Fleurs vivaces : choisir, planter et fleurir sans trou toute la saison
Une vivace est une plante dont la souche survit au repos végétatif et repart d’elle-même chaque année, là où une annuelle boucle sa vie entière en une seule saison et où une bisannuelle attend sa deuxième année pour fleurir avant de mourir. Toute la réussite d’un massif tient à cette distinction, puis à trois gestes : choisir des plantes dont la rusticité couvre vraiment vos hivers, échelonner leurs floraisons pour qu’il y ait toujours quelque chose en fleur, et diviser les touffes quand elles se creusent.
Un massif de vivaces qui revient chaque année se construit en quatre décisions. On vérifie d’abord la rusticité de chaque plante en zone USDA ou en température minimale, parce que ce sont ces valeurs, et non l’adjectif rustique, qui disent si elle repartira chez vous. On choisit ensuite la plante pour la place, en croisant lumière, drainage et nature du sol, jamais l’inverse. On échelonne les floraisons pour couvrir la saison de bout en bout, de l’hellébore de fin d’hiver aux asters et aux graminées d’automne. On plante enfin en quinconce, à l’étalement adulte, en acceptant que la touffe mette trois ans à donner son plein effet, puis on la divise tous les trois à cinq ans.
Vivace, annuelle, bisannuelle : la confusion qui bloque tout le reste
Trois mots suffisent à trier presque tout le rayon des fleurs, et la plupart des échecs de débutants viennent de leur confusion. Une annuelle germe, fleurit, graine et meurt dans la même saison : la capucine et le pétunia ne connaissent qu’un seul été, et rien ne les fera revenir. Une bisannuelle prend deux saisons : rosette de feuilles la première année, tige florale et graines la seconde, puis elle disparaît. La digitale pourpre (Digitalis purpurea) en est l’exemple type, et elle imite la vivace parce qu’elle se ressème au pied de la précédente ; notez au passage que toutes ses parties sont hautement toxiques. La monnaie du pape (Lunaria annua) joue le même tour, avec un nom d’espèce qui ment. Une vivace, elle, garde une souche vivante pendant le repos végétatif et repart du même pied, plusieurs années de suite.
Reste la quatrième catégorie, celle qui explique la plus grosse part des malentendus : la vivace gélive, cultivée en annuelle là où l’hiver la tue. Le géranium des balcons n’est pas un géranium mais un pélargonium, vivace des zones 10 et 11, qui vit des années sous un climat sans gel et meurt à la première nuit franchement négative ailleurs. Le dahlia est une vivace à tubercule, tenue en pleine terre à partir de la zone 7 et déterrée plus au froid. La verveine de Buenos Aires (Verbena bonariensis) est vivace de la zone 7 à la zone 11 et se vend partout ailleurs comme une annuelle d’été.
| Cycle de vie | Ce qui se passe | Exemples | Ce qu’on fait en fin de saison |
|---|---|---|---|
| Annuelle | Germe, fleurit, graine et meurt dans la même saison | Capucine, pétunia, cosmos | Rien à sauver, on ressème ou on rachète |
| Bisannuelle | Rosette de feuilles la première année, floraison et graines la seconde, puis elle meurt | Digitale pourpre (Digitalis purpurea), monnaie du pape (Lunaria annua) | On laisse grainer pour obtenir la génération suivante |
| Vivace rustique | La souche survit au repos végétatif et repart du même pied pendant des années | Échinacée, hosta, pivoine, sauge des bois, orpin | On trie : rabattre ce qui s’affaisse, laisser debout ce qui tient |
| Vivace gélive, cultivée en annuelle | Vivace sous son climat d’origine, tuée par le gel ailleurs | Pélargonium (géranium des balcons), dahlia, verveine de Buenos Aires | On hiverne hors gel, ou on l’assume comme plante d’une saison |
Annuelle et vivace ne décrivent donc pas la plante seule, mais le couple formé par la plante et le climat. Une étiquette qui promet une vivace sans dire jusqu’où elle descend ne vous apprend rien d’utilisable.
La rusticité : la seule donnée qui dit si elle reviendra
La zone USDA est le repère le plus répandu et le plus facile à transposer d’un pays à l’autre. Elle ne décrit ni la latitude ni l’altitude, mais la moyenne des minimums annuels extrêmes relevés sur trente ans à un endroit donné. Chaque zone couvre une bande de 10 °F, soit 5,6 °C, coupée en deux demi-zones a et b. En pratique : la zone 4 descend vers -34 °C, la zone 5 vers -29 °C, la zone 6 vers -23 °C, la zone 7 vers -18 °C, la zone 8 vers -12 °C et la zone 9 vers -7 °C. Une échinacée pourpre donnée pour les zones 3a à 8b encaisse donc des hivers descendant vers -37 °C.
L’adjectif rustique, lui, ne dit rien, et deux plantes du même rayon le prouvent. La lavande vraie (Lavandula angustifolia) tient de la zone 5a à la zone 9b, soit environ -29 °C. La lavande papillon (Lavandula stoechas), vendue sous le même mot lavande et souvent plus fleurie en pot, ne commence qu’à la zone 8a, soit environ -12 °C. Près de dix-sept degrés d’écart : voilà pourquoi on cherche le chiffre plutôt que l’adjectif.
Deux nuances avant de s’y fier aveuglément. La zone est un plancher théorique : en climat océanique humide, ce n’est presque jamais le froid qui tue, mais l’eau qui stagne autour du collet pendant les mois froids. Lavande, échinacée, agastache, orpin et gaura meurent plus souvent d’un sol gorgé d’eau que d’une gelée, et le même cultivar survit à -25 °C dans un sol drainé tout en pourrissant à -5 °C dans une argile compactée. Il existe aussi une borne haute : une vivace donnée pour les zones 3 à 8 s’épuise là où l’hiver ne descend jamais, faute d’un repos assez marqué pour être déclenché.
Choisir la place d’abord, la plante ensuite
Une vivace ne se déplace pas comme un meuble : on l’installe pour des années, et le tri part donc de l’endroit, pas de l’envie. Comptez les heures de soleil direct que reçoit la zone en pleine saison, puis testez le drainage : un trou de 30 cm rempli d’eau doit se vider en quelques heures ; s’il est encore plein le lendemain, vous êtes en sol lourd et la liste des candidates change complètement.
Plein soleil et sol drainé, même pauvre, c’est la case la plus fournie. La lavande vraie 'Hidcote' y forme une boule compacte de 30 à 60 cm. La sauge des bois (Salvia nemorosa) 'Caradonna' y dresse des épis violets sur des tiges presque noires, entre 45 et 60 cm, de la zone 4 à la zone 8. L’orpin d’automne Hylotelephium 'Herbstfreude', encore vendu sous le nom Sedum 'Autumn Joy', tient de la zone 3 à la zone 9 sans réclamer d’arrosage une fois installé, et garde ses tiges dressées tout l’hiver.
Soleil et sol frais, c’est le domaine des grandes floraisons d’été. L’échinacée pourpre 'Magnus', élue plante vivace de l’année 1998 par la Perennial Plant Association, monte à un mètre sur des tiges qui ne plient pas. Le phlox paniculé 'David', élu en 2002, a été retenu pour ses fleurs blanches mais surtout pour sa résistance à l’oïdium, le défaut chronique du genre. La grande marguerite Leucanthemum × superbum 'Becky', élue en 2003, tient de la zone 4 à la zone 9 sans s’affaisser sur ses voisines.
Mi-ombre fraîche et sol riche, on y cherche du feuillage autant que de la fleur. Les hostas à feuilles épaisses et cireuses comme 'Halcyon' ou 'Sum and Substance' sont bien moins entamés par les limaces que les cultivars à feuille fine. Brunnera macrophylla 'Jack Frost', élue en 2012, éclaire l’ombre d’un feuillage argenté de 30 à 40 cm. L’anémone du Japon 'Honorine Jobert', élue en 2016, ferme la saison à 90 ou 120 cm.
Restent les deux cases difficiles. L’ombre sèche sous les arbres, où presque rien ne tient, se règle avec Geranium macrorrhizum : 30 cm de haut, 60 cm d’étalement, un tapis dense et odorant qui étouffe les adventices, de la zone 4 à la zone 8. Le sol lourd et humide se plante avec les espèces qui l’acceptent : l’hélénie (Helenium autumnale) supporte même des périodes d’eau stagnante, et la renouée Persicaria amplexicaulis 'Firetail' y fleurit du plein été à l’automne.
Composer la succession de floraison
C’est le vrai service que rend un massif de vivaces, et celui qu’on rate le plus souvent : fleurir sans interruption d’un bout à l’autre de la saison. La méthode tient en une phrase : viser au moins trois choses en fleur à tout instant, et vérifier période par période qu’aucune case ne reste vide. Le trou classique tombe juste après la grande vague de fin de printemps, quand les pivoines et les premières sauges se sont tues et que les floraisons de plein été n’ont pas démarré.
| Période de floraison | Vivace et cultivar | Hauteur | Exposition | Sol | Rusticité |
|---|---|---|---|---|---|
| Fin d’hiver | Helleborus × hybridus (hellébore hybride) | 30 à 60 cm | Ombre à mi-ombre | Riche, frais, drainé | Zone 4 à 9 |
| Début de printemps | Brunnera macrophylla 'Jack Frost' | 30 à 40 cm | Mi-ombre à ombre | Frais, riche | Zone 3 à 8 |
| Printemps, en tapis | Geranium macrorrhizum | 30 cm, 60 cm d’étalement | Ombre sèche à soleil | Tout sol drainé | Zone 4 à 8 |
| Fin de printemps | Paeonia lactiflora (pivoine herbacée) | 50 à 90 cm | Plein soleil | Profond, riche, drainé | Zone 3 à 8 |
| Fin de printemps à automne | Nepeta 'Walker’s Low' | 60 à 75 cm | Plein soleil | Drainé, même pauvre | Zone 4 à 8 |
| Début d’été | Salvia nemorosa 'Caradonna' | 45 à 60 cm | Plein soleil | Drainé, sec toléré | Zone 4 à 8 |
| Début d’été aux premières gelées | Geranium 'Rozanne' | 30 à 45 cm, étalé | Soleil à mi-ombre | Ordinaire, drainé | Zone 5 à 8 |
| Plein été | Echinacea purpurea 'Magnus' | 80 à 120 cm | Plein soleil | Drainé, sec toléré | Zone 3 à 8 |
| Plein été | Leucanthemum × superbum 'Becky' | 80 à 100 cm | Plein soleil | Ordinaire, drainé | Zone 4 à 9 |
| Plein été | Astrantia major 'Roma' | 45 à 60 cm | Mi-ombre | Frais, riche | Zone 4 à 9 |
| Milieu à fin d’été | Phlox paniculata 'David' | 90 à 120 cm | Soleil à mi-ombre | Frais, riche | Zone 3 à 8 |
| Fin d’été à automne | Hylotelephium 'Herbstfreude' | 60 à 75 cm | Plein soleil | Sec, pauvre, drainé | Zone 3 à 9 |
| Fin d’été à automne | Anemone × hybrida 'Honorine Jobert' | 90 à 120 cm | Mi-ombre à soleil | Frais, riche | Zone 4 à 8 |
| Automne | Symphyotrichum novae-angliae 'Purple Dome' | 60 cm | Plein soleil | Ordinaire, frais | Zone 4 à 8 |
| Automne et hiver, en silhouette | Calamagrostis × acutiflora 'Karl Foerster' | 90 à 150 cm | Soleil à mi-ombre | Tout sol | Zone 5 à 9 |
Trois lectures de ce tableau valent mieux qu’un long discours. La colonne des hauteurs sert à empiler les plans, grandes touffes au fond et tapissantes au bord, en glissant une ou deux plantes hautes mais transparentes vers l’avant pour éviter l’effet gradin. Les colonnes exposition et sol se lisent ensemble : une plante bien classée sur la floraison mais mal classée sur le drainage ne tiendra pas trois ans. La colonne rusticité se compare à votre propre zone une seule fois, au moment de l’achat.
Un détail change tout dans la pratique : les floraisons les plus longues d’un massif ne sont pas des floraisons mais des remontées. Geranium 'Rozanne', élu plante vivace de l’année 2008, fleurit de la fin du printemps aux premières gelées là où les étés restent doux. Nepeta 'Walker’s Low', élue en 2007, repart pour une seconde vague après un simple rabattage. Deux ou trois plantes de ce type, répétées le long du massif, tiennent la ligne pendant que les autres se relaient. Et n’oubliez pas que feuillages et silhouettes occupent le terrain pendant les semaines où rien ne fleurit : un massif construit uniquement sur des corolles est vide la moitié de l’année.
Planter : quinconce, distances réelles, profondeur
On ne plante pas des vivaces en rangs. Le quinconce, où chaque rang est décalé d’une demi-distance par rapport au précédent, supprime les couloirs vides que l’œil repère aussitôt dans un alignement, et loge environ 15 % de plants en plus à distance égale entre voisins : l’écart entre deux rangs n’y vaut plus la distance de plantation, mais environ 87 % de celle-ci, la hauteur d’un triangle équilatéral. Plantez par groupes impairs de 3, 5 ou 7 pieds du même cultivar plutôt que par pieds isolés, c’est ce qui fait la différence entre une collection et un massif.
La distance se calcule sur l’étalement adulte, jamais sur la taille du godet. Le repère générique de cinq vivaces au mètre carré correspond à un gabarit moyen ; il se resserre nettement pour les tapissantes et se desserre pour les grandes touffes.
| Gabarit adulte | Exemples | Distance entre plants | Plants au m² en quinconce | Taille de groupe |
|---|---|---|---|---|
| Tapissante, moins de 30 cm | Geranium macrorrhizum, Alchemilla mollis | 30 cm | 12 à 13 | 5 à 9 |
| Moyenne, 40 à 70 cm | Salvia nemorosa, Nepeta, Hylotelephium | 40 à 45 cm | 6 à 7 | 3 à 5 |
| Haute, 80 à 120 cm | Echinacea, Phlox paniculata, Anemone × hybrida | 50 à 60 cm | 3 à 5 | 3 |
| Très haute ou touffe large, plus de 120 cm | Calamagrostis × acutiflora, Helenium autumnale | 80 cm | 1 à 2 | 1 à 3 |
La profondeur ne se discute pas : le collet, la jonction entre les tiges et les racines, se pose au niveau du sol. Enterré, il reste humide et pourrit. Deux exceptions célèbres méritent d’être retenues telles quelles. La pivoine herbacée se plante avec ses yeux, les bourgeons roses portés par la souche, à 2,5 cm maximum sous la surface : plus profond, elle produit un feuillage superbe et refuse de fleurir, et c’est de loin la première cause de pivoine stérile. L’iris des jardins fait l’inverse d’un bulbe : son rhizome reste à demi visible en surface, où le soleil le mûrit, et s’étouffe dès qu’on le recouvre de terre ou de paillis.
Arrosez ensuite copieusement, pour coller la terre aux racines plutôt que pour humidifier la surface, puis paillez sur 5 à 7 cm en dégageant 3 à 5 cm autour de chaque collet. Plantez de préférence pendant le repos végétatif ou juste avant le redémarrage : la plante fabrique alors des racines sans avoir à porter en même temps un feuillage et des fleurs.
La première année elle dort, la deuxième elle rampe, la troisième elle grimpe
L’adage est connu de tous les pépiniéristes et décrit exactement ce qui se passe sous la surface. La première saison, la plante investit presque tout dans ses racines : feuillage modeste, floraison maigre ou absente, massif désespérément vide. La deuxième, la touffe s’étoffe et fleurit pour de bon, sans avoir encore son volume définitif. La troisième, elle arrive à son gabarit et donne l’effet pour lequel vous l’aviez choisie. Ce n’est pas une moyenne consolante, c’est le calendrier normal d’une plante qui a des années devant elle.
Trois conséquences pratiques. Ne jugez pas un massif sur sa première année et n’arrachez rien : ce qui ressemble à un échec est le programme prévu. Ne resserrez pas les distances pour compenser l’impression de vide, parce que la troisième année vous obligera à tout redéfaire ; comblez plutôt les trous de la première saison avec des annuelles semées sur place, capucine ou cosmos, qui laisseront la place d’elles-mêmes. Enfin, arrosez copieusement et espacé pendant toute la première saison, y compris les vivaces réputées sèches : une lavande n’est économe en eau qu’une fois enracinée, et beaucoup meurent de soif l’été qui suit leur plantation.
Deux gestes accélèrent la phase de sommeil sans la supprimer. Laissez l’azote de côté : un engrais riche pousse un feuillage mou et disproportionné sur un système racinaire qui n’est pas prêt. Et maintenez le paillis, qui garde le sol frais autour de racines encore courtes, plus efficacement que n’importe quel apport fertilisant. Dernier réflexe utile : notez ce que vous avez planté et où, parce qu’une vivace qui dort ressemble beaucoup à une vivace morte, et qu’un coup de bêche au printemps suivant règle vite la question dans le mauvais sens.
Diviser : l’entretien qui multiplie gratuitement
Une vivace à touffe s’épuise par le centre. Les pousses vigoureuses migrent vers la périphérie, le milieu se dégarnit, la floraison faiblit et la touffe finit en couronne creuse. Diviser n’est donc pas seulement une méthode de multiplication : c’est le geste d’entretien qui remet le compteur à zéro. La plupart des vivaces à touffe se divisent tous les trois à cinq ans, et tous les deux à trois ans pour celles qui déclinent vite comme les asters, les achillées ou les monardes.
Le moment se raisonne par rapport au repos végétatif, jamais par rapport à un mois du calendrier. La règle qui marche partout : une vivace qui fleurit tard dans la saison se divise au redémarrage, une vivace qui fleurit tôt se divise après sa floraison, quand elle refait des racines. Dans les deux cas on évite la pleine floraison et les fortes chaleurs. En climat à hiver mouillé, préférez systématiquement le redémarrage à l’entrée en repos : un éclat replanté dans un sol froid et gorgé d’eau pourrit avant d’avoir enraciné.
Le geste est plus brutal qu’on ne l’imagine. Soulevez la touffe entière à la fourche-bêche, après avoir pré-tranché un cercle tout autour. Une touffe à racines fibreuses, une hémérocalle par exemple, se sépare avec deux fourches plantées dos à dos dans la couronne puis écartées en levier ; une souche ligneuse ou charnue se coupe franchement à la bêche ou au couteau. Jetez le centre dégarni, gardez les éclats périphériques comportant chacun trois à cinq pousses saines, replantez aussitôt à la même profondeur qu’avant et arrosez abondamment. Chaque éclat est une plante gratuite : un massif entier peut se doubler en une matinée.
Toutes ne s’y prêtent pas, et mieux vaut le savoir avant de sortir la bêche. Les vivaces à racine pivotante profonde n’aiment ni le déplacement ni la division : pivoine, baptisia (Baptisia australis), pavot d’Orient, panicaut et fraxinelle se laissent en place et se multiplient par semis ou par bouturage de racine. Une pivoine déplacée met couramment un à deux ans avant de refleurir.
Rabattre : deuxième floraison et hauteur maîtrisée
Le rabattage en cours de saison est le levier le plus rentable et le moins utilisé. Sur la sauge des bois et sur les népétas, coupez les hampes brunies jusqu’aux feuilles de la base dès que la première vague est passée : la plante repart et refleurit dans la même saison, parfois deux fois. Sur l’alchémille, les feuilles fatiguées coupées à ras repoussent fraîches en quelques semaines.
Le second usage est plus subtil : contrôler la hauteur et décaler la floraison. On rabat les tiges d’un tiers à la moitié alors qu’elles sont encore en pleine croissance, environ six semaines avant la floraison attendue. La plante repart plus basse, plus ramifiée, porte davantage de fleurs mais plus petites, et fleurit deux à six semaines plus tard que la normale. Les jardiniers anglais appellent ce geste le Chelsea chop, du nom du salon qui tombe au bon moment chez eux. Il fonctionne sur l’orpin d’automne, le phlox paniculé, l’hélénie, les asters, les rudbeckies et les monardes, c’est-à-dire les vivaces qui ont tendance à s’ouvrir en couronne et à s’affaisser.
Deux précautions. Ne rabattez jamais la totalité d’un groupe si vous voulez étaler la floraison plutôt que la déplacer : coupez la moitié avant du groupe et laissez l’arrière intact, vous obtiendrez deux vagues au lieu d’une seule décalée. Et laissez les graminées ornementales hors de tout cela : elles ne se coupent qu’avant le redémarrage, jamais en pleine saison.
Reste l’arbitrage sur les fleurs fanées. Les supprimer prolonge la floraison et limite les semis spontanés envahissants, utile sur l’alchémille ou la digitale. Les laisser nourrit les oiseaux et donne au massif sa silhouette d’hiver. C’est le débat de la section suivante, et il se tranche plante par plante.
Nettoyage d’automne : le débat, et le compromis qui tient
Le réflexe hérité du jardin d’ornement classique consiste à tout couper à ras dès la fin des floraisons, pour entrer dans la mauvaise saison sur un massif net. Ce geste a un coût, aujourd’hui bien documenté. Les tiges creuses ou à moelle tendre servent d’abri hivernal et de site de nidification aux abeilles solitaires cavicoles, qui pondent dans les cavités ouvertes. Les capitules secs des échinacées, des rudbeckies et des graminées nourrissent les oiseaux granivores pendant les semaines les plus pauvres de l’année.
La recommandation de la Xerces Society, qui fait référence sur le sujet, est explicite : laisser les tiges debout tout l’hiver, puis rabattre au redémarrage en conservant volontairement des chicots de hauteur inégale, entre 20 et 60 cm environ, qui serviront de cavités de nidification pendant la saison suivante. La nouvelle pousse les masque en quelques semaines.
Le compromis qui tient dans un vrai jardin consiste à trier plutôt qu’à trancher. On enlève ce qui s’affaisse en bouillie ou porte une maladie : feuillage de hosta ramolli par la première gelée, tiges de phlox couvertes d’oïdium, vieilles feuilles d’hellébore tachées, qu’on retire avant l’apparition des fleurs pour éviter que la tache foliaire ne contamine les nouvelles pousses. On laisse debout ce qui tient sa silhouette et nourrit quelque chose : orpins, échinacées, rudbeckies, astrances et graminées.
Le paillage suit la même logique de retenue. Attendez une première vraie gelée avant d’étaler 5 à 7 cm de paillis : posé trop tôt, il conserve chaleur et humidité autour du collet et provoque exactement la pourriture qu’on voulait éviter. Dégagez toujours 3 à 5 cm autour de chaque couronne, en particulier sur les vivaces à collet ligneux comme la lavande. Sous climat tempéré, un massif perd bien plus de pieds par excès d’eau hivernal que par coup de froid.
Les pièges classiques à éviter
PiègeChoisir la plante en jardinerie, puis lui chercher une place en rentrant.
Pourquoi :Chaque vivace porte une exigence non négociable, en général la lumière ou le drainage. Une lavande à l’ombre s’étiole puis pourrit, un hosta au plein soleil grille, et aucun arrosage ne rattrape une plante mal placée. Comme elle est censée rester des années, l’erreur se paie sur toute la durée du massif.
La bonne pratique :Inversez l’ordre. Comptez les heures de soleil direct que reçoit l’emplacement, testez le drainage avec un trou de 30 cm rempli d’eau, notez si le sol reste frais ou sèche vite, puis choisissez uniquement parmi les plantes de cette case.
PiègeSe fier au mot rustique inscrit sur l’étiquette.
Pourquoi :Rustique n’a aucune valeur sans référentiel : c’est le même adjectif qui couvre la lavande vraie (Lavandula angustifolia), tenue jusqu’à la zone 5a soit environ -29 °C, et la lavande papillon (Lavandula stoechas), qui s’arrête à la zone 8a soit environ -12 °C. Près de dix-sept degrés séparent deux plantes vendues sous le même nom courant.
La bonne pratique :Cherchez la zone USDA ou la température minimale en °C, sur l’étiquette ou dans le catalogue du producteur, et comparez-la à votre zone avant de payer. En sol lourd, ajoutez une marge : l’humidité hivernale fait perdre l’équivalent d’une zone.
PiègePlanter serré pour que le massif ait l’air plein tout de suite.
Pourquoi :Une vivace n’atteint son gabarit qu’à la troisième année. À distance réduite, les touffes se concurrencent, s’étirent vers la lumière et l’air ne circule plus, ce qui installe l’oïdium sur les phlox et les monardes. Il faut alors tout arracher et replanter, c’est-à-dire repartir de zéro sur trois ans.
La bonne pratique :Espacez à l’étalement adulte, en quinconce, et comblez la première saison avec des annuelles semées sur place, capucine ou cosmos, qui laisseront la place d’elles-mêmes.
PiègeEnterrer le collet à la plantation, ou pailler jusqu’au pied.
Pourquoi :Un collet enterré ou couvert reste humide en permanence, et la pourriture du collet tue plus de vivaces pendant l’hiver que le froid lui-même, en particulier lavande, orpin, achillée et heuchère. C’est aussi la première cause de pivoine qui produit des feuilles sans fleurs, quand ses yeux se retrouvent trop bas.
La bonne pratique :Posez le collet au niveau du sol, les yeux de pivoine à 2,5 cm maximum sous la surface, le rhizome d’iris à demi visible, et étalez le paillis après une première vraie gelée en dégageant 3 à 5 cm autour de chaque touffe.
PiègeConsidérer qu’une vivace ne demande rien parce qu’elle revient seule.
Pourquoi :Au bout de trois à cinq ans, la touffe se creuse par le centre, les pousses vigoureuses partent en périphérie, la floraison faiblit et la plante finit en couronne dégarnie. Beaucoup de jardiniers concluent qu’elle est en fin de vie et la remplacent, alors qu’elle demande simplement à être divisée.
La bonne pratique :Divisez tous les trois à cinq ans, hors floraison et hors canicule, en vous calant sur le repos végétatif. Jetez le centre épuisé, replantez des éclats de trois à cinq pousses saines à la même profondeur, arrosez copieusement, et donnez le surplus.
Les fiches d’entretien à consulter
Chaque plante citée a sa fiche complète : arrosage, exposition, sol, maladies et calendrier mois par mois.
Echinacée
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Marguerite
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L’hortensia (Hydrangea macrophylla) est sans doute l’arbuste à fleurs le mieux adapté au climat de Herve. Originaire…
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une vivace, une annuelle et une bisannuelle ?
L’annuelle boucle tout son cycle en une seule saison : elle germe, fleurit, graine et meurt, comme la capucine ou le pétunia. La bisannuelle prend deux saisons, une rosette de feuilles la première année, la floraison et les graines la seconde, puis elle disparaît, comme la digitale pourpre. La vivace garde une souche vivante pendant le repos végétatif et repart du même pied pendant des années. Une quatrième catégorie brouille tout : la vivace gélive, vivace sous son climat d’origine mais tuée par le gel ailleurs, donc cultivée en annuelle. Le pélargonium vendu comme géranium de balcon et le dahlia en font partie.
Comment savoir si une vivace passera l’hiver chez moi ?
Cherchez sa zone USDA ou sa température minimale en degrés, jamais l’adjectif rustique. La zone correspond à la moyenne des minimums annuels extrêmes : la zone 5 descend vers -29 °C, la zone 7 vers -18 °C, la zone 8 vers -12 °C. Une plante donnée pour les zones 4 à 8 tiendra donc partout où l’hiver ne passe pas sous -34 °C environ. Attention toutefois : en climat humide, ce n’est presque jamais le froid qui tue, mais l’eau qui stagne autour du collet. Sur sol lourd, drainez ou plantez en butte avant de vous fier au seul chiffre.
Pourquoi ma vivace n’a-t-elle presque pas fleuri sa première année ?
C’est le comportement normal, résumé par l’adage selon lequel la première année elle dort, la deuxième elle rampe et la troisième elle grimpe. La première saison, la plante consacre l’essentiel de son énergie à ses racines, donc peu ou pas de fleurs. La deuxième, la touffe s’étoffe et fleurit pour de bon. La troisième, elle atteint son gabarit définitif. N’arrachez rien avant la fin de la deuxième saison, arrosez copieusement et espacé la première année, et évitez les engrais azotés qui poussent un feuillage mou au détriment des racines.
Pourquoi ma pivoine fait-elle des feuilles mais pas de fleurs ?
La cause la plus fréquente est une plantation trop profonde. Les yeux, ces bourgeons roses portés par la souche, doivent se trouver à 2,5 cm maximum sous la surface ; enterrés plus bas, ils produisent un beau feuillage et aucune fleur. Les deux autres causes classiques sont l’ombre et un déplacement récent : la pivoine déteste être dérangée et met couramment un à deux ans à refleurir après une transplantation. Si vous devez la remonter, faites-le pendant son repos végétatif et replantez-la aussitôt à la bonne profondeur.
Tous les combien faut-il diviser une vivace, et à quel moment ?
Tous les trois à cinq ans pour la plupart des vivaces à touffe, et tous les deux à trois ans pour celles qui s’épuisent vite comme les asters, les achillées ou les monardes. Le moment se raisonne par rapport au repos végétatif : une vivace qui fleurit tard se divise au redémarrage, une vivace qui fleurit tôt se divise après sa floraison, quand elle refait des racines. Évitez la pleine floraison et les fortes chaleurs. Certaines ne se divisent pas du tout, celles à racine pivotante profonde : pivoine, baptisia, pavot d’Orient, panicaut et fraxinelle se multiplient par semis.
Faut-il couper les vivaces à l’automne ou laisser les tiges sèches ?
Les deux, en triant. Enlevez ce qui s’affaisse ou porte une maladie : feuillage de hosta ramolli par la gelée, tiges de phlox oïdiées, vieilles feuilles d’hellébore tachées, retirées avant l’apparition des fleurs. Laissez debout ce qui tient sa silhouette et nourrit quelque chose : orpins, échinacées, rudbeckies, astrances et graminées. Les tiges creuses abritent des abeilles solitaires et les capitules secs nourrissent les oiseaux granivores. La Xerces Society recommande de ne rabattre qu’au redémarrage, en laissant des chicots de hauteur inégale entre 20 et 60 cm, que la nouvelle pousse masque en quelques semaines.
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