la chicorée sauvage d’origine. L’erreur classique du débutant est de croire qu’une pièce simplement sombre suffit : un vasistas qui laisse filtrer un mince filet de jour verdit progressivement tout un bac de chicons en trois semaines.
Arrosage
Pendant la culture de la racine, arrosez régulièrement en été pour que la plante ne subisse jamais de coup de sec prolongé. Une racine qui manque d’eau file en fleur plus vite que prévu et donne un forçage médiocre, un chicon fin et fibreux plutôt que charnu. Un sol qui reste frais en profondeur, sans être détrempé, est l’idéal de juin à septembre ; un paillage léger entre les rangs aide à limiter l’évaporation pendant les coups de chaud de juillet.
Au forçage, l’humidité doit rester constante mais modérée, jamais stagnante. Si vous forcez en bac de terreau ou de sable, gardez le substrat humide comme une éponge essorée, ni sec ni détrempé. En forçage hydroponique, les racines trempent le collet dans quelques centimètres d’eau que l’on renouvelle pour éviter qu’elle ne stagne et ne s’appauvrisse en oxygène. Trop d’eau stagnante fait pourrir le collet en quelques jours à peine ; pas assez d’humidité et le bourgeon reste rabougri, chétif, incapable de se développer correctement dans l’obscurité.
Sol et rempotage
Pour la racine, visez un sol profond, meuble et sans cailloux, ameubli sur vingt centimètres au moins, plutôt frais et pas trop riche. Le chicon préfère un pH neutre à légèrement basique, entre 6,5 et 7,5 : une terre trop acide freine la croissance de la racine, et un léger chaulage à l’automne précédent corrige utilement le problème. Un excès d’azote ou du fumier frais fait fourcher les racines et donne des chicons mous, lâches, qui tiennent mal debout au forçage.
Évitez de semer le chicon juste après un apport de compost généreux : gardez-le pour une parcelle fumée l’année précédente, le temps que l’azote se stabilise. Un sol trop riche gonfle le feuillage au détriment de la racine, l’inverse de ce que l’on cherche ici. Les meilleures terres restent les limons profonds, ni trop battants ni trop lourds, qui gardent une bonne réserve d’eau tout en laissant les racines pivotantes descendre bien droites sans buter sur une couche compacte.
Température et humidité
La racine se moque du froid modéré et pousse tranquillement tout l’été belge, sans exigence particulière au-delà d’un minimum de chaleur pour germer au semis. Elle supporte même les premières gelées d’automne, ce qui laisse le temps de l’arracher sans précipitation en octobre ou novembre. Après l’arrachage, un bref passage au frais, proche de zéro degré pendant une quinzaine de jours avant le forçage, aide la racine à sortir de sa dormance et donne un bourgeon plus régulier.
Le forçage, lui, demande une chaleur douce et régulière, entre 12 et 18 degrés : les sources professionnelles situent plutôt la fourchette entre 10 et 15 degrés en salle climatisée, un peu plus en cave amateur. En dessous, le bourgeon met des semaines de trop à se former ; au-dessus de 18 à 20 degrés, il file, se relâche, s’ouvre, et le risque de pourriture bactérienne grimpe. Une cave belge qui tient autour de 15 degrés est presque parfaite : cette tiédeur constante dans le noir réveille la racine et fait pousser le chicon en trois à quatre semaines.
Taille et entretien
Il n’y a pas de taille au sens classique, mais deux gestes de coupe qui comptent vraiment. À l’arrachage des racines en automne, coupez le feuillage à environ 2 à 3 centimètres au-dessus du collet, sans blesser le bourgeon central qui est le point de départ du futur chicon. Coupez trop court et vous abîmez le cœur qui ne repartira plus ; coupez trop long et le forçage part de travers, le feuillage fané pourrissant au contact du bourgeon.
Parez aussi le bout des racines si elles sont très longues, pour qu’elles tiennent debout serrées dans le bac : quinze à vingt centimètres suffisent amplement. Une racine bien formée mesure de 3 à 5 centimètres de diamètre au collet, la grosseur d’une belle carotte, lisse, cylindrique et bien droite ; c’est ce calibre qui donne un forçage régulier et un chicon ferme. Les racines trop fines, fourchues ou tordues se jettent ou partent au compost : elles ne donneraient qu’un bourgeon chétif.
Maladies et nuisibles
Au champ, surveillez surtout la rouille et l’oïdium sur le feuillage par nos étés humides, ainsi que les limaces qui grignotent les jeunes rosettes et les pucerons qui affaiblissent la plante. Rien de dramatique en général : une rotation des cultures sur trois ou quatre ans et un sol bien drainé suffisent le plus souvent à limiter les dégâts sans traitement.
C’est au forçage que les ennuis guettent vraiment, dans l’air confiné et humide du bac. Le Botrytis, la pourriture grise, forme un feutrage gris cotonneux sur les racines et les bourgeons blessés. La sclérotiniose, plus sournoise, se reconnaît à un feutrage blanc et à de petits amas noirs durs, les sclérotes, qui peuvent contaminer tout un bac en quelques jours. Une pourriture brune malodorante, elle, trahit plutôt l’Erwinia, une bactérie qui profite d’un sol trop riche en azote ou d’un forçage mené trop chaud. Aérez de temps en temps l’endroit de forçage, ne mouillez jamais le cœur des chicons, et retirez sans attendre toute racine qui commence à ramollir ou à sentir.
Multiplication
Le chicon se multiplie par semis, une fois par an au printemps, à environ un centimètre de profondeur. Semez directement en place de mai à juin, en lignes espacées de 30 centimètres, puis éclaircissez pour ne garder qu’un plant tous les 15 à 20 centimètres sur le rang. C’est cet éclaircissage qui décide de la grosseur finale des racines : trop serré, elles restent fines ; bien espacées, elles atteignent le calibre de 3 à 5 centimètres recherché pour un bon forçage.
Vient ensuite le forçage proprement dit, le vrai savoir-faire du chicon. Les variétés modernes comme 'Zoom F1' ou 'Bingo F1', sélectionnées pour se passer de couverture de terre, se forcent en bac ou en hydroponie et donnent un chicon prêt en trois à quatre semaines. Les variétés traditionnelles comme la Witloof Normale, elles, réclament encore une couverture de terre par-dessus les racines et un forçage plus long, quatre à six semaines, pour un chicon plus rustique, apprécié des puristes.
On ne bouture pas le chicon et on ne récolte pas ses graines au potager, car c’est une bisannuelle : elle ne fleurit que la deuxième année, et une racine forcée est de toute façon consommée avant. Rachetez donc des graines chaque printemps.
Le conseil local
En Belgique (climat de Herve, zone 8a)
Le chicon est né ici, et l’histoire est plutôt bien documentée. La légende situe l’origine vers 1830 dans la vallée du Josaphat à Schaerbeek : un paysan y aurait caché des racines de chicorée pour échapper aux réquisitions, et les aurait retrouvées transformées en un bourgeon blanc et tendre. La version la plus solide date d’environ 1850 : Franciscus Bréziers, jardinier en chef du Jardin botanique de Bruxelles, alors installé porte de Schaerbeek, systématise le forçage à l’obscurité par sélection de chicorées sauvages, donnant naissance au witloof, littéralement feuille blanche en néerlandais. La découverte gagne la France dès 1873, présentée à l’exposition d’horticulture de Gand.
Tout commence par un semis en pleine terre en mai ou juin, une fois le sol réchauffé. La racine grossit ensuite tout l’été et l’automne, discrètement, sous une simple rosette de feuilles vertes que l’on ne mange pas. En octobre ou novembre, on arrache les racines, on coupe le feuillage juste au-dessus du bourgeon, et on les laisse ressuyer quelques jours au frais avant de lancer le forçage : bac de terreau ou de sable en cave sombre entre 12 et 18 degrés, ou hydroponie le collet dans l’eau.
Dans le noir complet, chaque racine pousse un bourgeon blanc et serré en trois à quatre semaines. En échelonnant les mises au forçage, une caisse toutes les deux ou trois semaines, on récolte du chicon frais de novembre jusqu’en mars, en plein cœur de l’hiver humide. Souvenez-vous de la règle d’or : la moindre lumière verdit le bourgeon et le rend amer, alors gardez le forçage dans le noir absolu.
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Identifier ma planteCalendrier d’entretien mois par mois
| Janvier | Pleine saison de forçage : sortez les chicons formés de la cave et lancez un nouveau bac de racines pour étaler la récolte. Guettez le feutrage gris du Botrytis et aérez un peu l’endroit de forçage. |
|---|---|
| Février | On force toujours. Récoltez les derniers bourgeons des racines mises en cave en janvier, en coupant à la base sans abîmer le collet. Commandez les graines pour le semis, les variétés modernes partent vite. |
| Mars | Fin du forçage avec les dernières racines stockées au frais. Nettoyez et désinfectez le matériel de cave. Préparez la parcelle du semis : ameublissez en profondeur, sans fumier frais ni compost généreux. |
| Avril | Ameublissez le sol sur vingt centimètres au moins et retirez les cailloux qui feraient fourcher les racines. Encore trop tôt pour semer dehors : la terre reste fraîche et le chicon monterait en fleur. |
| Mai | Premiers semis en pleine terre, à un centimètre de profondeur, en lignes espacées de 30 centimètres. Attendez que le sol soit réchauffé. Arrosez pour assurer une levée homogène en une dizaine de jours. |
| Juin | Poursuivez les semis et éclaircissez à un plant tous les 15 à 20 centimètres sur le rang : c’est cet éclaircissage qui fera de belles racines calibrées. Surveillez les limaces sur les jeunes rosettes. |
| Juillet | La racine grossit tranquillement sous la rosette. Arrosez par temps sec pour éviter tout coup de chaud qui ferait monter la plante en fleur. Désherbez entre les lignes sans blesser le collet. |
| Août | Continuez à tenir le sol frais sans excès. Surveillez rouille et oïdium sur le feuillage par temps humide. Rien à récolter encore : la patience du chicon travaille sous terre. |
| Septembre | Les racines finissent de se remplir et approchent leur calibre final, 3 à 5 centimètres au collet. Laissez la rosette capter la lumière d’automne. Repérez les plus belles racines pour le premier forçage. |
| Octobre | Premiers arrachages : coupez le feuillage à 2 ou 3 centimètres du collet sans blesser le bourgeon. Laissez ressuyer au frais quelques jours, puis lancez le premier bac de forçage, au noir complet. |
| Novembre | Arrachez le reste des racines avant les grosses gelées et stockez-les au frais, comme des carottes. Échelonnez les mises au forçage toutes les deux ou trois semaines. Premières récoltes de chicons blancs. |
| Décembre | Pleine récolte de forçage : coupez les chicons formés à la base et relancez aussitôt un nouveau bac. Vérifiez que la cave reste entre 12 et 18 degrés, dans le noir complet, sans fuite de lumière. |
Les astuces de Green Hub
- Testez l’étanchéité de votre cache à la lumière en y passant la main en plein jour : si vous distinguez le contour de vos doigts, un peu de clarté filtre et verdira les bourgeons.
- Le forçage traditionnel avec couverture de terre, réservé aux variétés rustiques comme la Witloof Normale, prend quatre à six semaines ; le forçage moderne en bac nu, avec des hybrides comme 'Zoom F1' ou 'Bingo F1', n’en demande que trois à quatre.
- Laissez les racines fraîchement arrachées passer une quinzaine de jours au frais, proche de zéro degré, avant le forçage : ce repos au froid aide le bourgeon à démarrer de façon régulière plutôt que par à-coups.
- Une pourriture brune malodorante plutôt qu’un feutrage gris trahit souvent l’Erwinia, une bactérie qui profite d’un sol trop riche en azote ou d’un forçage mené trop chaud, au-dessus de 18 à 20 degrés.
- Échelonnez les mises au forçage, une caisse de racines toutes les deux ou trois semaines, pour récolter du chicon frais tout l’hiver plutôt que tout d’un coup.
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