Le diagnostic d’abord, le cuivre en dernier

Maladies du jardin : reconnaître ce qui attaque vos plantes, et agir avant la tache

Avant de choisir un traitement contre une maladie du jardin, il faut savoir à quel monde on a affaire, parce que les quatre grands groupes de parasites n’ont ni la même biologie ni les mêmes points faibles, et parce qu’une part importante de ce que l’on prend pour une maladie n’en est pas une. Le mildiou n’est pas un champignon, une bactériose ne se guérit pas avec un fongicide, une virose ne se guérit pas du tout, et la nécrose apicale de la tomate n’a aucun parasite derrière elle. Ce qui reste vraiment efficace se joue avant la tache : la durée pendant laquelle le feuillage reste mouillé, l’écartement, l’arrosage au pied, le sort des débris et le choix de variétés dont les sigles de résistance veulent dire quelque chose de précis.

Une maladie de plante se traite d’abord par le diagnostic, et le diagnostic tient en trois questions. La première : est-ce seulement une maladie ? Un désordre physiologique frappe simultanément tous les sujets de même âge, de même exposition et de même conduite, sans jamais progresser d’un pied vers son voisin ; la nécrose apicale de la tomate, la chlorose ferrique des sols calcaires, les brûlures et l’œdème appartiennent à cette catégorie, et aucun fongicide n’y peut quoi que ce soit. La deuxième : quel groupe de parasites ? Les champignons vrais ont une paroi de chitine et une membrane à ergostérol ; les oomycètes, qui causent tous les mildious, sont des straménopiles à paroi cellulosique, sans chitine et sans ergostérol comme stérol principal, si bien que les matières actives visant ces deux cibles n’ont littéralement rien à attaquer chez eux. Les bactéries font des taches anguleuses arrêtées par les nervures, à bord gorgé d’eau, que les fongicides ne guérissent pas. Les virus ne se soignent pas : ils s’arrachent. La troisième question porte sur les conditions : chaque maladie a un déclencheur mesurable, presque toujours une durée d’humectation du feuillage associée à une plage de température. La tavelure du pommier demande environ six heures de feuillage mouillé dans sa plage favorable, la tache noire du rosier au moins sept heures, le mildiou de la pomme de terre deux jours consécutifs à au moins 10 °C avec au moins six heures d’humidité relative supérieure ou égale à 90 %, tandis que les oïdiums font exception et germent sans eau libre. De là découle tout le reste : les produits de contact autorisés en bio, cuivre et soufre en tête, sont des protecteurs de surface qui doivent être en place avant l’infection et ne rattrapent jamais une lésion installée, et le cuivre n’est pas anodin puisqu’il s’accumule dans le sol, où l’Union européenne plafonne son usage à 28 kilogrammes par hectare sur sept ans. Ce qui fait vraiment la différence sur une saison est ailleurs : arroser au pied plutôt que sur le feuillage, écarter et tailler pour raccourcir le temps de séchage, sortir les débris contaminés d’un compost qui ne monte jamais assez haut en température, tailler les Prunus en pleine végétation et non pendant le repos, et choisir des variétés dont les sigles de résistance nomment un pathogène précis, en sachant qu’une résistance portée par un seul gène finit par être contournée.

Avant de traiter : est-ce seulement une maladie ?

La première question n’est pas quel produit pulvériser, c’est de savoir si quoi que ce soit doit être pulvérisé. Trois familles de causes produisent sur une feuille des symptômes qui se ressemblent beaucoup : les parasites, champignons, oomycètes, bactéries et virus ; les désordres non parasitaires, c’est-à-dire les accidents de conduite, de sol ou de climat ; et les animaux, qui signent leur passage autrement et relèvent d’un autre sujet. Une part considérable des traitements appliqués au jardin vise en réalité la deuxième famille, contre laquelle aucun fongicide n’a jamais rien pu.

Le critère qui tranche le plus vite n’est pas la couleur de la tache, c’est la répartition. Un désordre physiologique frappe d’un coup, simultanément, tous les sujets qui partagent la même conduite : même variété, même âge, même exposition, même arrosage. Il ne progresse pas de proche en proche et il épargne rarement un pied isolé au milieu des autres. Une maladie, elle, part de foyers : quelques feuilles, un côté du plant, le rang exposé au vent dominant, puis elle s’étend, et il existe toujours un moment où des voisins immédiats sont encore indemnes. Deux questions suffisent le plus souvent : est-ce que cela avance, et est-ce que cela avance d’un individu vers un autre.

Le cas le plus coûteux en traitements inutiles est la nécrose apicale de la tomate, cette zone brune, aplatie et sèche qui apparaît à l’opposé du pédoncule. Aucun parasite n’est en cause : c’est un désordre physiologique, qui touche aussi le poivron, l’aubergine et plusieurs cucurbitacées. Le raccourci habituel, il manque du calcium, est faux dans la plupart des jardins. Ce n’est pas la quantité de calcium présente dans le sol qui pose problème mais son acheminement jusqu’au fruit en croissance, acheminement qui dépend du flux d’eau et surtout de sa régularité. Les travaux publiés sur ce désordre décrivent une perturbation de l’homéostasie calcique du fruit associée à des conditions d’arrosage irrégulières, avec un rôle documenté des formes réactives de l’oxygène dans la sévérité des symptômes. En pratique : un apport de calcium sur un sol qui en contient déjà ne change rien, un fongicide encore moins, et le geste utile consiste à supprimer les alternances brutales de sécheresse et d’arrosage, à pailler, et à accepter que les fruits d’une vague soient perdus pendant que les suivants reviennent normaux.

Deuxième confusion fréquente, la chlorose ferrique induite par le calcaire. Les jeunes feuilles jaunissent entre les nervures, qui restent vertes, et le contraste est le plus net sur les pousses les plus récentes ; l’hortensia et beaucoup d’arbustes de terre acide en donnent des exemples spectaculaires, les fruitiers aussi. Le détail qui déroute est que l’analyse de sol comme l’analyse foliaire révèlent souvent du fer en quantité suffisante : ce n’est pas le fer qui manque, c’est le bicarbonate des sols calcaires qui bloque son acquisition et son utilisation par la plante. Apporter du fer sous une forme non protégée revient donc à le faire précipiter à son tour ; ce qui fonctionne est un chélate adapté au pH du sol, un apport de matière organique, et surtout le choix d’espèces qui supportent le calcaire quand le sol, lui, ne se corrige pas.

Restent trois accidents que l’on prend régulièrement pour des maladies. La brûlure, solaire ou consécutive à un traitement, ne se trouve que du côté exposé : elle épargne le revers et l’ombre, ce qu’aucun champignon ne fait. L’œdème, ces petites boursouflures liégeuses au revers des feuilles de plantes en pot, vient d’un excès d’eau absorbée quand l’évaporation est faible, et disparaît quand le régime d’arrosage change. La dérive d’herbicide, ou un paillis contaminé, tord les feuilles en cuillère et éventaille les nervures sur des espèces sans lien de parenté en même temps, avec un gradient qui pointe vers une bordure ou vers l’endroit où le paillis a été déposé. Aucun des trois ne se transmet, et c’est exactement ce qui permet de les reconnaître.

Ce que l’on prend pour une maladie fongique, et ce que c’est vraiment
Ce que vous voyezDiagnostic le plus probableCe qui trahit la vraie causeCe qui le corrige
Base du fruit brunie, aplatie, sèche et coriace, sur tomate, poivron, aubergine ou cucurbitacéeNécrose apicale, désordre physiologique lié à l’acheminement du calcium dans le fruitTouche les fruits d’une même vague de nouaison sur des plants par ailleurs sains, sans aucune sporulation ni progression d’un pied vers un autreRégulariser l’alimentation en eau, pailler, supprimer les à-coups de sécheresse puis d’arrosage ; ni fongicide ni apport de calcium sur un sol qui en contient déjà
Jeunes feuilles jaunes à nervures restées vertes, feuilles âgées encore normalesChlorose ferrique induite par le calcaireSol et feuilles contiennent souvent du fer en quantité : c’est le bicarbonate du sol calcaire qui bloque son acquisition, et le symptôme est le plus net sur les pousses les plus récentesChélate de fer adapté au pH du sol, apport de matière organique, et à terme choix d’espèces qui supportent le calcaire
Plages décolorées puis parcheminées sur la face exposée d’un fruit ou d’une feuilleBrûlure solaire, ou brûlure consécutive à un traitementStrictement du côté exposé, jamais au revers ni à l’ombre, apparue après un pic de chaleur ou une pulvérisation en plein soleilConserver le feuillage qui ombre les fruits, ne traiter ni aux heures chaudes ni avant un coup de chaleur, respecter les seuils de température du produit
Petites boursouflures liégeuses au revers des feuilles, surtout sur plantes en potŒdème, éclatement de cellules par excès d’eau absorbéeApparaît après une période humide et fraîche à faible évaporation, sans lésion, sans odeur, et ne se transmet pas d’une plante à l’autreEspacer les arrosages, améliorer la lumière et la circulation d’air ; aucun traitement n’est utile
Feuilles tordues en cuillère, nervures en éventail, sur plusieurs espèces sans parenté en même tempsDérive d’herbicide, ou paillis et compost contaminésFrappe simultanément des plantes de familles différentes, avec un gradient qui pointe vers une bordure ou vers l’endroit où le paillis a été déposéIdentifier la source avant de replanter, arroser abondamment pour diluer, ne pas réutiliser le lot de paillis ou de compost suspect
Taches anguleuses arrêtées net par les nervures, bord translucide à contre-jour, halo jaune, parfois exsudatMaladie bactérienne, prise pour une maladie fongiqueLe contour anguleux et le bord gorgé d’eau : une tache fongique franchit les nervures, s’arrondit, et montre souvent des points noirs affleurants à la loupeRetirer les parties atteintes, ne plus mouiller le feuillage, ne pas manipuler la culture humide ; un fongicide ne guérit pas une bactériose

Champignon, oomycète, bactérie, virus : quatre mondes, quatre logiques

Les quatre groupes de parasites responsables des maladies de plantes n’ont ni la même biologie, ni les mêmes points faibles. La confusion la plus répandue au jardin concerne les deux premiers, et elle a des conséquences très concrètes sur ce qui marche.

Le mildiou n’est pas un champignon. Les organismes qui le causent, les oomycètes, appartiennent aux straménopiles, une lignée qui compte aussi les diatomées et les algues brunes : ils sont plus proches de ces dernières que d’une levure ou d’un champignon de couche. Cette parenté n’est pas une coquetterie de taxonomiste, elle se lit dans leur enveloppe. La paroi d’un champignon vrai contient de la chitine et du bêta-1,3-glucane ; celle d’un oomycète est faite principalement de cellulose et de bêta-1,3-glucane, et ne contient pratiquement pas de chitine. Leur membrane, de son côté, n’a pas l’ergostérol pour stérol principal, alors que c’est la règle chez les champignons.

La conséquence est directe : une matière active qui vise la synthèse de la chitine ou celle de l’ergostérol n’a tout simplement pas de cible chez un oomycète. C’est pourquoi un produit efficace sur l’oïdium peut rester totalement inopérant sur le mildiou, alors que les deux déposent un revêtement blanc sur une feuille. Le soufre illustre bien ce partage : il rend service contre les oïdiums, qui sont de vrais champignons, et on ne compte pas sur lui contre les mildious. Cette frontière explique aussi pourquoi les gammes de produits séparent presque toujours les deux usages, et pourquoi acheter au feutrage blanc plutôt qu’au diagnostic conduit droit à l’échec.

Le vocabulaire français ajoute sa part de confusion. Le mot mildiou recouvre en français deux réalités que d’autres langues distinguent : le mildiou de la pomme de terre et de la tomate, causé par Phytophthora infestans, et les mildious au sens strict, ceux de la vigne, de la laitue, des cucurbitacées, du basilic ou de l’oignon, causés par des genres différents et strictement spécialisés sur leur hôte. Tous sont des oomycètes, tous ont besoin d’eau libre pour libérer des spores nageuses, et c’est ce dernier point qui compte pour le jardinier : sans eau qui persiste sur la feuille, l’infection ne démarre pas.

Les bactéries forment le troisième monde, et il se reconnaît à la géométrie des lésions. Une bactérie ne perce pas la cuticule : elle entre par une blessure, par un stomate ou par une plaie de taille, et il lui faut de l’eau. Une fois dans le limbe, elle diffuse mal au travers des nervures, si bien que la lésion prend un contour anguleux, comme découpée par le réseau des veines. Son bord est gorgé d’eau, translucide quand on regarde la feuille à contre-jour, souvent souligné d’un halo jaune, et la lésion peut exsuder. Une tache fongique, à l’inverse, franchit les nervures et s’arrondit. Un fongicide ne guérit pas une bactériose ; le cuivre, lui, agit sur les bactéries présentes à la surface, et seulement là.

Le quatrième monde est celui des virus, et il n’a aucun produit en face de lui. Aucune substance, autorisée en bio ou non, ne guérit une plante virosée. Les symptômes se reconnaissent à leur irrégularité : mosaïques claires et foncées qui ne respectent aucun contour, marbrures, anneaux concentriques, feuilles filiformes ou gaufrées, rabougrissement d’un pied unique au milieu de plants normaux. Rien ne sporule, rien ne s’essuie, rien n’avance en tache d’huile sur la feuille elle-même.

Deux gestes de diagnostic valent tous les tableaux. Le premier demande une loupe de poche à dix fois : sur une tache fongique installée, on distingue souvent de minuscules points noirs affleurant à la surface, les fructifications qui produiront la génération suivante de spores ; leur présence tranche en faveur d’un champignon. Le second est le frottement : un dépôt fongique s’enlève en poussière sèche ou laisse un feutrage, tandis qu’un exsudat bactérien sec forme une pellicule luisante et translucide qui s’étale gras.

Lire la signature : où pousse le parasite, et comment la tache est bornée

Une fois écartés les désordres, la plupart des maladies courantes se reconnaissent à trois indices : sur quelle face le parasite pousse, si la tache franchit ou non les nervures, et sur quel type de tissu l’attaque commence.

L’oïdium pousse à l’extérieur. C’est un champignon vrai qui reste presque entièrement à la surface, d’où ce feutrage poudreux blanc grisâtre présent sur les deux faces, sur les tiges et parfois sur les boutons floraux, et qui s’essuie au doigt en laissant la feuille verte dessous. Les oïdiums sont très spécialisés : celui de la courgette et du concombre n’est pas celui du rosier, et le groseillier comme le cassissier en hébergent un qui leur est propre, l’oïdium américain du groseillier, Podosphaera mors-uvae, lequel brunit les jeunes pousses et les fruits sous un feutrage qui vire au feutre brun.

Le mildiou, lui, pousse dedans et ne ressort que pour sporuler. Le duvet apparaît donc au revers, exactement en face de la tache visible sur le dessus, et seulement quand l’humidité le permet. Sur beaucoup de cultures, la tache est jaune puis brune et prend un contour anguleux parce que le mycélium progresse mal au travers des grosses nervures : sur la vigne, la lésion précoce est même décrite comme une tache d’huile, translucide vue par transparence, avant que le revers ne se couvre d’un feutrage blanc. Sur la tomate et la pomme de terre, Phytophthora infestans fait autre chose : des plages brunes irrégulières à contour huileux qui gagnent en quelques jours, un liseré blanchâtre au revers par temps humide, des tiges qui brunissent, et une progression si rapide qu’un pied sain le matin peut être condamné deux jours plus tard.

Les rouilles se reconnaissent à leur poussière. Ce sont des parasites obligatoires : ils ne se nourrissent que de tissu vivant et ne colonisent donc jamais un débris mort. Pour passer la mauvaise saison, les unes forment des spores de repos qui attendent sur les résidus de la plante, les autres passent par un second hôte sans parenté avec le premier. La pustule crève l’épiderme et libère une poudre colorée qui marque le doigt, orangée à brune selon l’espèce et le stade. La rouille grillagée du poirier, Gymnosporangium sabinae, ajoute un détail que peu de guides expliquent correctement : elle a besoin de deux hôtes sans parenté, un genévrier où elle passe la mauvaise saison en galles, et le poirier où elle produit ses taches orangées puis ses excroissances grillagées au revers. Ce n’est pas un cas isolé, c’est le fonctionnement normal de nombreuses rouilles.

La tavelure du pommier, Venturia inaequalis, commence en taches veloutées vert olive, mal délimitées, qui brunissent puis se liègent, déforment la feuille et crevassent la peau du fruit. Son inoculum de départ n’est pas sur l’arbre : il est dans les feuilles tombées au sol, où le champignon achève son cycle et produit les spores projetées vers les jeunes pousses au débourrement.

La pourriture grise, Botrytis cinerea, attaque autrement : elle démarre sur un tissu affaibli, une fleur fanée, un fruit blessé, un point de contact avec un sol humide, une plaie de taille, puis gagne le tissu sain à partir de là. Son feutrage gris fume en nuage de spores quand on le dérange, ce qu’aucune autre maladie courante ne fait. Sur le fraisier, le framboisier et la vigne, elle s’installe presque toujours à la faveur d’un contact ou d’une blessure, et c’est là qu’il faut chercher à l’arrêter.

Restent les taches foliaires banales, celles qui se ressemblent toutes et qui portent des noms différents selon l’hôte : cercle brun à centre clair, halo jaune, points noirs affleurants. La distinction utile n’est pas leur nom mais leur mode d’arrivée, presque toujours la projection d’eau depuis le sol vers les feuilles basses, ce qui explique qu’elles montent du bas du plant et que le paillage les freine si efficacement.

Les conditions déclenchantes, en chiffres : la durée d’humectation avant tout

C’est le point où ce guide diverge le plus des pages de conseil habituelles. Une maladie fongique ou à oomycète ne se déclenche pas parce qu’il a plu, mais parce qu’une combinaison précise de température et de durée d’humectation du feuillage a été atteinte. Cette combinaison est connue, chiffrée, et sert depuis des décennies à piloter des avertissements agricoles. Le jardinier peut la lire avec un thermomètre à minima et maxima et un hygromètre.

La tavelure du pommier est le modèle historique. La table de Mills donne, pour chaque température, le nombre d’heures d’humectation continue nécessaires à l’infection par les spores issues des feuilles mortes : l’infection reste possible d’environ 6 à 25 °C, et la table d’origine exigeait de l’ordre de neuf heures de feuillage mouillé dans la plage la plus favorable, autour de 16 à 24 °C, la durée s’allongeant fortement à mesure que la température baisse, jusqu’à dépasser la journée entière près de la limite basse. Une révision publiée en 1989 a raccourci ces durées d’environ trois heures à toutes les températures : c’est elle qui fait référence aujourd’hui, et elle ramène l’exigence à environ six heures dans la plage la plus favorable. Deux corollaires méritent d’être connus : les spores issues des lésions déjà présentes sur l’arbre demandent environ les deux tiers du temps exigé des spores du sol, et les contaminations secondaires se produisent environ trois heures plus tôt que les primaires. Autrement dit, une averse suivie d’un ressuyage rapide ne contamine pas, et le premier foyer rend l’arbre plus vulnérable à tous les suivants.

Pour le mildiou de la pomme de terre et de la tomate, le système d’avertissement en vigueur en Grande-Bretagne, appelé critère Hutton, est parlant parce qu’il est simple : deux jours consécutifs présentant chacun une température minimale d’au moins 10 °C et au moins six heures d’humidité relative supérieure ou égale à 90 %. Il a remplacé un critère plus ancien, la période de Smith, qui exigeait onze heures d’humidité élevée par jour ; la durée a été abaissée à six heures pour tenir compte de la capacité des populations actuelles du pathogène à infecter sur des épisodes humides plus courts. Ce détail dit l’essentiel : les seuils sont des repères vivants, révisés quand le pathogène change.

Le mildiou de la vigne a sa règle de terrain, dite des trois dix : une dizaine de millimètres de pluie en vingt-quatre heures, une température d’au moins 10 °C, et des rameaux ayant atteint une dizaine de centimètres. Les formulations plus précises retiennent une moyenne journalière d’au moins 11 °C sur vingt-quatre heures, au moins 10 millimètres de pluie en une journée ou 13 millimètres sur deux à trois jours, et au moins six heures d’humectation. Cette première contamination compte double, puisqu’elle alimente ensuite tous les cycles secondaires de la saison.

La tache noire du rosier, causée par Diplocarpon rosae, demande au moins sept heures d’humectation continue du feuillage, avec un développement le plus rapide autour de 24 °C, et les fructifications qui produiront la génération suivante se forment en une quinzaine de jours. Sept heures, c’est exactement ce que fournit un arrosage du soir passé sur le feuillage : la maladie la plus emblématique du rosier est donc, pour une bonne part, une maladie d’arrosoir mal tenu.

La pourriture grise demande une humidité relative très élevée, de l’ordre de 90 % et plus, ou de l’eau libre prolongée, dans une plage d’environ 15 à 25 °C avec un optimum autour de 20 °C ; au-delà d’environ 32 °C sa croissance s’arrête.

Les oïdiums, enfin, font exception à toute cette logique, et c’est ce qui les rend déroutants. Leurs spores germent sans eau libre : une humidité de l’air comprise entre 40 et 100 % suffit, et le microclimat typique d’un feuillage dense, très humide la nuit et plus sec le jour, leur convient parfaitement. Mieux, l’eau libre leur nuit : au-delà de quatre heures de contact, les spores sont endommagées, et la pluie leur est globalement défavorable. L’infection se produit dans une plage large, de l’ordre de 15 à 32 °C, avec un optimum autour de 20 à 25 °C, la germination étant inhibée au-delà d’environ 35 °C. C’est donc la seule grande maladie du jardin que les étés secs favorisent, et la seule contre laquelle mouiller le feuillage ne se retourne pas systématiquement contre le jardinier.

Le déclencheur mesurable : ce qu’il faut réunir pour que l’infection démarre
MaladieTempératureHumidité ou humectation nécessaireCe que cela change en pratique
Tavelure du pommier (Venturia inaequalis)Infection possible d’environ 6 à 25 °C, plage la plus favorable vers 16 à 24 °CEnviron six heures d’humectation continue du feuillage dans la plage favorable, d’après la révision de 1989 ; la durée exigée dépasse la journée entière près de la limite basseUne averse suivie d’un ressuyage rapide ne contamine pas ; les contaminations secondaires démarrent environ trois heures plus tôt que les primaires
Mildiou de la pomme de terre et de la tomate (Phytophthora infestans)Température minimale d’au moins 10 °C sur la journéeAu moins six heures d’humidité relative supérieure ou égale à 90 %, deux jours consécutifsCritère surveillable avec un thermomètre à minima et maxima et un hygromètre ; il annonce le risque avant le premier symptôme
Mildiou de la vigne (Plasmopara viticola)Au moins 10 °C pour la règle de terrain, ou une moyenne journalière d’au moins 11 °C dans les formulations précisesUne dizaine de millimètres de pluie en vingt-quatre heures, ou 13 millimètres sur deux à trois jours, avec au moins six heures d’humectationRègle de terrain dite des trois dix, avec des rameaux d’au moins 10 cm : elle date la contamination qui alimentera tous les cycles suivants
Tache noire du rosier (Diplocarpon rosae)Développement le plus rapide autour de 24 °CAu moins sept heures d’humectation continue du feuillageUn arrosage du soir passé sur le feuillage fournit à lui seul ces sept heures ; arroser au pied les supprime
Pourriture grise (Botrytis cinerea)Environ 15 à 25 °C, optimum vers 20 °C, croissance arrêtée au-delà d’environ 32 °CHumidité relative très élevée, de l’ordre de 90 % et plus, ou eau libre prolongéeElle entre par les tissus fanés, blessés ou en contact avec le sol : supprimer fleurs fanées et fruits touchés retire ses portes d’entrée
Oïdiums (champignons vrais)Infection d’environ 15 à 32 °C, optimum vers 20 à 25 °C, germination inhibée au-delà d’environ 35 °CAucune eau libre nécessaire : 40 à 100 % d’humidité de l’air suffisent, et plus de quatre heures d’eau libre endommagent les sporesSeule grande maladie du jardin que la pluie freine : c’est le seul cas où mouiller le feuillage ne se retourne pas contre le jardinier

De ces chiffres découle la règle qui commande tout le reste : les produits de contact autorisés en bio sont des protecteurs de surface. Ils doivent être en place sur la feuille avant la fenêtre d’infection, pas après. Lire les conditions permet d’anticiper ; attendre la tache, c’est constater.

Le cuivre : le point où « naturel donc inoffensif » se casse

Le cuivre est le pilier des traitements autorisés en agriculture biologique contre les maladies, et c’est aussi la substance dont l’image est la plus éloignée du comportement réel. Trois choses doivent être dites ensemble.

La première tient au mode d’action. Le cuivre est un protecteur multisite : il agit sur les spores qui se déposent sur la surface traitée, avant qu’elles ne pénètrent le tissu. Il n’est pas systémique, il ne circule pas dans la plante, il ne se redistribue pas sur une feuille qui pousse après le traitement, et il ne guérit pas une lésion installée. Une fois le parasite entré dans la feuille, dans le bois ou dans le bourgeon, le cuivre ne l’atteint plus. Il est en outre lessivé par la pluie et l’irrigation. Toute la logique d’emploi découle de ces phrases : couvrir avant, renouveler après lessivage, et renoncer dès lors que le tissu est déjà nécrosé.

La deuxième tient à l’accumulation. Le cuivre est un élément, il ne se dégrade pas, et sa mobilité dans le sol est faible : les applications foliaires répétées finissent par s’accumuler dans l’horizon de surface. C’est précisément la raison pour laquelle l’Union européenne a renouvelé l’approbation des composés du cuivre en 2018 en les classant comme candidats à la substitution et en plafonnant leur usage à 28 kilogrammes de cuivre par hectare sur sept ans, soit une moyenne de 4 kilogrammes par hectare et par an, dans le but explicite de limiter cette accumulation. Cette approbation a depuis été prolongée jusqu’à la mi-2029 pour des raisons de calendrier réglementaire, sans que le plafond change. À titre de comparaison, les doses couramment employées au vingtième siècle, avant ce plafond, atteignaient 20 à 30 kilogrammes par hectare et par an.

La troisième tient aux effets non ciblés, et c’est la partie que le discours du jardinage naturel escamote. Des mesures conduites dans des sols viticoles rapportent des teneurs totales en cuivre s’étalant d’environ 23 à 566 milligrammes par kilogramme ; or la concentration à laquelle la moitié des vers de terre évitent activement un sol a été estimée à 240 milligrammes par kilogramme de cuivre total, avec un intervalle de confiance de 193 à 341. Autrement dit, les sols les plus chargés dépassent le seuil auquel le ver de terre fuit. Des travaux d’apport contrôlé retrouvent la même direction : une biomasse de vers réduite d’environ 15 % après application de 200 kilogrammes de cuivre par hectare et par an, une activité microbienne en baisse d’environ 30 % au-delà de 400 kilogrammes, et la reproduction des collemboles et des enchytréides divisée par deux à des doses plus élevées encore. Ces doses expérimentales sont sans commune mesure avec un usage de jardin ; ce qu’elles établissent, c’est la direction de l’effet et le fait qu’il existe. À quoi s’ajoute un classement de danger pour le milieu aquatique qui interdit, en pratique, tout rinçage de pulvérisateur près d’un point d’eau, d’un fossé ou d’une bouche d’égout.

Le soufre, l’autre pilier historique, a ses propres limites. Il ne concerne que les champignons vrais, oïdiums en tête, et laisse les oomycètes indifférents. Il brûle le feuillage quand la température dépasse environ 32 °C, et les étiquettes déconseillent de traiter si ce seuil doit être atteint dans les jours qui suivent. Surtout, il ne se combine pas avec les huiles : les recommandations professionnelles demandent d’attendre au moins quatorze jours entre une application d’huile et une application de soufre, parce que la combinaison des deux résidus piège la chaleur et fait pénétrer les deux produits dans le tissu foliaire, avec des dégâts sévères à la clé. Le soufre est également incompatible avec les savons insecticides.

Le bicarbonate de potassium constitue la troisième matière courante. C’est une substance active approuvée dans l’Union européenne comme fongicide, notamment sur fruits à pépins, fruits à noyau, vigne, fraisier et cucurbitacées, et les essais publiés lui trouvent une efficacité comparable à celle du soufre sur les oïdiums, sans la phytotoxicité que le soufre provoque sur certaines cultures sensibles. La différence entre le produit du commerce et la recette de cuisine est là : le premier porte une concentration d’emploi validée et un repère de phytotoxicité, la seconde n’en a aucun. Cette règle vaut pour l’ensemble de ce chapitre. Aucune dose ne s’invente : une dilution qui ne figure ni sur une étiquette ni dans une source vérifiable n’offre aucun repère de brûlure, aucun délai avant récolte, et aucune garantie sur ce qu’elle affecte en plus de sa cible. Et parce que les règles d’homologation diffèrent d’un pays à l’autre, une substance parfaitement autorisée quelque part peut être interdite ailleurs : ce qui est disponible en rayon ne dit rien de ce qui est légal chez le lecteur.

Ce qui ne se soigne pas : les viroses et les pathogènes installés dans le sol

Il existe deux catégories de maladies où la question du traitement ne se pose pas, et où continuer à chercher un produit fait perdre la saison.

La première est celle des viroses. Aucun produit ne guérit une plante virosée, ni en conventionnel, ni en bio, ni sous forme de préparation maison. Le virus est répliqué par les cellules de la plante elle-même ; il n’existe pas de cible à atteindre qui ne soit pas la plante. La seule réponse est l’arrachage précoce du pied atteint, avant qu’il ne serve de réservoir, et le refus catégorique d’en prélever une bouture, un rejet ou une graine. Ce geste porte un nom en production, l’épuration, et il n’a rien d’excessif : un plant virosé ne redeviendra jamais sain.

La transmission mérite deux précisions. Les insectes piqueurs en sont le vecteur principal ; ce point relève de la gestion des ravageurs et se règle en empêchant l’insecte d’atterrir, pas en le traitant, car les virus dits non persistants s’acquièrent et s’inoculent en quelques secondes. L’autre voie, celle qui dépend entièrement du jardinier, est mécanique : les mains, le sécateur, le lien de tuteurage. Certains virus, les tobamovirus dont fait partie le virus de la mosaïque du tabac, sont remarquablement stables et se transmettent par simple contact de sève. Les données expérimentales sur la désinfection des outils sont nettes et surprenantes : une solution de lait écrémé en poudre à 20 % additionnée d’un mouillant, ou une eau de Javel domestique diluée au dixième, ont supprimé complètement la transmission dans les essais, tandis que le phosphate trisodique, longtemps recommandé, n’a évité l’infection que dans une minorité des cas. L’eau de Javel a l’inconvénient d’attaquer les outils. Le point à retenir : passer une lame sous l’eau ou l’essuyer sur un chiffon ne désinfecte rien, et tailler successivement dix pieds de tomate avec le même sécateur non traité est un mode de contamination à part entière.

La seconde catégorie est celle des pathogènes qui s’installent dans le sol pour très longtemps. Ils ne se traitent pas davantage, et leur particularité est que la rotation, réponse habituelle, n’a plus grand-chose à offrir contre eux. La pourriture blanche de l’oignon et de l’ail, causée par Stromatinia cepivora, produit des sclérotes dont la survie est rapportée de vingt à quarante ans selon les sources, et il suffit d’un seul sclérote dans dix kilogrammes de terre pour provoquer la maladie : une parcelle contaminée l’est pour des décennies. La verticilliose, causée par Verticillium dahliae, persiste dix à quinze ans sous forme de microsclérotes mélanisés et compte plusieurs centaines d’espèces hôtes, herbacées comme ligneuses, ce qui rend toute succession de cultures inopérante. La hernie des crucifères, Plasmodiophora brassicae, a des spores de repos dont la demi-vie est de l’ordre de quatre ans et dont la survie va jusqu’à une vingtaine d’années selon les conditions. Les fusarioses vasculaires forment des chlamydospores qui tiennent jusqu’à une dizaine d’années.

La conclusion pratique est austère mais claire. Contre ces pathogènes, le seul levier réellement puissant est de ne jamais les introduire : ne pas rapporter de terre d’une parcelle inconnue, nettoyer les outils et les semelles entre deux jardins, se méfier des plants, bulbes, caïeux et plants racinés d’origine incertaine, et refuser les dons de plants venus d’un jardin où le symptôme a été vu. Ensuite viennent les variétés résistantes, le greffage sur porte-greffe résistant pour les solanacées, et le choix d’espèces non hôtes.

La rotation : sa vraie durée dépend du pathogène, pas d’une règle de trois ans

La rotation est le conseil le plus universellement donné et le plus rarement chiffré. Sa durée utile ne se décide pas à l’avance : elle dépend de la forme sous laquelle le pathogène attend, de sa longévité, et de la largeur de son éventail d’hôtes.

Combien de temps le pathogène attend, et ce que la rotation peut réellement y faire
PathogèneForme de conservation et durée rapportéeÉventail d’hôtesCe que la rotation change
Pourriture blanche de l’oignon et de l’ail (Stromatinia cepivora)Sclérotes, de vingt à quarante ans selon les sources ; un seul sclérote dans dix kilogrammes de terre suffit à déclencher la maladieStrictement les AlliumPresque rien : une parcelle contaminée l’est pour des décennies. Tout se joue sur le fait de ne jamais l’introduire, par la terre des outils, des semelles, des plants ou des caïeux
Hernie des crucifères (Plasmodiophora brassicae)Spores de repos, demi-vie de l’ordre de quatre ans, survie jusqu’à une vingtaine d’années rapportéeLes crucifères, cultivées et sauvagesBeaucoup, à condition de compter en années : trois ans est un plancher, quatre à cinq valent mieux, et les crucifères adventices doivent être arrachées
Verticilliose (Verticillium dahliae)Microsclérotes mélanisés, dix à quinze ansPlusieurs centaines d’espèces, herbacées et ligneusesPeu de chose : l’éventail d’hôtes est trop large. On joue sur les variétés résistantes, le greffage et les espèces non hôtes
Fusariose vasculaire (Fusarium oxysporum)Chlamydospores, jusqu’à une dizaine d’annéesChaque forme spéciale ne touche qu’une espèce ou presqueUn effet réel mais lent ; la résistance variétale, codée dans les catalogues, fait beaucoup plus
Sclérotiniose (Sclerotinia sclerotiorum)Sclérotes, couramment trois à cinq ans, davantage en sol frais et sec ; la viabilité chute nettement dès la première année quand ils sont enfouisTrès large, des salades aux haricotsUn effet net si on y ajoute l’enfouissement des débris et le retrait des plants atteints avant que les sclérotes ne se forment
Tavelure du pommier (Venturia inaequalis)Fructifications dans les feuilles tombées, sur une seule mauvaise saisonPommier et espèces prochesAucun sens sur un arbre en place : c’est le sort des feuilles tombées, ramassées, broyées ou enfouies, qui décide de la saison suivante
Mildiou de la pomme de terre (Phytophthora infestans)Ne persiste dans le sol que là où les deux types sexuels coexistent et forment des oospores ; ailleurs il repart des tubercules conservés, des repousses et des tas de déchetsSolanacéesRien à elle seule : l’inoculum arrive par l’air et par les tubercules. Supprimer repousses et tas de tubercules fait davantage que changer de planche

Trois enseignements sortent de cette lecture. Le premier est qu’une rotation courte, de deux ou trois ans, ne suffit qu’aux pathogènes dont la forme de conservation s’épuise vite. Pour la hernie des crucifères, trois ans est un plancher, quatre à cinq valent mieux, et il faut compter les crucifères sauvages comme des hôtes : une planche parfaitement tournée mais envahie de moutarde ou de bourse-à-pasteur continue d’entretenir le pathogène.

Le deuxième est que la rotation se compte en familles botaniques, jamais en légumes. Tomate, pomme de terre, aubergine et poivron sont la même famille et partagent une part de leurs maladies. La betterave et la blette sont la même espèce. Le chou, le navet, le radis, la roquette et la moutarde partagent la hernie. Déplacer des tomates là où il y avait des pommes de terre ne constitue pas une rotation.

Le troisième est le plus important, et il est souvent tu : la rotation n’a aucun effet sur les maladies dont l’inoculum arrive par l’air chaque saison. Les rouilles, les oïdiums, la tavelure d’un arbre en place et les mildious des cultures annuelles ne se règlent pas en changeant de planche, parce que rien n’attendait dans cette planche. Le mildiou de la pomme de terre en est l’exemple type : il ne survit dans le sol que là où les deux types sexuels coexistent et produisent des oospores, ce qui n’est pas le cas partout ; ailleurs, il repart des tubercules conservés, des repousses issues de tubercules oubliés et des tas de déchets de tubercules, qui constituent le pont d’une saison à l’autre. Détruire ces trois sources fait davantage que n’importe quelle rotation.

À l’inverse, la rotation reste très rentable contre les taches foliaires et les pourritures dont l’inoculum de départ est local, dans les débris de la culture précédente. Sur ces maladies-là, retirer les débris à la fin de la culture et changer de planche transforme réellement le point de départ de la saison suivante.

La prévention qui a été mesurée : eau, écartement, débris, taille

Puisque presque tout se joue sur la durée pendant laquelle une feuille reste mouillée, les gestes qui raccourcissent cette durée sont les plus rentables du jardin. Certains ont été quantifiés.

L’arrosage au pied plutôt que sur le feuillage vient en tête, et l’écart mesuré est considérable. Dans un suivi d’oignons conduit en plein champ, la sévérité des maladies foliaires était supérieure de 170 % et l’incidence des pourritures de bulbe supérieure de 186 % en aspersion par rapport au goutte-à-goutte ; la durée d’humectation mesurée sous le feuillage était en moyenne supérieure de 36 % en aspersion. Sur épinard, le passage au goutte-à-goutte a divisé par quatre à cinq la progression du mildiou. Ce n’est donc pas une préférence esthétique : c’est le levier le plus puissant à la disposition du jardinier, et il ne coûte rien. Si l’aspersion est inévitable, elle se fait en début de journée, jamais en fin, afin que le feuillage sèche avant la nuit et que les six à sept heures d’humectation nocturne ne soient pas offertes.

L’écartement et la taille d’aération agissent par le même mécanisme, et il vaut la peine de le nommer correctement : ce n’est pas l’air qui soigne, c’est le temps de séchage qui raccourcit. Un feuillage dense retient la rosée plusieurs heures de plus qu’un feuillage aéré, ce qui fait franchir ou non le seuil d’humectation d’une maladie donnée. Sur les rosiers, la vigne, les groseilliers et les tomates, supprimer les rameaux qui se croisent et effeuiller la zone de fructification vaut mieux qu’un traitement supplémentaire. Sur les semis, semer plus clair et éclaircir sans attendre est la même mesure sous un autre nom.

Le paillage joue sur une autre voie, la projection. Les taches foliaires banales et plusieurs pourritures démarrent quand la pluie ou l’arrosage projette des particules de sol contaminé sur les feuilles basses : c’est pourquoi ces maladies montent du bas du plant. Une couche de paillis intercale une barrière entre le sol et le feuillage, et isole aussi les fruits couchés, ce qui compte particulièrement pour le fraisier.

Le sort des débris décide de l’inoculum de départ. Sous un pommier tavelé, ce sont les feuilles tombées qui portent le cycle jusqu’à la reprise de végétation : les ramasser, les broyer finement ou les enfouir change le niveau de départ de la saison suivante bien davantage qu’un traitement tardif. Pour le compost, le point à connaître est une température : la destruction des pathogènes et des graines demande de tenir au moins 55 °C pendant au moins trois jours, avec des retournements pour que tout le volume passe par le cœur chaud du tas. Un tas de compost de jardin, alimenté au fil de l’eau et jamais retourné, n’atteint pratiquement jamais ces conditions sur l’ensemble de son volume. Les débris fortement contaminés, feuillage de mildiou, plants virosés, bulbes atteints de pourriture blanche, sortent donc du circuit du compost.

La désinfection des outils prend son sens à deux moments précis : quand on taille dans du tissu malade, et quand on passe d’un pied à l’autre sur une culture sensible aux virus. Le reste du temps, elle est surtout un réflexe d’ordre.

La date de taille, enfin, est une mesure sanitaire à part entière sur les Prunus, pruniers et cerisiers en particulier. Deux maladies graves y entrent par les plaies de taille : le plomb, causé par le champignon Chondrostereum purpureum, et le chancre bactérien dû à Pseudomonas syringae. Les spores de la première sont libérées surtout pendant la saison fraîche et humide, et les deux pathogènes sont les plus actifs à ce moment-là. La taille de ces arbres se fait donc en pleine végétation, quand l’arbre est en feuilles et pousse activement, et non pendant le repos, contrairement à ce que l’on fait sur un pommier. C’est probablement le geste de calendrier le plus rentable de tout le verger.

Un mot sur l’élimination de l’hôte relais, souvent recommandée sans nuance. Pour la rouille grillagée du poirier, dont le genévrier est l’hôte obligatoire, arracher le genévrier du voisin ne règle presque jamais rien : les basidiospores libérées par les galles du genévrier sont transportées par le vent sur des distances de l’ordre de plusieurs kilomètres, avec des estimations allant de trois à six kilomètres et, dans certains rapports, bien au-delà. Supprimer un genévrier dans son propre jardin réduit une source proche, ce qui a du sens ; espérer boucler le cycle à l’échelle du quartier n’en a pas.

Variétés résistantes : ce que les sigles disent vraiment, et ce qu’ils ne disent pas

La résistance variétale est le levier le plus efficace du répertoire, à condition de savoir lire ce qui est écrit sur le sachet, et de savoir ce que le mot résistant ne promet pas.

Deux niveaux sont normalisés par le secteur semencier, et les abréviations sont les mêmes dans toutes les langues. La résistance élevée, notée HR, désigne une variété qui limite fortement le développement du parasite ou les dégâts qu’il cause, en comparaison d’une variété sensible et sous une pression normale ; elle peut malgré tout montrer des symptômes sous forte pression, et elle n’est pas une immunité. La résistance intermédiaire, notée IR, limite le développement du parasite ou les dégâts à un degré modéré : la variété montre plus de symptômes qu’une HR, mais nettement moins qu’une variété sensible. Une variété qualifiée de tolérante, terme non normalisé, ne dit rien de vérifiable.

Les sigles qui suivent nomment un parasite précis, et souvent une race précise de ce parasite. Sur tomate, Fol désigne la fusariose vasculaire, Fusarium oxysporum forme spéciale lycopersici, et les chiffres qui l’accompagnent renvoient aux races contre lesquelles la résistance est établie : une variété résistante à la race 0 ne l’est pas contre la race 2. Va et Vd distinguent les deux espèces de Verticillium, albo-atrum et dahliae. ToMV désigne le virus de la mosaïque de la tomate. Ces codes ne sont pas décoratifs : ils renseignent exactement sur ce que la variété a été confrontée à supporter, et sur rien d’autre. Une tomate portant Fol et Va n’est pas plus résistante au mildiou qu’une autre.

Le point que les catalogues ne disent pas est le suivant : une résistance portée par un seul gène finit généralement par être contournée. L’histoire la mieux documentée est celle de la tavelure du pommier. Le gène de résistance Rvi6, longtemps appelé Vf, provient d’un pommier ornemental, Malus floribunda 821, et a été introduit dans de nombreuses variétés dites résistantes à la tavelure. Un pathotype apparu en Europe, ensuite désigné race 6, provoque des symptômes sur des variétés qui reposent sur cette résistance, par exemple 'Prima', tandis que le géniteur d’origine restait indemne ; une race 7, virulente sur Malus floribunda 821 lui-même, a également été décrite, et des isolats capables de contourner cette résistance ont depuis été rapportés en Amérique du Nord. Une variété vendue comme résistante à la tavelure ne l’est donc que face aux populations qui n’ont pas encore contourné son gène.

D’où la supériorité des résistances multiples. La pomme de terre 'Sarpo Mira' a conservé sa résistance au mildiou au champ pendant plusieurs années, et l’analyse génétique montre pourquoi : elle combine quatre gènes de résistance qualitative empilés et une résistance quantitative, ce qui oblige le pathogène à franchir plusieurs verrous à la fois. Sur tomate, les variétés récentes sélectionnées pour la résistance au mildiou donnent une idée honnête de ce que résistant veut dire : dans des essais où les témoins étaient infectés à 100 %, 'Crimson Crush' présentait de l’ordre de 10 % d’infection, et poursuivait sa production là où des variétés anciennes s’effondraient. Ce n’est pas une immunité, c’est un décalage de seuil, et ce décalage suffit le plus souvent à sauver une récolte.

La conclusion tient en une phrase : une variété résistante ne dispense d’aucun des gestes précédents, elle les rend simplement beaucoup plus efficaces. Elle déplace le moment où la maladie devient un problème, ce qui laisse le temps de récolter.

Les pièges classiques à éviter

PiègeTraiter au cuivre, au soufre ou au bicarbonate un symptôme qui n’a aucun parasite derrière lui, comme la nécrose apicale de la tomate ou la chlorose ferrique.

Pourquoi :Ce sont des désordres physiologiques. La nécrose apicale tient à l’acheminement du calcium jusqu’au fruit, perturbé par l’irrégularité de l’alimentation en eau, et non à une attaque ni, dans la plupart des jardins, à un sol pauvre en calcium. La chlorose ferrique des sols calcaires vient du bicarbonate qui bloque l’acquisition du fer, alors que le sol et la plante en contiennent souvent assez. Aucune substance fongicide n’a de prise sur l’un ou l’autre, et le temps passé à traiter est du temps perdu pendant lequel la cause réelle continue d’agir.

La bonne pratique :Trancher d’abord sur la répartition : un désordre frappe simultanément et uniformément tous les sujets de même âge et de même conduite, sans progresser d’un pied vers son voisin. Pour la nécrose apicale, régulariser l’arrosage, pailler, supprimer les alternances de sécheresse et d’excès, et accepter la perte des fruits déjà engagés. Pour la chlorose, un chélate de fer adapté au pH, de la matière organique, et à terme le choix d’espèces qui supportent le calcaire.

PiègeAttendre l’apparition des taches pour sortir le pulvérisateur, puis conclure que le traitement naturel ne marche pas.

Pourquoi :Le cuivre, le soufre et les bicarbonates sont des protecteurs de surface. Ils agissent sur les spores déposées sur le film qu’ils forment, avant pénétration. Ils ne sont pas systémiques, ne circulent pas dans la plante, ne couvrent pas les tissus apparus après le traitement, et n’atteignent plus un parasite déjà installé sous la cuticule. Sur une lésion nécrosée, ils ne peuvent, au mieux, que protéger le tissu encore sain.

La bonne pratique :Piloter sur les conditions plutôt que sur les symptômes, puisqu’elles sont chiffrées : environ six heures d’humectation continue dans la plage favorable pour la tavelure du pommier, au moins sept heures pour la tache noire du rosier, deux jours consécutifs à 10 °C minimum avec au moins six heures d’humidité relative supérieure ou égale à 90 % pour le mildiou de la pomme de terre. Un thermomètre à minima et maxima et un hygromètre suffisent à voir venir la fenêtre. Et renouveler après une pluie lessivante, puisque le dépôt part avec l’eau.

PiègeArroser au jet ou à l’arrosoir sur le feuillage, et le faire en fin de journée parce qu’il fait plus frais.

Pourquoi :C’est offrir gratuitement la seule variable dont dépendent la plupart des infections. Dans un suivi d’oignons, l’aspersion a donné une sévérité des maladies foliaires supérieure de 170 % et une incidence de pourriture des bulbes supérieure de 186 % par rapport au goutte-à-goutte, avec une durée d’humectation sous le feuillage supérieure de 36 %. Sur épinard, le passage au goutte-à-goutte a divisé par quatre à cinq la progression du mildiou. Le soir aggrave tout : le feuillage ne sèche plus avant la nuit et cumule sans effort les six à sept heures qui déclenchent tache noire, tavelure ou botrytis.

La bonne pratique :Arroser au pied, au goulot ou au goutte-à-goutte, en visant le sol et non la plante. Quand l’aspersion est inévitable, la placer en début de journée pour que le feuillage soit sec avant la nuit. Ajouter un paillis, qui coupe en même temps la projection de terre contaminée vers les feuilles basses, et éviter de manipuler ou de récolter une culture encore mouillée, en particulier là où une bactériose est présente.

PiègeTailler pruniers et cerisiers pendant le repos végétatif, en même temps que les pommiers et les poiriers.

Pourquoi :Deux maladies graves des Prunus entrent exclusivement par les plaies : le plomb, causé par Chondrostereum purpureum, et le chancre bactérien dû à Pseudomonas syringae. Les spores du premier sont libérées surtout pendant la saison fraîche et humide, celle où l’arbre est justement au repos, et les deux pathogènes sont alors les plus actifs pendant que la plaie, elle, cicatrise le plus lentement. Le geste qui met un pommier en bon état met donc un prunier en danger.

La bonne pratique :Tailler les Prunus en pleine végétation, quand l’arbre est en feuilles et pousse activement, de sorte que la plaie se referme vite dans une période sèche et chaude. Limiter le nombre et le diamètre des coupes, sortir et détruire le bois atteint plutôt que de le laisser sur place ou de le broyer en paillis, et désinfecter la lame en passant d’un arbre à l’autre si un symptôme a été vu.

PiègePasser d’un pied à l’autre avec le même sécateur en se contentant de l’essuyer, ou compter sur un rinçage à l’eau claire, lors de la taille ou de l’effeuillage d’une culture sensible aux virus.

Pourquoi :Certains virus, en particulier les tobamovirus dont fait partie le virus de la mosaïque du tabac, sont remarquablement stables et se transmettent par simple contact de sève, sans aucun insecte. Un chiffon ou de l’eau claire ne les inactivent pas. Or aucun produit ne guérit une plante virosée : la contamination créée par un outil est définitive pour chacun des pieds concernés, et se découvre des semaines plus tard, quand toute la rangée est atteinte.

La bonne pratique :S’en tenir aux traitements dont l’efficacité a été mesurée : une solution de lait écrémé en poudre à 20 % additionnée d’un mouillant, ou une eau de Javel domestique diluée au dixième, ont supprimé complètement la transmission dans les essais, alors que le phosphate trisodique, longtemps recommandé, n’a évité l’infection que dans une minorité des cas. L’eau de Javel attaque les outils, ce qui plaide pour la solution lactée sur du matériel de valeur. Arracher les pieds virosés avant la séance de taille plutôt qu’après, ne jamais en prélever bouture ni graine, et se laver les mains entre un pied douteux et un pied sain.

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Questions fréquentes

Comment distinguer le mildiou de l’oïdium, et pourquoi le même produit ne marche pas sur les deux ?

Les deux déposent du blanc sur une feuille, mais tout le reste diffère. L’oïdium est un champignon vrai qui reste à la surface : le feutrage poudreux est présent sur les deux faces, il s’essuie au doigt, et la feuille en dessous est encore verte au début. Le mildiou est un oomycète qui vit à l’intérieur du limbe et ne ressort que pour sporuler : le duvet apparaît au revers, exactement en face de la tache visible sur le dessus, et la tache elle-même prend souvent un contour anguleux parce que les nervures freinent la progression. Les conditions les séparent tout aussi nettement : le mildiou exige de l’eau libre et une humidité très élevée, alors que l’oïdium germe sans eau libre, entre 40 et 100 % d’humidité de l’air, et se trouve même endommagé par plus de quatre heures d’eau libre. Quant au produit, la raison est biochimique : la paroi d’un oomycète est faite de cellulose et de bêta-1,3-glucane, sans chitine, et sa membrane n’a pas l’ergostérol pour stérol principal. Une matière active qui vise la synthèse de la chitine ou celle de l’ergostérol n’a donc pas de cible chez lui. C’est pourquoi le soufre rend service contre les oïdiums et pas contre les mildious, et pourquoi acheter au feutrage blanc plutôt qu’au diagnostic conduit à traiter dans le vide.

Peut-on mettre au compost les feuilles et les plants malades ?

Cela dépend entièrement de la température que le tas atteint, et de sa régularité. La destruction des pathogènes et des graines demande de tenir au moins 55 °C pendant au moins trois jours, avec des retournements pour que la totalité du volume passe par le cœur chaud du tas : un composteur de jardin alimenté au fil de l’eau et jamais retourné n’y parvient pratiquement jamais sur l’ensemble de son contenu, et les bords restent froids même quand le centre chauffe. Trois catégories sortent donc du circuit sans hésitation : le feuillage atteint de mildiou, les plants virosés, dont aucun traitement ne viendra à bout, et tout ce qui porte des organes de conservation à très longue durée de vie, bulbes atteints de pourriture blanche, racines hernieuses de crucifères, tiges renfermant des sclérotes. À l’inverse, les feuilles portant des taches foliaires banales ou de l’oïdium se compostent sans grand risque dans un tas actif, parce que ces parasites ne survivent pas longtemps hors d’un tissu vivant. En cas de doute, la règle simple est de sortir le débris du jardin plutôt que de parier sur un tas dont on ne mesure pas la température.

La bouillie bordelaise est-elle inoffensive parce qu’elle est autorisée en agriculture biologique ?

Non, et c’est le point où le raccourci naturel donc sans risque se casse le plus nettement. Le cuivre est un élément : il ne se dégrade pas, sa mobilité dans le sol est faible, et les applications foliaires répétées l’accumulent dans l’horizon de surface. C’est exactement pour cela que l’Union européenne a renouvelé l’approbation des composés du cuivre en les classant comme candidats à la substitution et en plafonnant leur usage à 28 kilogrammes par hectare sur sept ans, soit 4 kilogrammes par hectare et par an en moyenne. Les effets sur la vie du sol sont documentés : des sols viticoles présentent des teneurs totales en cuivre allant jusqu’à plusieurs centaines de milligrammes par kilogramme, alors que la concentration à laquelle la moitié des vers de terre évitent activement un sol a été estimée autour de 240 milligrammes par kilogramme. S’y ajoute un classement de danger pour le milieu aquatique, qui proscrit tout rinçage de matériel près d’un point d’eau ou d’une bouche d’égout. Enfin, le cuivre est un protecteur de surface : il ne circule pas dans la plante, ne protège pas les tissus apparus après le traitement, part au lessivage et ne guérit aucune lésion installée. Il se réserve donc à des fenêtres de risque identifiées, à la dose portée par l’étiquette, et jamais en application systématique de confort. Les règles d’homologation variant d’un pays à l’autre, il faut vérifier ce qui est autorisé là où l’on jardine.

Mes tomates noircissent par le bas : est-ce le mildiou ?

Presque jamais. Une zone brune, aplatie, sèche et coriace située à l’opposé du pédoncule, c’est-à-dire au point où la fleur était attachée, est une nécrose apicale : un désordre physiologique, sans aucun parasite. Elle se reconnaît à trois choses : elle est toujours à cet endroit précis du fruit, elle ne sporule pas, et elle frappe simultanément les fruits d’une même vague de nouaison sur des plants dont le feuillage reste sain. Sa cause n’est pas, dans la plupart des jardins, un sol pauvre en calcium mais l’acheminement du calcium jusqu’au fruit en croissance, qui dépend du flux d’eau et surtout de sa régularité. Le mildiou, lui, produit de larges plages brunes à contour huileux qui apparaissent d’abord sur les feuilles et les tiges, marbrent le fruit n’importe où sur sa surface et non spécifiquement à sa base, et progressent de plant en plant en quelques jours. Contre la nécrose apicale, un fongicide ne sert à rien et un apport de calcium sur un sol qui en contient déjà non plus : ce qui fonctionne est de supprimer les alternances de sécheresse et d’arrosage abondant, de pailler, et d’accepter que les fruits déjà marqués soient perdus pendant que les suivants reviennent normaux.

Faut-il arracher le genévrier du voisin pour sauver un poirier atteint de rouille grillagée ?

Le raisonnement est juste, la conclusion pratique ne l’est pas. La rouille grillagée du poirier, Gymnosporangium sabinae, a bien besoin de deux hôtes sans parenté pour boucler son cycle : elle passe la mauvaise saison en galles sur un genévrier, d’où les spores partent contaminer le poirier, lequel renverra ensuite l’ascenseur au genévrier. Sans genévrier, pas de cycle. Le problème est la distance : les spores libérées par les galles sont transportées par le vent sur des distances de l’ordre de plusieurs kilomètres, avec des estimations couramment citées de trois à six kilomètres et, dans certains rapports, bien davantage. Supprimer les genévriers de son propre jardin réduit une source proche et intense, ce qui a du sens et se fait ; espérer boucler le cycle à l’échelle d’un quartier n’en a aucun, et brouiller les relations de voisinage pour cela est un mauvais calcul. Le reste du travail se fait sur l’arbre : ramasser et détruire les feuilles atteintes plutôt que de les laisser au pied, supprimer les rameaux touchés, aérer la couronne pour raccourcir le temps de séchage, et se rappeler qu’un poirier vigoureux supporte une rouille modérée sans perte de récolte notable.

Une plante atteinte d’une virose peut-elle guérir ?

Non. Aucun produit ne guérit une plante virosée, ni en conventionnel, ni en agriculture biologique, ni sous forme de préparation maison, et cela n’a rien d’un manque de recherche : le virus est répliqué par les cellules de la plante elle-même, il n’existe pas de cible à atteindre qui ne soit pas la plante. Le symptôme se reconnaît à son irrégularité et à sa distribution : mosaïques claires et foncées qui ne respectent aucun contour, marbrures, anneaux concentriques, feuilles gaufrées ou filiformes, rabougrissement d’un pied unique au milieu de plants normaux, sans le moindre feutrage ni la moindre pustule. La seule réponse est l’arrachage précoce du pied atteint, avant qu’il ne serve de réservoir, et le refus d’en prélever bouture, rejet ou graine. Deux précautions accompagnent ce geste. La transmission par les insectes piqueurs relève de la gestion des ravageurs et ne se règle pas par un traitement, puisque les virus non persistants s’acquièrent et s’inoculent en quelques secondes. La transmission mécanique, elle, dépend entièrement du jardinier : certains virus se transmettent par simple contact de sève sur un outil, et les essais montrent qu’une solution de lait écrémé en poudre à 20 % avec un mouillant, ou une eau de Javel domestique diluée au dixième, suppriment complètement cette transmission, là où le phosphate trisodique, longtemps recommandé, ne l’évite que dans une minorité des cas.

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