Prairie fleurie et insectes auxiliaires : jardiner pour la biodiversité
Une prairie fleurie et quelques gestes simples suffisent à transformer un jardin en refuge pour les insectes auxiliaires : coccinelles, chrysopes et syrphes dévorent les pucerons, tandis qu’abeilles sauvages, bourdons et papillons assurent la pollinisation. La Belgique compte environ 400 espèces d’abeilles sauvages, dont 30 à 40 % sont aujourd’hui menacées, surtout par la disparition des prairies et l’usage des pesticides. Trois leviers comptent vraiment pour les faire revenir : semer une prairie fleurie avec des graines indigènes, faucher tard en exportant les résidus de coupe, et installer un hôtel à insectes bien exposé en bannissant les traitements chimiques.
Les insectes auxiliaires : qui ils sont et ce qu’ils font au jardin
Un insecte auxiliaire rend service au jardinier sans qu’on ait besoin de le rémunérer : il pollinise les fleurs ou il chasse les ravageurs. Les pollinisateurs, abeilles sauvages, bourdons, syrphes adultes et papillons, transportent le pollen de fleur en fleur. La Belgique héberge environ 400 espèces d’abeilles sauvages, qui assurent l’essentiel du travail dans un jardin de particulier ; le Service public de Wallonie rappelle qu’environ 75 % des cultures dépendent au moins partiellement de cette pollinisation.
Les prédateurs, eux, régulent les ravageurs sans intervention chimique. La larve de coccinelle dévore plusieurs centaines de pucerons avant de se transformer en adulte. La larve de chrysope, surnommée le lion des pucerons pour sa mâchoire recourbée, en consomme entre 200 et 500 durant son développement ; l’adulte ne se nourrit que de nectar et de pollen, devenant lui aussi pollinisateur. La larve de syrphe, fusiforme et dépourvue de pattes, engloutit entre 400 et 900 pucerons en deux à trois semaines. Ces trois auxiliaires suffisent souvent, à eux seuls, à contenir une invasion sans aucun traitement.
Trois gestes pour les attirer : hôtel, jachère et zéro pesticide
Le geste le plus efficace, et le moins cher, c’est d’arrêter les pesticides, y compris les produits dits naturels comme le purin d’ortie pulvérisé à large échelle, qui tuent aussi les larves de syrphes et de chrysopes. L’asbl namuroise Adalia, née en 2001 de la campagne Coccinelles plutôt que pesticides, anime un réseau de pépinières labellisées Jardiner sans pesticides et accompagne les communes wallonnes vers le zéro phyto.
Deuxième geste : laisser une zone du jardin non tondue toute la saison, même un simple coin d’un mètre carré contre une haie. Les hautes herbes hébergent les chenilles, les tiges creuses logent les larves, et les fleurs spontanées comme le pissenlit nourrissent les premiers butineurs. Troisième geste : installer un hôtel à insectes, orienté plein sud ou sud-est pour au moins six heures de soleil, à l’abri du vent et de la pluie, fixé immobile à hauteur d’homme, rempli de tiges creuses de bambou ou de sureau évidé et de bûches percées de trous de deux à dix millimètres : chaque diamètre attire une espèce différente d’abeille solitaire. Le plan Maya de la Région wallonne recommande ces trois gestes combinés.
Semer une prairie fleurie : sol pauvre et graines indigènes
Une prairie fleurie ne se plante pas dans la pelouse existante, elle se sème sur un sol appauvri. Les fleurs sauvages comme le bleuet, le coquelicot ou la centaurée sont adaptées aux terres pauvres et se font étouffer par les graminées dès qu’on apporte engrais ou compost. Si le terrain est riche, appauvrissez-le en le fauchant plusieurs fois en exportant les résidus, ou en mélangeant un peu de sable avant semis. Travaillez la terre en surface sur deux à trois centimètres, sans bêcher, pour ne pas remonter un stock de graines d’adventices.
Deux fenêtres de semis fonctionnent : fin mars à début mai, ou fin août à début octobre, qui donne une floraison plus franche dès le printemps suivant et supporte mieux les printemps secs de la Belgique. Comptez environ cinq grammes de graines par mètre carré. La RTBF a documenté le leurre de certains sachets bon marché, composés de variétés horticoles exotiques comme des bleuets et des cosmos sélectionnés pour de grosses fleurs, qui attirent l’oeil des insectes sans leur offrir de nectar exploitable. Un semencier wallon comme Ecosem propose des graines de souche indigène et locale, plus utiles à la faune.
La fauche tardive : le geste qui décide de tout
Une prairie fleurie se fauche, elle ne se tond pas. La règle de base recommandée par Natagora pour un jardin de particulier est une fauche unique par an, à l’automne, une fois que les fleurs tardives ont eu le temps de grainer. Une prairie plus riche en graminées vivaces supporte deux coupes, une en juin après la floraison des espèces précoces et une seconde en septembre, ce qui favorise la diversité floristique. Exportez systématiquement les résidus de fauche : les laisser sur place enrichit le sol en azote, au détriment des fleurs.
Laissez toujours une portion non fauchée, un quart à un tiers de la surface, en la faisant tourner d’une année sur l’autre : c’est le refuge où hivernent chenilles, oeufs et larves. La Wallonie applique ce même principe à grande échelle depuis 1995 : la convention Bords de route, signée par les 262 communes wallonnes, impose une fauche après le 1er août au nord du sillon Sambre-et-Meuse et après le 1er septembre au sud, sur plus de 17 000 kilomètres d’accotements. Plus de 700 espèces végétales, soit la moitié de la flore wallonne, y ont été recensées depuis.
Quelles fleurs planter en complément, saison après saison
La prairie fleurie nourrit surtout l’été, mais les insectes ont besoin de ressources du premier redoux de février jusqu’aux gelées d’octobre. Complétez-la avec des massifs qui étalent la floraison. En sortie d’hiver, le crocus et le noisetier fournissent le premier pollen aux bourdons reines et aux abeilles solitaires qui émergent tôt, parfois dès février en Belgique. Au printemps et en été, misez sur les aromatiques mellifères : thym, origan, sauge, romarin et lavande attirent en continu abeilles, bourdons et papillons, et la mélisse, surnommée herbe à abeilles, complète la palette.
Le buddleia, ou arbre à papillons, porte bien son nom : ses panicules parfumées concentrent des dizaines de papillons en une après-midi ensoleillée. La capucine attire pucerons et syrphes à la fois, ce qui en fait une plante piège utile près du potager. Marguerite et échinacée offrent aux syrphes un accès facile au nectar, tandis que pétunia et verveine prolongent l’offre jusqu’en fin d’été. Sureau et chèvrefeuille apportent fleurs pour les butineurs et fruits pour les oiseaux. Étaler les floraisons, du crocus au sureau, évite les disettes qui font fuir les auxiliaires en place.
Les fiches d’entretien à consulter
Chaque plante citée a sa fiche complète : arrosage, exposition, sol, maladies et calendrier mois par mois.
Lavande vraie
Lavandula angustifolia
La lavande vraie (Lavandula angustifolia) est une plante méditerranéenne rustique qui parfume et attire les abeilles…
Buddleia
Buddleja davidii
Le buddleia (Buddleja davidii), surnommé l’arbre aux papillons, est un arbuste increvable qui a conquis les jardins de…
Echinacée
Echinacea purpurea
L’échinacée (Echinacea purpurea) est une grande vivace robuste venue des prairies d’Amérique du Nord, reconnaissable à…
Marguerite
Leucanthemum vulgare
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Sauge officinale
Salvia officinalis
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Origan commun
Origanum vulgare
L’origan (Origanum vulgare) est une aromatique vivace et robuste, taillée pour le soleil et les sols secs. En Belgique,…
Thym
Thymus vulgaris
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Romarin
Salvia rosmarinus
Le romarin (Salvia rosmarinus, longtemps nommé Rosmarinus officinalis) est un arbuste méditerranéen persistant, aux…
Capucine
Tropaeolum majus
La capucine (Tropaeolum majus) est une annuelle originaire des hauteurs andines du Pérou et de Colombie, devenue une…
Petunia
Petunia
Le petunia (genre Petunia), aussi vendu sous le nom de Surfinia pour ses variétés retombantes, est la plante reine des…
Sureau noir
Sambucus nigra
Le sureau noir (Sambucus nigra) est un grand arbuste indigène qui pousse spontanément dans nos haies, le long des…
Noisetier
Corylus avellana
Le noisetier (Corylus avellana) est un arbuste indigène de nos campagnes, présent depuis toujours dans les haies…
Chèvrefeuille
Lonicera
Le chèvrefeuille (Lonicera) est une plante familière de nos haies et de nos jardins, connue pour ses fleurs tubulaires…
Mélisse citronnelle
Melissa officinalis
La mélisse citronnelle (Melissa officinalis) est une vivace rustique au feuillage gaufré qui dégage un parfum de citron…
Verveine citronnelle
Aloysia citriodora
La verveine citronnelle (Aloysia citriodora) est un arbuste dont les feuilles froissées dégagent un parfum de citron…
Crocus
Crocus
Le crocus (Crocus) est la toute première touche de couleur du jardin belge en sortie d’hiver. En région de Herve, il…
Questions fréquentes
Quand semer une prairie fleurie en Belgique pour une floraison optimale ?
Deux périodes conviennent : fin mars à début mai, ou fin août à début octobre. Le semis d’automne est aujourd’hui souvent préféré, car il donne une floraison plus complète dès le printemps suivant et résiste mieux aux printemps secs que connaît la Belgique ces dernières années. Comptez environ cinq grammes de graines au mètre carré sur un sol préalablement appauvri.
Combien de fois par an faut-il faucher une prairie fleurie ?
Une prairie fleurie simple se fauche une seule fois, à l’automne, une fois les fleurs tardives grainées. Une prairie plus riche en graminées vivaces supporte deux fauches, une en juin et une en septembre, ce qui renforce la diversité florale avec le temps. Dans les deux cas, exportez le foin coupé et laissez toujours une portion de la surface non fauchée en refuge.
Quels insectes auxiliaires luttent contre les pucerons au jardin ?
Trois principaux : la coccinelle, la chrysope, dont la larve porte le surnom de lion des pucerons, et le syrphe. Une larve de chrysope consomme entre 200 et 500 pucerons durant son développement, une larve de syrphe entre 400 et 900. Attirer ces auxiliaires suffit, dans la majorité des jardins, à éviter tout traitement chimique contre les pucerons.
Comment installer un hôtel à insectes efficace pour les abeilles solitaires ?
Orientez-le plein sud ou sud-est, pour qu’il reçoive au moins six heures de soleil et reste à l’abri du vent et de la pluie battante. Fixez-le immobile, à hauteur d’homme, et remplissez-le de tiges creuses de bambou ou de sureau, de bûches percées de trous de deux à dix millimètres et de briques creuses : chaque diamètre héberge une espèce différente d’abeille solitaire.
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