La question qui remplace le calendrier

Tailler ses arbustes à fleurs et ses rosiers : déduire au lieu de retenir

Un arbuste à fleurs ne se taille pas à une date, il se taille par rapport à sa floraison, et tout dépend d’un seul renseignement : sur quel bois porte-t-il ses fleurs ? Celui qui fleurit sur le bois de l’année précédente porte déjà ses boutons pendant l’hiver et se taille juste après avoir fleuri ; celui qui fleurit sur le bois de l’année se rabat en fin de dormance. Cette clé unique remplace le calendrier par espèce, et elle continue de fonctionner devant un arbuste dont on ignore le nom.

Un arbuste à fleurs se taille en fonction du bois qui porte ses fleurs, jamais d’après une date. S’il fleurit sur le bois de l’année précédente, ses boutons ont été formés l’été d’avant et sont déjà présents sur les rameaux pendant tout l’hiver : on le taille juste après sa floraison, et une taille de fin d’hiver supprime les fleurs. S’il fleurit sur le bois de l’année, il forme ses boutons sur des pousses neuves : on le rabat en fin de dormance, avant le débourrement, et c’est justement cette coupe qui déclenche la floraison. Sans étiquette, la date de floraison tranche presque toujours : fleurir avant le milieu de l’été signale le bois de l’année précédente, fleurir du plein été à l’automne signale le bois de l’année. Deux genres échappent à la simplification, l’hortensia et la clématite, dont le comportement dépend de l’espèce ou du groupe. Les rosiers suivent la même logique : remontants taillés en dormance, non remontants et rosiers lianes taillés juste après leur unique floraison. Se tromper de fenêtre ne tue pas la plante, cela coûte une saison de fleurs.

Sur quel bois fleurit-il : la question qui remplace le calendrier

Il n’existe que deux comportements, et tout le reste en découle. Un arbuste qui fleurit sur le bois de l’année précédente a fabriqué ses boutons floraux pendant l’été qui a suivi sa floraison, et il les porte tout l’hiver sur des rameaux déjà ligneux. Un arbuste qui fleurit sur le bois de l’année, lui, part de rien au printemps : il pousse d’abord, et c’est cette pousse neuve qui portera les fleurs quelques semaines plus tard. Le premier se taille donc juste après avoir fleuri, parce que c’est le seul moment où il n’a pas encore reconstitué ses boutons et où il lui reste toute la saison pour le faire. Le second se taille en fin de dormance, avant le débourrement, parce que la coupe ne détruit rien qui existe déjà et parce qu’elle déclenche précisément la pousse qui fleurira.

Cette clé rend le calendrier par espèce inutile. Le lilas, le forsythia, le weigelia, les spirées de printemps et les viornes de printemps ne fleurissent pas au même moment, mais ils obéissent tous à la première règle. Le buddleia, l’althéa, la spirée japonaise et l’hortensia paniculata obéissent tous à la seconde. Il ne reste que deux cases à retenir au lieu de trente lignes de tableau, et surtout la règle continue de fonctionner devant un arbuste inconnu, ce dont aucun calendrier n’est capable.

Se tromper de fenêtre ne tue pas l’arbuste. Il repart, il pousse, souvent même plus vigoureusement qu’avant ; il lui manque seulement ses fleurs, pour une saison. Ce qui rend la faute pénible n’est pas sa gravité, c’est sa discrétion et son entêtement. Le jardinier qui rabat son forsythia en fin d’hiver ne voit aucun dégât : le buisson repart vert et dense, il en conclut que la taille lui a fait du bien, et il recommence l’année suivante. Au bout de trois ans, il possède un très beau buisson qui ne fleurit plus, et rien dans l’aspect de la plante ne désigne la cause.

Les vrais accidents irréversibles de la taille, eux, ne viennent presque jamais du moment mais de l’intensité et de l’espèce : rabattre dans le bois nu un arbuste incapable de repartir de vieux bois. Il faut aussi savoir que la règle du bois porteur admet trois familles de cas particuliers, qui ne l’invalident pas mais la bordent : les arbustes qui la suivent mais que toute coupe appauvrit, comme les viornes de printemps, qui fleurissent sur le bois de l’année précédente à partir de boutons formés dès l’année d’avant, si bien qu’on ne les taille quasiment pas et qu’une taille annuelle raréfie leur floraison même placée au bon moment ; les cultivars remontants, qui fleurissent sur les deux bois à la fois ; et les arbustes cultivés pour leur feuillage, chez qui la question ne se pose pas.

Le déterminer soi-même, sur un arbuste dont on ignore le nom

Quatre indices convergent, et le premier suffit dans la majorité des cas. La date de floraison, exprimée par rapport au milieu de la saison de végétation, classe presque tous les arbustes de jardin. Un arbuste qui fleurit dans la première moitié de la saison, entre le débourrement et le milieu de l’été, n’a pas eu le temps matériel de fabriquer ses fleurs depuis le débourrement : elles étaient déjà là avant. Il fleurit donc sur le bois de l’année précédente. Un arbuste qui fleurit dans la seconde moitié, du plein été à l’automne, a eu tout le temps de les former sur des pousses neuves. Ce critère se transpose tel quel dans les deux hémisphères, parce qu’il est relatif à la saison et non à un mois.

Deuxième indice, à regarder pendant ou juste après la floraison : sur quoi la fleur est-elle posée ? Si l’inflorescence est perchée au bout d’une pousse verte, tendre et feuillée, apparue cette année et raccordée plus bas à du bois brun, l’arbuste fleurit sur le bois de l’année. Si elle sort directement d’un rameau ligneux et rigide, à écorce, sur toute la longueur jusqu’à la fleur, il fleurit sur du bois d’au moins un an. Le forsythia en donne la démonstration la plus nette : ses fleurs sortent du bois nu, avant même les feuilles.

Troisième indice, le plus direct et le plus rassurant, parce qu’il se vérifie sécateur en main juste avant de couper : sur un arbuste à floraison sur bois ancien, les boutons à fleurs sont déjà formés et visibles pendant tout l’hiver, et ils ne ressemblent pas aux bourgeons à feuilles. Ils sont plus gros, plus ronds, plus renflés, souvent groupés, alors qu’un bourgeon à bois est pointu et plaqué contre le rameau. Sur un lilas, la différence saute aux yeux à bout de bras. Sur un arbuste qui fleurira sur le bois de l’année, il n’y a rien de tel : tous les bourgeons se ressemblent.

Quatrième indice, utile quand on veut dater un rameau plutôt que le classer : les cicatrices d’écailles. Chaque année de croissance laisse à sa base une couronne serrée de fines cicatrices annulaires, marque des écailles du bourgeon terminal tombées au débourrement. Entre deux couronnes se trouve exactement une année de pousse, ce qui permet de dire sur un rameau où finit le bois de l’an dernier et où commence celui de cette année, et donc de compter son âge à la main.

Quand rien ne tranche, il reste l’essai contrôlé, qui coûte une branche. En fin de dormance, rabattez une seule tige, marquez-la d’un lien, laissez tout le reste intact et attendez la floraison. Si la tige rabattue fleurit comme les autres, l’arbuste fleurit sur le bois de l’année et vous pouvez le tailler à cette période sans crainte. Si elle est la seule à ne pas fleurir, c’est un arbuste à bois ancien, et vous venez de l’apprendre pour le prix d’une branche au lieu du prix d’une saison entière.

Espèce par espèce, et les deux genres qui piègent tout le monde

La table ci-dessous donne le bois porteur, le moment exprimé en repère phénologique et l’intensité attendue. Elle n’a pas vocation à être apprise par cœur : elle sert de contrôle après avoir déduit, et de secours quand un arbuste tombe dans une des exceptions.

Bois porteur, moment et intensité, arbuste par arbuste
ArbusteBois porteurMoment de la tailleIntensité
ForsythiaBois de l’année précédenteDans les semaines qui suivent la chute des fleursRameaux défleuris raccourcis, jusqu’à un cinquième des plus vieilles tiges retiré à la base
LilasBois de l’année précédenteJuste après la floraisonThyrses fanés coupés sous la fleur, sans toucher aux jeunes pousses situées en dessous
WeigeliaBois de l’année précédenteJuste après la floraisonRameaux défleuris rabattus sur un jeune départ, un cinquième des vieilles tiges à la base
Spirée de printemps (arguta, thunbergii, prunifolia)Bois de l’année précédenteJuste après la floraisonFranche : rameaux défleuris rabattus et presque tout le vieux bois retiré à la base, pour faire place aux pousses neuves
Spirée d’été (japonica)Bois de l’annéeFin de dormance, avant le débourrementRabattage franc sur une charpente basse
Viorne de printemps (carlesii, opulus)Bois de l’année précédenteJuste après la floraison, seulement si nécessaireQuasi nulle : bois mort et branche réellement gênante ; l’opulus se cultive souvent pour ses fruits, que la taille après floraison supprime
Viorne d’hiver (bodnantense) et viorne persistante (tinus)Bois de l’année précédenteDès la fin de la floraisonJusqu’à un tiers du vieux bois à la base pour la première, simple mise en forme pour la seconde
BuddleiaBois de l’annéeFin de dormance, quand les bourgeons du bas gonflentTrès sévère : tout rabattu vers 30 cm sur une charpente basse
AlthéaBois de l’annéeFin de dormance, avant le débourrementPousses de l’an passé raccourcies, un tiers des plus vieilles tiges retiré
Hortensia macrophylla, serrata, quercifoliaBois de l’année précédenteDébut de printemps, quand les bourgeons sont lisiblesTête fanée coupée sur la première paire de bourgeons forts, rien de plus ; sur le quercifolia, taille minimale limitée au bois mort et aux tiges trop longues
Hortensia paniculata et arborescensBois de l’annéeFin de dormanceRabattage franc sur une charpente basse
Chèvrefeuille grimpant (periclymenum)Bois de l’année précédenteJuste après la floraisonRameaux défleuris réduits d’environ un tiers
Chèvrefeuille tardif (japonica)Bois de l’annéeFin de dormanceLégère, sauf pour contenir la plante
Clématite groupe 1 (montana, alpina, armandii, cirrhosa)Bois de l’année précédenteJuste après la floraisonAucune taille régulière, simple nettoyage
Clématite groupe 2 (grandes fleurs de fin de printemps)Bois de l’année précédente, puis bois de l’annéeFin de dormance, puis après la première vagueTrès légère en dormance, second passage sur les rameaux défleuris
Clématite groupe 3 (viticella, tangutica, herbacées)Bois de l’annéeFin de dormance, quand les bourgeons démarrentTout rabattu sur la paire de bourgeons sains la plus basse, à 15 à 30 cm du sol
PhotiniaCultivé pour son feuillage, pas pour ses fleursPendant la dormance plutôt qu’en été, et hors saison de nidificationModérée, et le moins souvent possible là où la tache noire est installée
RosierSelon la catégorieSelon la catégorieVoir la table des rosiers

L’hortensia est le premier piège, parce que le nom courant recouvre des espèces qui se conduisent à l’inverse l’une de l’autre. Hydrangea macrophylla, l’hortensia à grosses boules ou à plateaux, ainsi que Hydrangea serrata et Hydrangea quercifolia, l’hortensia à feuilles de chêne, fleurissent sur le bois de l’année précédente : une taille sévère en hiver ou en début de printemps enlève des boutons déjà faits. Hydrangea paniculata, à panicules coniques et pointues, et Hydrangea arborescens, à grosses têtes rondes portées par des tiges souples, fleurissent sur le bois de l’année et se rabattent franchement en fin de dormance. Sans étiquette, la forme de l’inflorescence suffit à trancher. Une catégorie brouille encore la lecture : les macrophylla remontants, apparus avec 'Endless Summer' introduit en 2004, qui forment des boutons à la fois sur le bois ancien et sur les pousses de l’année et refleurissent donc même après un hiver qui a détruit les boutons anciens. Pour ces hortensias à bois ancien, deux gestes valent mieux qu’une taille : laisser les têtes fanées en place pendant l’hiver, où elles protègent du gel les bourgeons situés juste en dessous, puis les couper au début du printemps, en revenant sur la première paire de bourgeons franchement gonflés. Le quercifolia fait exception dans le lot : il ne demande qu’une taille minimale au printemps, limitée au bois mort et aux tiges devenues trop longues.

La clématite est le second piège, et il est codifié depuis longtemps en trois groupes de taille. Le groupe 1 rassemble les clématites à floraison précoce, comme Clematis montana, alpina, armandii et cirrhosa, qui fleurissent sur les pousses de l’année précédente : aucune taille régulière, tout au plus un nettoyage juste après la floraison. Le groupe 2 rassemble les hybrides à grandes fleurs de fin de printemps, du type 'Nelly Moser', qui fleurissent sur des rameaux courts issus du bois de l’an dernier, et souvent une seconde fois plus tard sur les pousses de l’année : taille très légère en fin de dormance, limitée au bois mort et à un retour sur une paire de bourgeons sains, puis second passage après la première vague. Le groupe 3 rassemble les clématites de fin d’été, viticella, tangutica et les espèces herbacées, qui fleurissent sur la pousse de l’année : on rabat toutes les tiges sur la paire de bourgeons sains la plus basse, entre 15 et 30 cm du sol, en fin de dormance quand les bourgeons commencent à bouger. Sans étiquette, c’est la date de la première floraison qui donne le groupe.

Le photinia sort de la logique florale : on le cultive pour le rouge de son feuillage jeune, et chaque coupe déclenche une vague de feuilles neuves rouges. Le problème est que ce sont exactement ces feuilles jeunes que colonise Entomosporium maculatum, le champignon responsable des taches noires de l’arbuste, et que les essais montrent une quantité de maladie qui suit la quantité de taille. Dans un jardin où la maladie est présente, on taille donc moins souvent plutôt que davantage, on place la taille pendant la dormance plutôt qu’en été, et on ramasse les feuilles tombées, d’où repartent les contaminations par éclaboussures.

Où poser la lame : le bourgeon décide de la direction

On ne coupe jamais dans le vide. Toute coupe se fait par rapport à quelque chose qui prendra le relais : un bourgeon, un rameau latéral, ou le bourrelet à la base d’une branche. Entre la coupe et ce relais, il ne doit rester presque rien. Au-dessus d’un bourgeon, la distance juste est de l’ordre de cinq millimètres. Plus près, on blesse ou on dessèche le bourgeon lui-même. Plus loin, on laisse un chicot que la plante n’alimente plus : il meurt, et un chicot mort est précisément la porte d’entrée des champignons de blessure. Nectria cinnabarina, qui couvre le bois mort de petites pustules orange, est un pathogène faible qui n’entre pratiquement que par des plaies et des moignons, puis progresse vers le bas dans le rameau.

L’orientation du bourgeon conservé décide de la suite. La pousse qui prolongera le rameau part dans la direction où pointe ce bourgeon : c’est le seul levier réel sur la forme future de l’arbuste. On choisit un bourgeon tourné vers l’extérieur pour ouvrir le centre d’un rosier buisson ou d’un arbuste qui s’encombre, et exceptionnellement un bourgeon tourné vers l’intérieur pour combler un vide. Encore faut-il regarder comment les bourgeons sont disposés. Chez les espèces à bourgeons opposés, lilas, weigelia, viorne, érable, ils vont par paires : on ne choisit pas une direction mais un axe, et la coupe se fait droite, juste au-dessus de la paire. Chez les espèces à bourgeons alternes, rosier, forsythia, buddleia, spirée, on choisit réellement.

La coupe en biseau sert à ce que l’eau ne stagne pas sur la plaie contre le bourgeon : on incline la pente à l’opposé de lui. Son utilité est réelle mais modeste, très inférieure à celle de la distance au bourgeon et de la netteté de la lame. Une lame émoussée écrase et déchire les fibres au lieu de les trancher, et une plaie écrasée reste ouverte plus longtemps. Sur les espèces à bourgeons opposés, le biseau n’a de toute façon aucun sens : il sacrifierait l’un des deux bourgeons.

Dès qu’on retire une branche entière, la règle change. À la base de toute branche existe un léger renflement, le collet de la branche, où les tissus de la branche et ceux du tronc s’imbriquent. C’est là que la plante fabrique la barrière chimique qui isole la plaie du reste du bois, et c’est de là que part le recouvrement. Couper à ras en supprimant ce bourrelet ouvre le tronc lui-même et offre la meilleure voie à la pourriture ; laisser un moignon empêche le recouvrement. On coupe donc juste devant le bourrelet, sans l’entamer. Et on ne peint pas la plaie : les mastics ralentissent le processus naturel de cloisonnement au lieu de l’aider. La réserve connue vaut pour les pruniers et les cerisiers, où un mastic appliqué aussitôt après la coupe peut tenir à l’écart les spores du champignon du plomb. Sur une branche lourde, on procède en trois temps, une entaille en dessous, une coupe complète plus loin, puis la coupe finale devant le bourrelet, faute de quoi le poids arrache une langue d’écorce jusqu’au tronc.

Ce que la coupe déclenche : dominance apicale et tire-sève

Tant que le bourgeon terminal d’un rameau est en place, les bourgeons situés en dessous restent en sommeil : c’est la dominance apicale. Supprimez-le, et ceux du dessous se réveillent en quelques heures. L’explication classique, un flux d’auxine descendu du sommet qui s’interromprait avec la coupe et libérerait aussitôt les bourgeons, ne tient plus : ceux-ci sortent de dormance jusqu’à vingt-quatre heures avant la moindre variation d’auxine. Le déclencheur initial est la redistribution des sucres, jusque-là captés par l’extrémité en croissance et qui affluent vers les bourgeons dès qu’elle disparaît ; l’auxine intervient ensuite, pour installer la nouvelle hiérarchie entre les pousses. L’observation, elle, ne bouge pas, et c’est tout le mécanisme de la taille : on ne fait pas pousser une plante en la coupant, on lève une inhibition.

D’où une règle d’intensité que le bon sens prend à l’envers : plus on rabat court, moins il repart de bourgeons, et plus chacun de ceux qui repartent est vigoureux. Un buddleia rabattu vers 30 cm ne redonne qu’une poignée de tiges, mais elles sont énormes et portent des panicules qui atteignent facilement 30 cm de long ; le même buddleia jamais rabattu accumule du vieux bois et se couvre de petits épis clairsemés à deux ou trois mètres de haut. Une taille légère produit l’inverse : beaucoup de départs faibles et courts, tous groupés juste sous la coupe. C’est exactement l’effet recherché sur une haie taillée au taille-haie, et exactement l’effet subi par l’arbuste de massif que l’on raccourcit chaque année au même endroit : une croûte dense en périphérie, et un intérieur qui se dégarnit faute de lumière.

L’auxine descendant le long de la tige, l’inclinaison compte : la dominance apicale est d’autant plus forte que le rameau est vertical. Couchez une longue tige de rosier grimpant à l’horizontale et vous ne lui avez rien coupé, mais vous avez supprimé la hiérarchie : les bourgeons se réveillent sur toute la longueur et la tige fleurit d’un bout à l’autre au lieu de ne fleurir qu’au sommet. C’est le vrai motif du palissage horizontal ou en éventail des rosiers grimpants et des glycines, bien avant l’esthétique.

Le tire-sève relève de la même famille de raisonnement, appliquée aux grosses coupes. Quand on raccourcit une branche âgée, on ne s’arrête pas n’importe où : on coupe juste au-dessus d’un rameau latéral que l’on conserve, et ce rameau, le tire-sève, continue d’appeler la sève dans la portion gardée. Sa règle est une règle de diamètre : il doit faire au moins le tiers du diamètre de la branche supprimée. Trop petit, il n’entretient pas la circulation dans le bois conservé, l’extrémité se dessèche, et la coupe recule d’elle-même vers le bas les saisons suivantes.

Le mot est très souvent employé à tort, pour désigner un gourmand vertical parti d’une charpentière, ou pour justifier de laisser au hasard un bout de branche quelque part. C’est exactement le contraire : un tire-sève se choisit, et un rameau laissé sans être choisi n’est qu’un chicot avec un nom flatteur. Sur les rameaux fins d’un arbuste de massif, la question ne se pose pas ; elle devient centrale dès qu’on réduit de grosses branches sur un vieux sujet, et c’est le point où une taille de rajeunissement se distingue d’un abattage partiel.

Les rosiers, catégorie par catégorie

Un mot de vocabulaire avant tout, parce que sa méconnaissance coûte plus cher que n’importe quelle erreur de date. Sur un rosier grimpant ou arbustif, on distingue deux choses. Les charpentières sont les grandes tiges principales, celles qui structurent la plante et que l’on palisse ; elles durent plusieurs années et on ne les coupe qu’à dessein, pour en renouveler une. Les rameaux latéraux, ou secondaires, partent de ces charpentières et sont eux qui portent réellement les fleurs. Presque toute la taille annuelle d’un grimpant porte sur les latéraux, presque jamais sur les charpentières. Confondre les deux est la façon la plus rapide de supprimer cinq ans de construction en un après-midi.

Les rosiers ne forment pas une seule plante : huit conduites distinctes
Type de rosierBois porteurMomentIntensité et cible du geste
Buisson à grandes fleurs (hybride de thé)Bois de l’annéeFin de dormance, quand les bourgeons gonflent et que les fortes gelées sont passéesTiges fortes sur 4 à 6 yeux, à 10 à 15 cm ; l’usage courant, moins solidement établi, taille les tiges faibles sur 2 à 4 yeux, à 5 à 10 cm, et retire le bois de plus de trois ans
Polyantha et floribundaBois de l’annéeMême fenêtreRabattage à 25 à 30 cm en laissant plus d’yeux ; une vieille tige coupée près du sol de temps à autre
Grimpant remontantBois de l’année, sur charpente permanentePendant la dormanceCharpentières conservées et palissées à l’horizontale ; rameaux latéraux raccourcis à 2 à 4 yeux
Grimpant non remontant et rosier lianeBois de l’année précédenteJuste après l’unique floraisonTiges défleuries supprimées à la base, longues pousses neuves palissées à leur place
Paysager et couvre-solBois de l’annéeFin de dormancePresque rien : une taille légère suffit ; rajeunissement à une dizaine de centimètres du sol après plusieurs années
Ancien non remontant (gallica, damas, alba, centfeuilles)Bois de l’année précédenteJuste après la floraisonLégère ; retrait des plus vieilles tiges à la base
Ancien remontant (portland, bourbon, hybride remontant)Bois de l’annéeFin de dormanceModérée ; latéraux raccourcis, silhouette conservée
Arbustif moderne et rosier anglaisBois de l’annéeFin de dormanceRéduction d’environ un tiers ; une vieille charpentière retirée par an

La faute qui se paie le plus cher est de tailler un grimpant non remontant en fin d’hiver, en même temps que les autres rosiers. Un grimpant remontant fleurit sur des rameaux produits dans la saison en cours à partir d’une charpente permanente : on peut donc le tailler pendant toute la dormance sans toucher à une seule fleur. Un grimpant non remontant, le plus souvent un rosier liane, ne fleurit qu’une fois, sur le bois de l’année précédente ; le rabattre en fin d’hiver revient à retirer la totalité du bois qui devait fleurir. Ce qui rend cette erreur particulièrement coûteuse, c’est qu’elle s’auto-entretient. La plante répond à la coupe par de longues tiges neuves très vigoureuses et parfaitement stériles pour l’année. Le jardinier voit une plante en pleine forme sans une fleur, en conclut qu’elle manque de taille, recommence l’hiver suivant, et peut tenir ainsi des années sans jamais voir une rose. Le signe qui trahit le rosier liane après une taille d’hiver est exactement celui-là : beaucoup de pousses puissantes, aucune fleur.

Sans étiquette, une saison d’observation suffit à trancher. Une seule vague spectaculaire, puis des cynorrhodons et plus rien : c’est un non remontant, et on le taille juste après sa floraison, en supprimant à la base les tiges qui viennent de fleurir et en palissant à leur place les longues pousses neuves de l’année. Des vagues successives jusqu’à la fin de la belle saison : c’est un remontant, et on le taille en dormance, latéraux raccourcis à deux ou quatre yeux, charpentières conservées.

Chez les buissons, la différence entre les catégories tient à ce qu’on cherche. Sur un rosier à grandes fleurs, un hybride de thé, on veut une fleur parfaite sur une tige forte : c’est la catégorie la plus sévèrement taillée. En fin de dormance, quand la végétation redémarre et que les fortes gelées ne sont plus à craindre, on rabat les tiges vigoureuses sur quatre à six yeux, à 10 à 15 cm de la base. L’usage courant, moins solidement établi, veut qu’on rabatte plus court les tiges faibles, sur deux à quatre yeux à 5 à 10 cm, et qu’on élimine le bois de plus de trois ans, réputé ne plus donner que des fleurs médiocres. Sur un polyantha ou un floribunda, on cherche une masse de fleurs en bouquets et non une fleur isolée : on laisse donc nettement plus long, de l’ordre de 25 à 30 cm, avec davantage d’yeux conservés, et on se contente de rabattre de temps à autre une vieille tige tout près du sol pour forcer un départ neuf depuis la base.

Restent trois catégories que l’on taille peu. Les paysagers et couvre-sol se passent à peu près de taille : une taille légère suffit à les tenir, et après plusieurs années un rajeunissement à une dizaine de centimètres du sol relance la touffe. Les rosiers anciens, gallica, damas, alba, centfeuilles, sont pour la plupart non remontants et fleurissent sur le bois de l’année précédente, exactement comme un rosier liane : taille légère juste après la floraison, retrait des plus vieilles tiges à la base, jamais de rabattage de fin d’hiver. Attention toutefois, plusieurs classes anciennes sont remontantes, les portland, les bourbons et les hybrides remontants, et celles-là se taillent en dormance : c’est le comportement observé qui tranche, pas la classe. Les arbustifs modernes et les rosiers anglais, presque tous remontants, demandent une taille légère en dormance, une réduction d’environ un tiers et le retrait occasionnel d’une vieille charpentière.

Sur tous les remontants, la suppression des fleurs fanées relance la vague suivante. On coupe au-dessus d’une feuille bien développée à cinq folioles tournée vers l’extérieur, plutôt que juste sous la fleur, où l’on laisserait un bout de tige sans bourgeon capable de repartir. On abandonne ce geste sur les rosiers dont on veut les cynorrhodons décoratifs, et il ne sert à rien sur les non remontants. Une dernière remarque remet le reste à sa place : des essais de taille de rosiers menés au taille-haie, sans aucun soin du placement de la coupe, ont donné à court terme une floraison comparable à celle d’une taille au sécateur, la structure et la santé de la plante étant en revanche jugées moins bonnes à long terme. Autrement dit, le moment et le choix de ce qu’on enlève pèsent bien plus lourd que la perfection de chaque coupe.

Ce qu’on ne taille pas, ou très peu

La première catégorie ne pardonne rien : les arbustes dépourvus de bourgeons latents dans le vieux bois. La lavande, le romarin, le genêt, le ciste, les bruyères et la quasi-totalité des conifères, dont le thuya et le cyprès de Leyland, ne repartent pas d’un bois brun et nu. Chez eux, l’intérieur de la touffe ou de la haie est une zone morte définitive : on peut tailler dans le vert autant qu’on veut, on ne rattrape jamais au-delà. Une lavande devenue une souche ligneuse ne se rajeunit pas, elle se remplace ; une haie de thuya ou de Leyland rabattue dans le brun reste brune. L’exception, parmi les conifères, est l’if : il est le seul à repartir franchement du vieux bois, ce qui permet de reprendre une haie d’if trop épaisse en la rabattant d’un côté une année, de l’autre l’année suivante. C’est une différence à connaître avant de planter une haie, pas quinze ans après.

La deuxième catégorie regroupe les arbustes que l’on abîme pour rien. Les viornes de printemps fleurissent sur le bois de l’année précédente, à partir de boutons formés dès l’année d’avant : elles ne demandent quasiment aucune taille, une taille annuelle raréfie leur floraison même placée au bon moment, et on se limite donc au bois mort et à la branche qui gêne vraiment. Même chose pour le magnolia, l’hamamélis ou le daphné, qui cicatrisent lentement et dont la forme naturelle est exactement ce qu’on leur demande. Il faut le dire nettement, parce que la littérature de jardinage suggère le contraire par son volume : un arbuste que l’on ne taille jamais ne meurt pas. La taille est un outil, pas un entretien obligatoire.

La troisième catégorie n’interdit pas le geste mais la saison. Les Prunus d’ornement, laurier-cerise compris, se taillent pendant la végétation et non pendant la dormance. Le champignon du plomb, Chondrostereum purpureum, libère ses spores surtout par temps humide à la saison froide, et elles s’installent sur du bois fraîchement mis à nu : tailler pendant la période active retire l’essentiel du risque. Le même raisonnement de saison vaut pour la nidification : dans de nombreux pays, détruire ou perturber un nid occupé est une infraction, et une haie prise en pleine saison de nidification en abrite presque toujours un. Enfin, on ne taille pas dans le gel, où le bois casse au lieu de se trancher et où la plaie reste ouverte tant que le froid dure, et on évite les tailles tardives, qui déclenchent une pousse tendre incapable de s’aoûter avant les premières gelées.

Dernier point, qui ne concerne pas la plante mais celui qui taille et ce qu’il laisse au sol. Plusieurs arbustes de haie très courants sont toxiques, et ce sont leurs rognures que l’on manipule à pleines mains. Chez l’if (Taxus baccata), toutes les parties contiennent des alcaloïdes taxines, cardiotoxiques, à la seule exception de la pulpe rouge de l’arille, dont la graine centrale reste toxique ; les taxines subsistent dans les rognures une fois sèches. Les feuilles de laurier-cerise (Prunus laurocerasus) contiennent des glycosides cyanogènes, de l’ordre de 1 à 2,5 % de la matière, qui libèrent de l’acide cyanhydrique lorsque les tissus sont broyés, et des empoisonnements de bovins, d’ovins et de caprins ayant consommé des rognures de taille sont documentés dans la littérature vétérinaire. Les baies de houx contiennent des saponines qui irritent le tube digestif, et les feuilles comme les baies de troène contiennent des glycosides terpénoïdes : dans les deux cas, l’ingestion par un enfant peut provoquer vomissements et diarrhées. La conséquence pratique tient en une phrase : un tas de rognures d’if ou de laurier-cerise ne se laisse ni à portée d’un animal au pré, ni à portée d’un enfant, et ne se donne à aucun animal.

La lame : ce qui se transmet vraiment, et quand ça compte

La question est presque toujours mal posée. On demande avec quoi désinfecter, alors que la vraie question est ce qui se transmet par une lame, et dans quelles conditions. Toutes les maladies d’arbustes ne circulent pas de la même façon, et la majorité de ce qui abîme un arbuste après une taille n’arrive pas par le sécateur mais par la plaie : les champignons de blessure, comme Nectria cinnabarina ou le champignon du plomb, voyagent dans l’air et se posent sur du bois fraîchement coupé. Contre eux, désinfecter la lame ne sert strictement à rien : ce qui les arrête, c’est le moment de la coupe, sa netteté et l’absence de chicot.

Ce qui passe réellement par la lame, ce sont les bactéries vasculaires prélevées dans un tissu vivant infecté, au premier rang desquelles le feu bactérien (Erwinia amylovora), qui frappe justement des Rosacées ornementales très répandues, ainsi que certains virus et viroïdes transportés par la sève. Et une précision contredit un conseil très diffusé : la mosaïque du rosier ne se transmet pas par le sécateur, elle se transmet par greffage et par bouturage à partir de plants déjà infectés. Désinfecter entre deux rosiers sains en dormance ne protège de rien du tout.

Ce qui passe par la lame, et ce qui passe par la plaie
AgentChemin réelQuand la lame compteCe qui protège vraiment
Feu bactérien (Erwinia amylovora)Bactérie prélevée dans un tissu vivant infectéEn végétation, en coupant un chancre ou un rameau atteintAssainir hors végétation, sortir le bois atteint, essuyer puis désinfecter entre deux coupes suspectes
Champignon du plomb (Chondrostereum purpureum)Spores dans l’air, déposées sur du bois fraîchement coupéJamaisTailler les Prunus pendant la végétation, pas en saison froide et humide
Chancre à pustules orange (Nectria cinnabarina)Champignon de blessure, entre par les plaies et les chicots mortsJamaisCoupe nette, aucun moignon, taille par temps sec
Tache noire du photinia (Entomosporium maculatum)Spores sur les feuilles jeunes, propagées par les éclaboussuresMarginalTailler moins souvent, tailler en dormance plutôt qu’en été, ramasser les feuilles tombées
Mosaïque du rosierGreffage et bouturage à partir de plants déjà infectésJamaisAcheter des plants sains : désinfecter le sécateur n’y change rien
Virus et viroïdes transmis par la sèveSève restée sur la lame, portée d’une plante à l’autreEn végétation, sur des plantes déjà maladesEssuyer, désinfecter, et ne pas multiplier à partir d’un sujet suspect

Deux conditions doivent donc être réunies pour que la lame compte : couper dans un tissu vivant visiblement atteint, chancre suintant, rameau flétri en crosse, tache active, et le faire pendant la saison de végétation. Le feu bactérien est inactif pendant la dormance, au point que le risque de transmission y est nul en pratique, ce qui explique que la taille d’assainissement des sujets suspects soit précisément recommandée hors végétation. Le photinia illustre l’autre facette du problème : ce n’est pas la lame qui propage sa tache noire, c’est la taille elle-même, parce qu’elle produit la vague de feuilles jeunes que le champignon colonise.

Aucun produit ne compense une lame sale, et c’est le point le plus souvent sauté. La matière organique, sève et sciure, inactive les désinfectants : essuyer la lame avant de la traiter pèse davantage que le choix du produit. Les désinfectants étudiés, alcools éthylique et isopropylique, eau de Javel diluée, désinfectants ménagers, phosphate trisodique, fonctionnent tous dans certaines conditions, mais pas également. L’essai de référence n’a pas porté sur des arbres taillés, ses auteurs précisant qu’il n’était pas réalisable de tester les désinfectants ainsi, mais sur de jeunes fruits détachés de pommier et de nashi, incisés au scalpel : dans ce dispositif, l’alcool à friction n’a pas empêché la transmission du feu bactérien, tandis que trois produits sont ressortis à égalité en tête, l’eau de Javel n’étant donc pas la seule à fonctionner. La dilution va à l’encontre du conseil le plus répandu : c’est la solution au dixième qui a le plus souvent échoué, alors que le produit pur ou dilué au cinquième, avec un trempage de la lame d’au moins une minute, a tenu. Et aucun désinfectant testé n’a donné une protection complète, les auteurs le signalent explicitement : la désinfection réduit le risque, elle ne l’annule pas. Rien de tout cela n’est anodin non plus : l’eau de Javel attaque les outils, qu’il faut rincer et huiler ensuite, ce qui ne vaut pas pour tous les produits testés ; elle irrite les voies respiratoires et ne se mélange à aucun autre produit, et il n’existe aucune préparation maison que l’on puisse présenter comme un désinfectant sans risque. Le geste le plus rentable reste ailleurs : une lame affûtée qui tranche au lieu d’écraser, une coupe à la bonne distance du bourgeon, et les rameaux malades sortis du jardin plutôt que déposés sur le compost.

Rajeunir un arbuste laissé à l’abandon

Le diagnostic est le même quelle que soit l’espèce : une base dégarnie, des tiges épaisses et grises à écorce crevassée, une floraison qui remonte de plus en plus haut et se raréfie, un intérieur mort par manque de lumière. Ce n’est pas une maladie, c’est le résultat mécanique de l’absence de renouvellement. Les tiges âgées consomment beaucoup, fleurissent mal, et occupent la lumière qui permettrait à de jeunes tiges de partir de la souche.

La méthode qui marche s’étale sur trois saisons. La première année, en fin de dormance, on supprime environ un tiers des tiges les plus vieilles en les coupant tout près du sol, entre 5 et 15 cm, ainsi que tout ce qui est mort, grêle ou couché. La deuxième année, on retire la moitié des vieilles tiges restantes, et on taille normalement le reste selon le bois porteur de l’espèce. La troisième année, on retire les dernières vieilles tiges. Au bout de trois saisons, la touffe est entièrement constituée de bois jeune, sans qu’on ait jamais perdu ni la totalité d’une floraison ni la totalité du feuillage.

Étaler plutôt que tout couper d’un coup répond à trois raisons, dont une seule est esthétique. D’abord garder du feuillage : les racines d’un arbuste établi sont dimensionnées pour une masse foliaire donnée, et tout supprimer les prive brutalement de ce qui les alimente. Ensuite garder des fleurs chaque année. Enfin, et c’est la raison sérieuse, on ignore souvent si l’arbuste repart du vieux bois ; l’étalement fait l’essai sur un tiers de la plante au lieu de la totalité, et la première année sert de test grandeur nature.

Le rabattage total en une fois reste possible sur les espèces qui le supportent franchement, en fin de dormance : le buddleia, le noisetier, le sureau, les cornouillers cultivés pour leur bois coloré, le charme, le hêtre et l’if. On rabat, on arrose la saison qui suit, et on accepte une année sans fleurs suivie d’une repousse très dense qu’il faudra éclaircir. Le buis se conduit à part : il repart bien du vieux bois, mais lentement, et une reprise en une seule fois lui coûte plusieurs saisons de silhouette.

Deux erreurs de diagnostic reviennent régulièrement. La première concerne le lilas : une bonne part des tiges qui montent du pied peut provenir du porte-greffe et non de la variété, avec un feuillage et une vigueur différents, et elles ne donneront jamais les fleurs attendues. On les supprime à la base au lieu de les compter comme du renouvellement. La seconde concerne les espèces qui ne repartent pas du vieux bois : chez elles, il n’existe pas de taille de rajeunissement du tout, et un vieux sujet dégarni est un sujet à remplacer. Rabattre pour voir revient à tuer la plante afin de confirmer une information disponible avant de couper.

Enfin, un arbuste rabattu redémarre avec un système racinaire surdimensionné et une pousse explosive. Deux gestes suivent nécessairement : arroser régulièrement pendant la première saison de croissance, et éclaircir la repousse l’année suivante, parce que dix départs sur une même souche donneront dix tiges grêles qui se gêneront. Un apport de matière organique en surface aide ; un engrais azoté appliqué au moment du rabattage ne fait qu’aggraver la production de bois tendre.

Les pièges classiques à éviter

PiègeRabattre le forsythia, le lilas ou le weigelia en fin d’hiver, au moment où l’on taille tout le reste du jardin.

Pourquoi :Ces arbustes ont formé leurs boutons à fleurs pendant l’été précédent et les portent tout l’hiver sur leurs rameaux : la coupe enlève littéralement les fleurs, qui sont déjà là et déjà visibles à l’œil nu, plus grosses et plus rondes que les bourgeons à feuilles. Rien ne trahit l’erreur ensuite, puisque l’arbuste repart vert et dense, ce qui pousse à recommencer l’année suivante.

La bonne pratique :Regarder les bourgeons avant de couper : s’ils sont renflés, ronds et groupés, ce sont des fleurs. Reporter alors la taille aux semaines qui suivent la chute des fleurs, raccourcir les rameaux défleuris et retirer jusqu’à un cinquième des plus vieilles tiges à la base.

PiègeTailler un rosier grimpant non remontant ou un rosier liane en fin d’hiver, avec les rosiers buissons.

Pourquoi :Il fleurit sur le bois de l’année précédente : la taille de dormance supprime la totalité du bois qui devait fleurir. La plante réagit en émettant de longues tiges neuves très vigoureuses et stériles pour l’année, ce qui donne un rosier magnifique et sans une fleur. Le jardinier en conclut qu’il manque de taille et répète l’opération, parfois pendant des années.

La bonne pratique :Observer une saison : une seule vague de fleurs puis des cynorrhodons signale un non remontant. Le tailler juste après sa floraison, supprimer à la base les tiges qui viennent de fleurir, palisser à leur place les longues pousses neuves de l’année, et ne toucher aux charpentières que pour en renouveler une.

PiègeTraiter tous les hortensias de la même façon et les rabattre en fin d’hiver.

Pourquoi :Le nom recouvre des espèces au comportement inverse. Hydrangea macrophylla, serrata et quercifolia fleurissent sur le bois de l’année précédente, tandis que paniculata et arborescens fleurissent sur le bois de l’année. La même coupe de fin d’hiver double la floraison des seconds et annule celle des premiers, ce qui rend le conseil universel trompeur dans un cas sur deux.

La bonne pratique :Se fier à la forme de l’inflorescence : panicule conique ou grosse tête ronde sur tige souple, on rabat en fin de dormance ; boule ou plateau, on laisse les têtes fanées protéger les bourgeons pendant l’hiver et on les coupe au début du printemps sur la première paire de bourgeons franchement gonflés.

PiègeRabattre au ras ou dans le bois brun une lavande, un genêt, un thuya ou un cyprès de Leyland devenus trop grands.

Pourquoi :Ces plantes ne possèdent pas de bourgeons latents dans le vieux bois nu. La zone brune à l’intérieur de la touffe ou de la haie est définitivement morte : la coupe ne déclenche aucun redémarrage, et la partie rabattue reste telle quelle. L’if est la seule exception notable parmi les conifères courants.

La bonne pratique :Tailler chaque année dans la partie verte, avant que la zone nue ne s’installe. Si c’est déjà fait, remplacer plutôt que rabattre pour voir. Sur une haie d’if, en revanche, une reprise sévère est possible : un côté la première année, l’autre la suivante.

PiègePasser un coup d’alcool sur la lame entre chaque coupe et se croire couvert.

Pourquoi :La sève et la sciure restées sur le tranchant inactivent le désinfectant, et l’alcool à friction n’a pas empêché la transmission du feu bactérien dans l’essai de référence, conduit non pas sur des arbres taillés mais sur de jeunes fruits détachés de pommier et de nashi incisés au scalpel ; dans ce même essai, aucun produit n’a donné une protection complète, et c’est la dilution d’eau de Javel au dixième, celle que l’on recommande partout, qui a le plus souvent échoué. Pendant ce temps, la vraie porte d’entrée reste ouverte : les champignons de blessure arrivent par l’air et s’installent sur les plaies écrasées et les chicots, contre lesquels aucun produit sur la lame n’a le moindre effet.

La bonne pratique :Essuyer la lame avant de la traiter, réserver la désinfection aux coupes faites en végétation dans un tissu visiblement atteint et, si l’on y recourt, employer l’eau de Javel pure ou diluée au cinquième plutôt qu’au dixième, avec un trempage d’au moins une minute. Puis déplacer l’effort là où il paie : lame affûtée, coupe nette à environ cinq millimètres au-dessus d’un bourgeon, aucun moignon laissé, rameaux malades sortis du jardin plutôt que compostés.

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Questions fréquentes

Comment savoir sur quel bois fleurit mon arbuste si j’ignore son nom ?

Trois indices suffisent presque toujours. La date de floraison d’abord : fleurir entre le débourrement et le milieu de l’été signale le bois de l’année précédente, fleurir du plein été à l’automne signale le bois de l’année. Ensuite, ce qui porte la fleur : une inflorescence au bout d’une pousse verte et tendre de l’année désigne le bois de l’année, une fleur qui sort d’un rameau ligneux à écorce désigne le bois ancien. Enfin, les bourgeons en fin d’hiver : sur un arbuste à bois ancien, les boutons à fleurs sont déjà là, plus gros, plus ronds et souvent groupés, très différents des bourgeons à feuilles, pointus et plaqués.

J’ai taillé au mauvais moment, est-ce que j’ai tué mon arbuste ?

Non. Une erreur de fenêtre coûte une saison de floraison, pas la plante. L’arbuste repart, souvent même plus vigoureusement, puisque la coupe lève la dominance apicale et réveille les bourgeons du dessous. Le seul geste réellement irréversible est d’une autre nature : rabattre dans le vieux bois nu une espèce qui n’y possède pas de bourgeons latents, comme la lavande, le genêt, le thuya ou le cyprès de Leyland. Là, rien ne repart et la plante est à remplacer.

Quand faut-il tailler un hortensia ?

Cela dépend de l’espèce, et c’est le piège du genre. Les hortensias à grosses boules ou à plateaux (Hydrangea macrophylla), ainsi que serrata et l’hortensia à feuilles de chêne, fleurissent sur le bois de l’année précédente : on laisse les têtes fanées pendant l’hiver, où elles protègent du gel les bourgeons situés juste dessous, puis on les coupe au début du printemps sur la première paire de bourgeons bien gonflés ; l’hortensia à feuilles de chêne, lui, se contente d’une taille minimale au printemps, bois mort et tiges trop longues. Les hortensias à panicules coniques (paniculata) et les grosses têtes rondes portées par des tiges souples (arborescens) fleurissent sur le bois de l’année et se rabattent franchement en fin de dormance.

Pourquoi mon rosier grimpant fait-il de grandes pousses mais plus aucune fleur ?

C’est la signature d’un grimpant non remontant taillé en fin d’hiver. Il fleurit sur le bois de l’année précédente : la taille de dormance retire tout le bois qui devait fleurir, et la plante répond par de longues tiges neuves vigoureuses et stériles pour l’année. L’erreur se répète d’elle-même, puisque l’absence de fleurs est interprétée comme un manque de taille. La sortie consiste à ne rien couper pendant une saison, à observer, puis à tailler juste après l’unique floraison en supprimant à la base les tiges qui viennent de fleurir et en palissant les nouvelles.

Faut-il désinfecter son sécateur entre chaque plante ?

Pas par principe. Ce qui se transmet réellement par une lame, ce sont des bactéries vasculaires prélevées dans un tissu vivant infecté, comme le feu bactérien, et certains virus portés par la sève ; la mosaïque du rosier, souvent citée, ne se transmet pas ainsi mais par greffage et bouturage. La désinfection compte donc quand on coupe en végétation dans un tissu visiblement atteint. Et un point pèse plus lourd que le produit : sève et sciure inactivent les désinfectants, il faut essuyer la lame avant de la traiter. Aucun des désinfectants testés contre le feu bactérien n’a d’ailleurs donné une protection complète, et c’est la dilution d’eau de Javel au dixième, la plus répandue, qui a le plus souvent échoué : mieux vaut le produit pur ou dilué au cinquième, avec un trempage d’au moins une minute. Aucun mélange maison ne peut être présenté comme un désinfectant sans risque.

Comment reprendre un vieil arbuste devenu énorme et complètement dégarni à la base ?

En trois saisons plutôt qu’en une. La première année, en fin de dormance, retirez environ un tiers des tiges les plus vieilles coupées entre 5 et 15 cm du sol, plus tout le bois mort et grêle. La deuxième année, retirez la moitié des vieilles tiges restantes et taillez le reste selon le bois porteur de l’espèce. La troisième année, retirez les dernières. On garde ainsi du feuillage pour alimenter les racines et des fleurs chaque année, et surtout la première année sert d’essai : si l’arbuste ne repart pas du vieux bois, on l’aura appris sur un tiers de la plante et non sur la totalité.

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