Un réacteur, pas une poubelle

Faire son compost : piloter la biologie thermique du tas

Un compost n’est pas un tas qui pourrit, c’est une population microbienne qu’on nourrit : elle brûle du carbone pour son énergie, prélève de l’azote pour fabriquer ses protéines, et dissipe le reste en chaleur, ce qui fait monter la température du tas. Tout le pilotage tient dans quatre variables, le rapport carbone/azote, l’humidité, l’oxygène et le volume, et chaque panne classique n’est que l’une d’elles sortie de sa plage. Quand on comprend ce qui chauffe et pourquoi, le tas qui pue, celui qui reste froid et celui qui ressème les adventices cessent d’être des mystères.

Faire du compost, c’est piloter une fermentation aérobie sur quatre variables. Le rapport carbone/azote du mélange doit tourner autour de 30 pour 1 : en dessous, l’azote excédentaire s’échappe en ammoniac et le tas empeste ; au-dessus, les bactéries manquent d’azote et rien ne démarre. L’humidité se tient entre 50 et 60 %, la consistance d’une éponge essorée : sous 30 % l’activité s’arrête, au-delà de 65 % l’eau bouche les pores et le tas bascule en putréfaction anaérobie. L’oxygène, lui, dépend de la porosité du mélange bien plus que de la fourche. Et le volume commande tout le reste : sous environ un mètre cube, la chaleur produite s’échappe par la surface plus vite qu’elle ne se fabrique, et le tas ne dépassera jamais franchement la température ambiante. Un tas qui chauffe traverse quatre phases, mésophile jusqu’aux environs de 40 °C, thermophile avec un plateau utile de 50 à 65 °C, refroidissement puis maturation. Seule la phase thermophile détruit les graines d’adventices et une bonne part des agents de maladie, et seulement là où la chaleur passe réellement, ce qui explique pourquoi les référentiels réglementaires raisonnent en couple température-durée plutôt qu’en pointe de température. Un compost froid produit la même matière, en six mois à deux ans, mais il conserve intactes les graines et les formes de résistance qu’on y a mises.

Un compost ne pourrit pas, il respire

Ce qui se passe dans un tas n’a rien d’une décomposition passive. Des bactéries, des champignons et des actinobactéries consomment la matière comme n’importe quel être vivant : ils oxydent le carbone pour en tirer de l’énergie, et prélèvent de l’azote pour construire leurs protéines et leurs enzymes. Une partie seulement de l’énergie libérée sert à leur croissance, le reste part en chaleur. C’est cette chaleur perdue, produite par des milliards de cellules dans un volume confiné, qui fait monter un tas à des températures que rien d’extérieur n’a apportées. Un composteur est un réacteur biologique, et sa température est le cadran qui indique si la population travaille.

La condition de cette mécanique, c’est l’oxygène. Les micro-organismes du compostage sont aérobies, et on considère qu’il leur en faut plus de 10 % dans l’air des pores pour travailler correctement. Dès que l’oxygène manque, la matière ne s’arrête pas : une autre flore prend la place, anaérobie, qui fermente au lieu d’oxyder. Elle produit des acides organiques, des composés soufrés et du méthane, dégage très peu de chaleur, et travaille bien plus lentement. C’est exactement ce qu’on appelle pourrir. Le compostage et la putréfaction ne sont pas deux degrés d’un même phénomène, ce sont deux métabolismes concurrents pour la même matière, et c’est la disponibilité en oxygène qui départage.

Une conséquence pratique en découle immédiatement : les produits vendus comme activateurs ou accélérateurs de compost ne servent à rien. Les micro-organismes concernés sont déjà présents en quantité astronomique sur toute matière organique, sur les épluchures comme sur les feuilles mortes, et un tas correctement construit n’a pas besoin qu’on lui en ajoute. Ce qui fait démarrer un tas, ce sont ses conditions physiques et chimiques, pas son inoculum. Si l’on tient absolument à ensemencer, une pelletée de compost mûr ou de terre de jardin fait le même travail et ne coûte rien.

Le rapport carbone/azote : le seul réglage vraiment décisif

Le rapport carbone/azote, ou C/N, est la quantité de carbone disponible pour chaque unité d’azote dans le mélange. On vise un rapport d’environ 30 pour 1 en masse, avec une plage de travail de l’ordre de 25 à 35. Le mécanisme est simple : les microbes consomment beaucoup plus de carbone que d’azote, et cette proportion est la leur, pas la nôtre. Sous 25 pour 1, l’azote est en excès par rapport à ce qu’ils peuvent incorporer, et le surplus repart dans l’air sous forme d’ammoniac : le tas pique le nez, et l’azote qu’on croyait apporter au jardin s’évapore. Au-dessus de 35 pour 1, l’azote devient le facteur limitant, la population plafonne, la température ne monte pas et la dégradation s’étire sur des mois.

Le classement en matières vertes et matières brunes est une traduction populaire de ce rapport, et c’est une traduction qui trahit précisément là où il faudrait qu’elle soit juste, parce qu’elle repose sur la couleur. Le marc de café en est le cas d’école : brun, sec au toucher, il ressemble à tout ce qu’on range dans les carbonés, alors que son C/N tourne autour de 20 pour 1, avec environ 2 % d’azote. C’est un apport azoté, à traiter comme des épluchures. Au passage, il n’est pas non plus acide : le marc, une fois le café passé, ressort entre pH 6,5 et 6,8, quasiment neutre, l’acidité étant partie dans la tasse. La tonte de gazon fraîche est l’autre cas mal évalué, dans l’autre sens : on la considère comme une matière de remplissage inoffensive alors qu’elle se situe entre 9 et 25 pour 1, autour de 17 en moyenne, ce qui en fait l’une des matières les plus azotées et les plus déséquilibrantes du jardin.

Le rapport carbone/azote réel des matières du jardin
MatièreRapport C/NCe qu’elle apporteCe qui trompe
Tonte de gazon fraîche9 à 25 pour 1, environ 17 en moyenneAzote et beaucoup d’eauPasse pour un remplissage inoffensif : seule, elle s’asphyxie
Marc de caféEnviron 20 pour 1Azote, de l’ordre de 2 %Sa couleur brune le fait ranger dans les carbonés
Déchets de cuisine végétaux14 à 20 pour 1Azote, eau, sucres immédiatement disponiblesLaissés en surface, ils appellent moucherons et rongeurs
Fumier5 à 50 pour 1 selon l’animal et la litièreAzote et flore microbienneTrès pailleux, surtout de cheval, il bascule du côté du carbone
Feuilles mortes40 à 80 pour 1Carbone et structureBien plus carbonées que leur souplesse ne le suggère
Paille50 à 150 pour 1Carbone et canaux d’air durablesElle ne se tasse pas, et c’est sa principale qualité
Broyat de branches fraîchesEnviron 50 à 150 pour 1Carbone lent et porosité durableLe bois vert et les rameaux fins sont bien moins carbonés que le tronc
Sciure et copeaux secs200 à 750 pour 1, davantage pour les résineuxCarbone très lentEn excès, ils figent le tas pour des mois
Papier ordinaire130 à 200 pour 1CarboneLe papier journal est bien plus carboné, plusieurs centaines pour 1
Carton onduléEnviron 560 pour 1Carbone concentré et structureUn volume modeste corrige déjà beaucoup d’azote
Mélange viséAutour de 30 pour 1L’équilibre où le tas monte en températureSe règle à l’odeur et au thermomètre, pas au calcul

En pratique, personne ne pèse quoi que ce soit. On raisonne en volumes, et le repère courant de deux à trois volumes de matière carbonée pour un volume de matière azotée fonctionne, à une condition : que la matière carbonée soit des feuilles mortes, de la paille ou du broyat de branches fraîches, qui se situent en gros entre 40 et 150 pour 1. Avec du carton ondulé, à près de 560 pour 1, ce repère devient faux et conduit à un tas figé pour des mois : un volume bien moindre suffit à corriger le même excès d’azote. Le tas indique ensuite lui-même où il en est, et il le dit avant tout par l’odeur et par la température.

Deux apports méritent une note à part. Les coquilles d’œuf n’apportent ni carbone ni azote utilisables et ne se dégradent pas à l’échelle de temps d’un compost : elles ressortent entières, et il faut les broyer finement pour que leur calcium serve un jour. Les cendres de bois, elles, sont un correcteur de pH, pas une matière carbonée : au-delà d’environ 5 % du volume du tas, elles font monter le pH et accélèrent la fuite de l’azote en ammoniac, ce qui est exactement l’inverse de l’effet recherché.

Les quatre phases thermiques, et ce que chacune détruit

Un tas correctement constitué suit une courbe de température reproductible, et chaque segment de cette courbe correspond à une population microbienne différente et à un travail différent.

La phase mésophile occupe les premières heures à premiers jours. Des micro-organismes qui vivent aux températures ordinaires attaquent ce qui est immédiatement assimilable, sucres solubles, amidons, protéines simples. Ils produisent de la chaleur, et cette chaleur les élimine progressivement. C’est aussi la phase où le pH chute, souvent vers 5 à 6, sous l’effet des acides organiques libérés : un tas jeune est acide, et c’est normal.

Au-delà d’environ 40 °C, la relève est prise par une flore thermophile et la phase la plus spectaculaire commence. Le plateau utile se situe entre 50 et 65 °C. C’est là que sont attaquées la cellulose, les hémicelluloses, les graisses et les protéines complexes, c’est-à-dire l’essentiel de la structure végétale. C’est aussi la seule phase qui assainit : à partir de 55 °C maintenus, une bonne part des agents pathogènes humains et végétaux est détruite. Au-dessus de 65 °C environ, le phénomène s’auto-limite d’une manière contre-intuitive : la chaleur tue les micro-organismes qui la produisent, la population s’effondre et la dégradation ralentit. Un tas très chaud n’est pas un tas performant, c’est un tas qui se stérilise de ses propres ouvriers. Pendant cette phase, le pH remonte franchement, jusque vers 7 à 8,5, et au-delà de 8 l’azote commence à s’échapper en ammoniac.

Vient le refroidissement, quand les substrats faciles sont épuisés. La température retombe, et les mésophiles recolonisent le tas depuis la périphérie, qui n’a jamais chauffé et leur a servi de refuge. Puis la maturation, la phase longue et silencieuse que presque tout le monde escamote : plusieurs semaines à plusieurs mois à température ambiante, pendant lesquels les champignons s’attaquent à la lignine, les vers, cloportes et collemboles brassent et fragmentent la matière, le C/N descend, les substances humiques se forment et la phytotoxicité disparaît. Cette phase ne peut pas être accélérée par la chaleur : c’est du temps, et rien d’autre.

D’où l’outil le plus utile de tout le dispositif, et le moins répandu : un thermomètre à longue sonde, enfoncé au cœur du tas. Il transforme un tas opaque en procédé lisible, et il dit quand retourner bien mieux que n’importe quel calendrier.

Pourquoi un petit bac ne chauffe jamais

La chaleur est produite dans tout le volume du tas, et perdue par sa surface. Ces deux grandeurs n’évoluent pas au même rythme : quand on divise les dimensions par deux, le volume est divisé par huit et la surface seulement par quatre. Un petit tas offre donc proportionnellement beaucoup plus de surface d’échange pour la même densité de production de chaleur, et il se refroidit plus vite qu’il ne se réchauffe. Ce n’est pas une question de réglage, c’est une question de géométrie, et aucun mélange, aucun activateur, aucun brassage ne compense.

Le seuil pratique retenu partout est d’environ un mètre cube, soit un tas d’un mètre de côté, pour atteindre et surtout tenir les températures de la phase thermophile. En dessous, on peut obtenir une pointe de tiédeur, jamais un plateau. Il faut aussi comprendre où se trouve le réacteur : les 15 à 25 cm extérieurs du tas ne travaillent quasiment pas, ils servent d’isolant thermique et restent proches de la température de l’air. Un bac de 300 litres rempli au tiers n’a donc pas un petit cœur chaud, il n’a que de l’isolant. Et un composteur de balcon de quelques dizaines de litres est physiquement incapable de monter en température, quelles que soient les précautions prises sur le mélange.

L’excès inverse existe aussi. Les andains professionnels se tiennent entre 1 et 3 m de haut pour 3 à 4 m de large : au-delà, la matière se tasse sous son propre poids, l’air ne circule plus dans les couches basses et le fond du tas bascule en anaérobie pendant que le cœur surchauffe.

Le dernier facteur est le mode d’alimentation, et c’est celui qui condamne le plus de composteurs domestiques. Un bac nourri d’une poignée par jour ne rassemble jamais assez de substrat frais au même moment pour déclencher une montée en température : chaque apport est dilué dans une masse déjà digérée. La même quantité annuelle, accumulée à part puis montée en une seule fois, chauffe. C’est tout le principe des méthodes rapides, dont celle mise au point à l’université de Californie à Berkeley : un tas d’au moins un mètre cube constitué en une fois, un C/N proche de 30, une humidité d’éponge essorée, un premier retournement au quatrième jour puis un retournement tous les deux jours, pour un compost en dix-huit jours environ. Rien de magique là-dedans, seulement les quatre variables tenues simultanément.

Humidité, oxygène, et ce que le retournement fait vraiment

L’eau est le milieu de vie des micro-organismes, et elle est aussi ce qui les prive d’air. La plage optimale se situe entre 50 et 60 % d’humidité. Sous 30 %, l’activité bactérienne s’arrête : un tas sec n’est pas mort, il est en pause, et il repartira à la première pluie. Au-delà de 65 %, l’eau remplit les pores, l’oxygène ne diffuse plus et le tas passe en anaérobie, avec les odeurs et la lenteur qui vont avec, plus une perte d’éléments nutritifs par lessivage.

Le test du poing remplace toute mesure. On prend une poignée de matière au cœur du tas et on serre fort. La matière doit se tenir en boule et luire légèrement, en libérant au plus une goutte ou deux. Si de l’eau coule entre les doigts, c’est trop mouillé. Si la poignée s’effrite dès qu’on ouvre la main, c’est trop sec. Corriger un tas trop sec ne se fait pas en l’arrosant par le dessus : l’eau creuse des canaux préférentiels et ressort par le bas sans mouiller la masse. On humidifie couche par couche, pendant la construction ou pendant un retournement.

L’oxygène, lui, ne se gère pas à la fourche mais à la structure. Ce qui maintient des canaux d’air, ce sont les matières grossières et rigides : brindilles, tiges creuses, broyat, carton froissé plutôt qu’à plat. Des particules trop fines augmentent la surface offerte aux microbes, mais elles se tassent et ferment le passage de l’air, et le gain est vite annulé.

Ce qui nous amène au retournement, dont l’intérêt est presque toujours mal expliqué. L’oxygène introduit par un coup de fourche est consommé en quelques heures : ce n’est pas de l’aération au sens durable du terme. Le retournement vaut par trois autres effets, et ils sont considérables. Il restaure la porosité perdue par tassement et casse les poches compactées. Il expose de la matière encore intacte, ce qui provoque généralement un nouveau pic de température. Et surtout, il ramène au cœur chaud la couronne extérieure qui n’a jamais chauffé : c’est la seule manière de faire passer toute la masse par la phase assainissante, et c’est pour cette raison que la réglementation américaine impose un nombre minimal de retournements en plus d’une consigne de température, là où son équivalent européen préfère allonger la durée exigée. Retourner, ce n’est pas mélanger le dessus, c’est déplacer le tas en mettant dedans ce qui était dehors.

Un point de sécurité que les guides passent presque toujours sous silence : retourner un tas, c’est mettre des spores en suspension. Les moisissures thermophiles qui font le travail, Aspergillus fumigatus en tête, et les actinobactéries responsables de l’odeur de terre humide se dispersent en nuage dès qu’on brasse une matière sèche et poussiéreuse. Chez la plupart des gens cela ne provoque rien, mais des irritations respiratoires et des pneumopathies d’hypersensibilité ont été documentées après une simple activité de jardinage, et le risque devient sérieux pour un asthmatique sévère ou une personne immunodéprimée. Le geste qui règle presque tout est d’humidifier le tas avant de le retourner plutôt qu’après, et de se placer dos au vent. Un masque de type FFP2 se justifie pour ceux que leur santé expose.

Le climat déplace le curseur de l’humidité, dans les deux sens. En climat océanique très pluvieux, un tas laissé à découvert se gorge d’eau par le dessus, se tasse et se lessive : on le couvre d’une bâche respirante ou d’une épaisse couche de paille, sans jamais l’enfermer hermétiquement. En climat sec ou à été continental, le problème est exactement inverse, un tas ouvert se dessèche jusqu’à l’arrêt : il faut l’arroser à chaque retournement et lui trouver de l’ombre. Aucune règle fixe ne tient d’un climat à l’autre, seul le test du poing tranche.

Compost chaud contre compost froid : ce qui survit

Les deux approches produisent du compost. La différence ne se joue pas sur la qualité de la matière obtenue, elle se joue sur le sort de ce qu’on y a mis de problématique, et accessoirement sur le temps.

Pour les graines d’adventices, tout dépend de la chaleur et de l’humidité. Les travaux de référence sur la mortalité thermique des semences donnent des ordres de grandeur nets : à 60 °C, les graines des six espèces testées étaient toutes mortes en trois heures ou moins, et à 70 °C en quarante minutes au plus. Ces valeurs viennent d’essais menés en laboratoire sur des lots de graines portés à température en bain thermostaté, pas dans un tas : elles donnent l’ordre de grandeur, pas une garantie de terrain. En contrepartie, une graine sèche résiste bien plus longtemps qu’une graine humide, et les poches sèches d’un tas lui servent de refuge y compris dans un compostage chaud. Dans un tas froid, qui ne dépasse pas la température ambiante, aucune graine n’est détruite : composter des adventices montées en graine revient alors à les semer avec le compost.

Pour les agents de maladie, le seuil communément retenu est 55 °C maintenus. Les référentiels réglementaires donnent la mesure de ce que veut dire maintenus, et ils ne s’y prennent pas de la même façon des deux côtés de l’Atlantique. La norme américaine, appliquée aux boues comme à la certification biologique, demande 55 °C tenus trois jours en système fermé ou en tas aéré, ou bien 55 °C tenus quinze jours en andain avec au minimum cinq retournements pendant cette période. Le règlement européen, lui, n’impose aucun nombre de retournements mais exige davantage de durée, et laisse le choix entre quatre couples : 70 °C pendant trois jours, 65 °C pendant cinq jours, 60 °C pendant sept jours, ou 55 °C pendant quatorze jours, la matière devant être régulièrement brassée ou ventilée. Le chiffre à retenir n’est donc pas le 55, que beaucoup de tas atteignent une après-midi, c’est le couple température-durée et le fait d’y faire passer toute la matière.

Ce qui survit malgré tout mérite d’être nommé, parce que c’est là que se prennent les mauvaises décisions. Les formes de résistance des champignons et des protistes, sclérotes et spores de repos, sont d’un autre ordre de robustesse que les spores ordinaires. Un essai de compostage domestique sur six mois a éliminé complètement le virus de la mosaïque du tabac mais n’a pas éliminé la hernie des crucifères, dont les spores de repos ont traversé le procédé ; en laboratoire, il faut environ 96 heures à 54 °C, ou 24 heures à 65 à 75 °C, pour ne plus les détecter, des conditions qu’un tas de jardin tient rarement partout. L’autre catégorie résistante, ce sont les œufs de parasites présents dans les excréments de carnivores.

Compost chaud et compost froid : la différence est dans ce qui survit
CritèreCompost chaudCompost froid
Ce qui le rend possibleAu moins un mètre cube monté en une seule fois, C/N proche de 30, humidité d’éponge essoréeN’importe quel volume, apports au fil des jours
Température atteinte au cœurPlateau utile de 50 à 65 °CRarement plus que la température de l’air
Délai jusqu’au compost utilisableD’une quinzaine de jours à quelques mois selon le rythme des retournementsDe six mois à deux ans
Graines d’adventicesDétruites là où la chaleur passe : toutes tuées en trois heures ou moins à 60 °CConservées intactes, puis ressemées avec le compost
Agents de maladieBeaucoup détruits à partir de 55 °C réellement maintenusAucune destruction thermique
Ce qui résiste dans les deux casSclérotes, spores de repos et œufs de parasites, surtout dans les poches sèches et la couronne extérieureTout, y compris les fragments de racines de vivaces
Faune du solAbsente pendant la phase chaude, revient au refroidissementPrésente en permanence : vers, cloportes, collemboles
Travail demandéConstitution en une fois puis retournements réguliersPresque aucun

Une dernière conséquence, souvent ignorée, montre bien ce que la chaleur achète. Dans les cahiers des charges de l’agriculture biologique américaine, un compost qui satisfait à ces conditions de température et de retournements s’emploie sans aucun délai avant récolte, tandis qu’un fumier cru doit être incorporé au moins 120 jours avant la récolte d’une culture dont la partie consommée touche le sol, et 90 jours dans les autres cas. C’est la formulation la plus claire qui existe de ce que la phase thermophile apporte réellement.

Enfin, la prudence s’impose sur les déchets de cuisine crus, qui peuvent véhiculer des bactéries d’origine alimentaire comme Salmonella et Escherichia coli. Un tas qui n’a jamais chauffé n’offre aucune garantie de destruction, et des reprises de croissance après refroidissement ont été documentées même dans des composts qui avaient chauffé. Un autre germe mérite d’être connu, parce qu’il ne vient pas des déchets mais du compost lui-même : Legionella longbeachae vit naturellement dans les terreaux et les composts, et elle est la première cause environnementale de légionellose en Australie et en Nouvelle-Zélande. La contamination se fait en respirant la poussière ou en portant les mains à la bouche. Fait contre-intuitif établi par les enquêtes néo-zélandaises, ni le masque ni les gants n’y ont montré d’effet protecteur, alors que le lavage des mains, lui, en a un. La conduite raisonnable ne demande pas de renoncer aux épluchures : se laver les mains après avoir manipulé le tas, ne pas répandre un compost froid ou jeune en surface sur des salades et des légumes-feuilles proches de la récolte, et l’incorporer au sol bien avant la plantation plutôt que de le déposer autour de cultures en cours.

Ce qu’on n’y met pas, et la vraie raison

La liste des interdits circule de site en site sans que personne ne redemande pourquoi, et elle mélange des légendes recopiées avec de vrais problèmes, chacun ayant sa propre cause.

Commençons par les légendes. Les agrumes traînent deux reproches : leur acidité, et le limonène de leur peau, antimicrobien. L’acidité est neutralisée pendant le procédé, qui passe justement d’un pH acide à un pH neutre à légèrement alcalin ; le limonène est effectivement actif à forte concentration, mais une pelure représente une fraction dérisoire du volume d’un tas et le composé s’évapore rapidement une fois la peau ouverte. Le seul reproche fondé est mécanique : la cuticule cireuse ralentit la dégradation dans un tas froid, ce que découper règle. L’oignon et l’ail n’ont rien de particulier non plus, la réserve vient du lombricompostage, où les vers évitent les zones fortement odorantes en milieu confiné. Le pain se décompose parfaitement bien ; ce n’est pas un problème de compostage mais de nourriture facile laissée à hauteur de museau, donc une question d’enfouissement, pas d’interdiction.

Viennent ensuite les vrais problèmes, et ils ne se ressemblent pas. Les excréments de chien et de chat sont un enjeu sanitaire, pas un enjeu d’odeur : ils peuvent contenir des œufs de parasites, notamment Toxocara et les oocystes de Toxoplasma gondii, réputés résistants et que les conditions d’un tas de jardin ne détruisent pas de façon fiable. Ils n’ont pas leur place dans un compost destiné au potager. La viande, le poisson, les laitages et les graisses posent deux problèmes distincts et cumulés : ils attirent rongeurs et mouches, et leur densité en protéines et en lipides fait basculer localement la zone en putréfaction anaérobie, les corps gras enrobant en plus les particules et bloquant les échanges d’eau et d’air.

Les végétaux malades demandent un raisonnement plus fin que oui ou non. Ce qui compte n’est pas la maladie mais son organe de survie. Un champignon foliaire à spores fragiles est détruit même dans un tas tiède. Une forme de résistance ne l’est pas : sclérotes et spores de repos traversent un compostage domestique, comme le montre le cas de la hernie des crucifères, ce qui condamne à sortir du circuit les racines de chou-vert, de chou-fleur, de brocoli ou de chou-de-bruxelles atteintes. Les adventices montées en graine relèvent d’une autre logique encore : ce n’est pas la plante qui pose problème, c’est la graine, et elle ne meurt qu’à la chaleur. Les racines de vivaces traçantes, chiendent, liseron, prêle, relèvent d’une troisième logique : chaque fragment est capable de repartir, et un tas froid les stocke intactes jusqu’à ce qu’on les redistribue au jardin. Les jardiniers les traitent avant : plusieurs semaines de noyade dans un seau d’eau fermé, ou l’étouffement dans un sac opaque jusqu’à ce qu’elles soient méconnaissables, avant de rejoindre le tas.

Ce qu’on n’y met pas, et ce qui relève de la légende
MatièreVerdictLa vraie raison
AgrumesSans problèmeL’acidité est neutralisée pendant le procédé et le limonène s’évapore ; seule la peau cireuse traîne dans un tas froid, la couper suffit
Oignon et ailSans problèmeRien ne les distingue des autres épluchures ; la réserve vient du lombricompostage, où les vers fuient les zones très odorantes en milieu confiné
Pain et restes de féculentsAcceptés, mais enfouisIls se décomposent très bien ; ce qui pose problème, c’est de la nourriture facile laissée à hauteur de museau
Coquilles d’œufSans problème et sans effetElles ne se dégradent pas à l’échelle de temps d’un compost : il faut les broyer finement pour que le calcium serve un jour
Viande, poisson, laitages, graissesÀ éviter au jardinDeux causes cumulées : ils attirent rongeurs et mouches, et leur densité en protéines et en lipides fait basculer la zone en putréfaction anaérobie
Excréments de chien et de chatJamais dans un compost de potagerIls peuvent contenir des œufs de parasites, Toxocara et oocystes de Toxoplasma gondii, qui résistent à des conditions qu’un tas de jardin n’atteint pas de façon fiable
Végétaux porteurs de formes de résistanceSeulement si le tas chauffe partoutLes spores fragiles sont détruites même à tiède ; les sclérotes et les spores de repos traversent un compostage domestique de six mois
Adventices montées en graineSeulement en compost chaud et retournéCe n’est pas la plante qui pose problème mais la graine, et la graine ne meurt qu’à la chaleur
Racines de chiendent, liseron, prêleAprès traitement préalable seulementChaque fragment est capable de repartir ; la noyade en seau fermé ou l’étouffement en sac opaque les tuent avant le compost
Cendres de boisUne poignée, pas davantageAu-delà d’environ 5 % du volume, le pH monte et l’azote s’échappe en ammoniac ; les cendres de charbon et de briquettes, jamais
Papier glacé, tickets de caisse thermiquesNonPour le glacé, la couche minérale ou plastique ne se dégrade tout simplement pas ; pour le ticket thermique, c’est le bisphénol du revêtement qui n’a rien à faire dans un sol de potager
Sacs et couverts dits compostablesSeulement s’ils portent un label de compostage domestiqueLa mention compostable seule renvoie à des conditions industrielles ; seuls les labels de compostage domestique, du type OK compost HOME, NF T51-800 ou AS 5810, valident une dégradation à température ambiante

Reconnaître un compost mûr, et le test du cresson

Deux notions distinctes se cachent derrière le mot maturité, et les confondre coûte des cultures. La stabilité désigne l’arrêt de l’activité microbienne intense : la matière ne consomme plus d’oxygène en quantité et ne dégage plus de chaleur. La maturité désigne l’absence de phytotoxicité, c’est-à-dire l’aptitude du produit à côtoyer des racines vivantes sans les gêner. Un compost peut être stable sans être mûr.

Les signes de terrain sont connus : couleur brun sombre homogène, structure friable qui s’émiette entre les doigts, odeur de sous-bois et non d’ammoniac ni d’aigre, matières d’origine devenues méconnaissables à l’exception des résistantes, coquilles, noyaux, brindilles. Le volume a en général fondu de moitié ou davantage. L’odeur de terre de forêt vient de la géosmine produite par les actinobactéries, et c’est un bon signal : une odeur piquante ou sure dit l’inverse.

Deux tests vont plus loin que le coup d’œil, et ils sont réalisables chez soi. Le test d’auto-échauffement consiste à remplir un récipient bien isolé, un thermos ou un seau doublé, avec du compost ramené à la bonne humidité, et à suivre sa température pendant quelques jours. Le protocole standardisé considère un compost stabilisé quand il ne s’élève pas de plus de 20 °C au-dessus de la température ambiante. Attention à un piège documenté : un compost qui a été séché, réfrigéré ou congelé se réchauffe artificiellement dans les premiers jours suivant sa réhumidification, ce qui fait conclure à tort à l’instabilité. Il faut le laisser revenir à l’équilibre avant de tester.

Le test du cresson est le second, et c’est celui qui détecte la phytotoxicité, ce qu’aucune observation visuelle ne fait. C’est un essai biologique décrit par Zucconi et ses collègues au début des années 1980, devenu la référence. On sème un nombre déterminé de graines de cresson alénois, Lepidium sativum, sur le compost ou sur son extrait aqueux, et le même nombre sur un support identique humidifié à l’eau claire, qui sert de témoin. Après quelques jours, on compte les germinations et on mesure la longueur des radicelles dans les deux séries. L’indice de germination est le produit du taux de germination relatif par l’allongement racinaire relatif. En dessous de 50 % du témoin, le compost est nettement toxique. On le considère mûr à partir de 80 à 90 %. Le cresson est utilisé parce qu’il germe vite et réagit fortement, ce qui rend le verdict lisible en quelques jours.

Utiliser un compost trop jeune produit deux dégâts différents. Le premier est l’azote ammoniacal encore présent, phytotoxique à concentration élevée, qui brûle les extrémités racinaires et les bords du jeune feuillage. Le second est plus insidieux : si le C/N résiduel reste élevé, les microbes du sol continuent la digestion sur place et prélèvent pour cela l’azote minéral du sol, celui-là même que les cultures attendaient. Les plants jaunissent et stagnent, et le jardinier conclut à un manque de compost. Le risque d’immobilisation augmente dès que le C/N dépasse 20 à 30 pour 1.

Un compost mûr, enfin, est un amendement à libération lente, pas un engrais : de l’ordre de 10 à 25 % seulement de son azote devient disponible la première année, puis quelques pour cent par an les années suivantes. Il s’incorpore aux premiers centimètres du sol ou se dépose en paillage. Les cultures exigeantes le valorisent le mieux, tomate, courgette, potiron, concombre, aubergine, poivron, artichaut, rhubarbe, poireau, céleri, blette, épinard et les choux. Les légumes-racines comme la carotte, le radis et la betterave se sèment plutôt sur une planche amendée la saison précédente. Le haricot et la fève fixent leur propre azote et n’en demandent pas. Les aromatiques de climat sec, thym, romarin, lavande, sauge, redoutent un sol trop riche et trop frais. Et comme un compost mûr ressort le plus souvent neutre à légèrement alcalin, ce n’est pas l’amendement à réserver aux acidophiles comme la myrtille ou l’hortensia. Au verger et chez les petits fruits, framboisier, groseillier, cassissier, fraisier, vigne et rosier prennent volontiers un paillage de compost mûr en surface.

Les pannes, et ce qu’elles disent du tas

Chaque panne classique est une des quatre variables sortie de sa plage, et l’identifier évite les corrections qui aggravent le problème.

Ça pue, premier cas : une odeur piquante et agressive d’ammoniac. C’est un excès d’azote, un C/N trop bas, souvent accompagné d’un pH au-dessus de 8. L’odeur est littéralement la fuite de l’azote qu’on voulait récupérer. On incorpore immédiatement de la matière carbonée et structurante, carton déchiré, feuilles mortes, broyat, et on suspend les apports de tonte et d’épluchures un moment. Surtout ne pas chauler : la chaux ferait monter le pH et accélérerait la perte.

Ça pue, second cas : une odeur d’œuf pourri, de vase ou d’égout. La cause est exactement inverse, c’est l’anaérobie. Le tas est trop humide, trop tassé, ou les deux. On le reconstruit avec des matières grossières et sèches en cassant les couches compactées. Ces deux odeurs sont rapportées de la même façon par les jardiniers et appellent des corrections opposées : c’est la distinction la plus rentable de tout le diagnostic.

Ça ne chauffe pas : cinq vérifications, dans cet ordre. Le volume, sous un mètre cube c’est perdu d’avance. L’humidité, sous 30 % tout s’arrête. L’azote, un tas de feuilles seules entre 40 et 80 pour 1 restera froid des mois. Le mode d’apport, une poignée par jour ne déclenche jamais rien alors que la même masse montée en une fois chauffe. Et enfin la possibilité la plus banale, un tas qui a chauffé il y a trois semaines n’est pas en panne, il est en phase de refroidissement, et c’est le déroulement normal. Aucune de ces cinq causes ne se corrige par un activateur du commerce.

C’est trempé : l’eau entre plus vite qu’elle ne sort, ou le tas n’a pas de drainage. On reconstruit sur un lit de matière ligneuse grossière qui laisse l’eau filer, on couvre sans enfermer, et on incorpore de la matière carbonée absorbante, carton déchiré ou feuilles sèches. En climat très pluvieux, ce n’est pas un incident mais une contrainte permanente à gérer dès la conception du tas.

Des rongeurs : ils viennent chercher deux choses, de la nourriture concentrée et un abri sec, chaud et tranquille. Les deux leviers correspondent. Ne jamais laisser en surface viande, poisson, laitages, matières grasses, pain ou restes cuits, et enfouir systématiquement chaque apport frais sous une couche de matière brune. Et supprimer la valeur d’abri : un tas retourné régulièrement et maintenu correctement humide ne fait pas un bon nid. Une grille métallique à mailles inférieures au centimètre placée sous le composteur bloque l’accès par le dessous. La présence de rongeurs est aussi un indicateur en soi, elle signale généralement un tas trop sec et jamais dérangé.

Des nuées de moucherons : ce sont des drosophiles et des sciarides, qui pondent sur les matières sucrées et humides laissées à l’air libre. Ils sont inoffensifs mais se multiplient très vite. La correction est purement mécanique : enfouir chaque apport frais sous une bonne couche de matière brune sèche, et pour que ce geste devienne un réflexe, garder une réserve de feuilles mortes ou de carton déchiré à côté du composteur. Un piège au vinaigre de cidre avec une goutte de liquide vaisselle fait baisser la population adulte le temps que la cause soit corrigée.

Une fourmilière installée dans le bac : c’est un signal de sécheresse. Les fourmis colonisent une matière sèche et stable, pas un tas actif. On l’humidifie et on le retourne, et elles s’en vont d’elles-mêmes.

Les pièges classiques à éviter

PiègeClasser les matières par leur couleur : le marc de café et tout ce qui est brun d’un côté, tout ce qui est vert de l’autre.

Pourquoi :Le classement brun/vert est une traduction approximative du rapport carbone/azote, et il se trompe précisément sur les matières les plus apportées. Le marc de café est brun, sec au toucher, et pourtant son C/N tourne autour de 20 pour 1 avec environ 2 % d’azote : c’est un apport azoté. Les feuilles mortes, elles, se situent entre 40 et 80 pour 1, bien plus carbonées que leur souplesse ne le laisse croire. Un bac où l’on empile marc de café, épluchures et tontes en croyant équilibrer avec quelques feuilles descend sous les 20 pour 1, et l’azote excédentaire repart en ammoniac.

La bonne pratique :Raisonner en C/N, jamais en couleur. Marc de café, tonte fraîche et épluchures comptent comme azote ; feuilles mortes, paille et broyat comme carbone ; le carton ondulé comme un concentré de carbone à près de 560 pour 1, dont un petit volume suffit. Le nez arbitre : ça pique, il manque du carbone.

PiègeVider le bac de la tondeuse en une fois dans le composteur.

Pourquoi :Une tonte fraîche est essentiellement de l’eau et son C/N tourne autour de 17 pour 1, ce qui en fait la matière la plus déséquilibrante du jardin. Déversée d’un bloc, elle forme une couche épaisse qui se tasse en un matelas quasi imperméable : l’oxygène ne diffuse plus, la flore anaérobie prend le relais, et on obtient une galette gluante qui sent la vase au lieu de chauffer.

La bonne pratique :Mélanger, jamais superposer. Alterner des couches minces de tonte avec du carton froissé, des feuilles mortes ou du broyat, ou mieux, brasser les deux à la fourche avant de charger. Une partie de la tonte peut aussi rester sur la pelouse en mulching, ou sécher un jour ou deux étalée avant de rejoindre le tas.

PiègeBrasser la surface du tas et compter sur ce geste pour l’aérer.

Pourquoi :L’oxygène introduit par un retournement est consommé en quelques heures : ce n’est pas ce qui fait le travail sur la durée. Le retournement vaut surtout pour autre chose, ramener au cœur les 15 à 25 cm extérieurs, qui n’ont jamais dépassé la température ambiante et servent d’isolant. Brasser seulement le dessus laisse cette couronne en place, avec ses graines et ses formes de résistance intactes. La réglementation américaine impose d’ailleurs un nombre de retournements en plus d’une température, exactement pour cette raison.

La bonne pratique :Retourner en déplaçant le tas d’un emplacement vers l’autre, en mettant à l’intérieur ce qui était dehors et en dessous ce qui était dessus. Et comprendre que ce qui maintient l’oxygène entre deux retournements, ce n’est pas la fourche mais la porosité : brindilles, tiges creuses, broyat, carton froissé plutôt qu’à plat.

PiègeJeter au compost les végétaux malades et les adventices déjà montées en graine, en comptant sur la chaleur pour régler la question.

Pourquoi :Le tas domestique moyen n’atteint pas ces conditions, et surtout pas partout. Les graines ne meurent qu’à la chaleur : à 60 °C il faut jusqu’à trois heures pour toutes les tuer, mais un tas qui plafonne à 30 °C ne les abîme pas du tout, et les poches sèches leur servent de refuge même dans un tas chaud. Côté maladies, ce qui compte n’est pas le champignon mais son organe de conservation : dans un essai de compostage domestique sur six mois, le virus de la mosaïque du tabac a été éliminé mais pas les spores de repos de la hernie des crucifères.

La bonne pratique :Trier au moment de l’apport, pas après. Adventices en graine et végétaux porteurs de formes de résistance ne vont au compost que si le tas monte réellement en température et qu’on le retourne assez pour y faire passer toute la matière. Sinon, sortie du circuit. Les racines de vivaces traçantes se noient plusieurs semaines dans un seau d’eau fermé, ou s’étouffent en sac opaque, avant de rejoindre le tas.

PiègeEmployer un compost parce qu’il a l’air fini, brun et friable, sans lui laisser sa phase de maturation.

Pourquoi :Brun et friable dit que la phase chaude est passée, pas que la matière est stabilisée ni qu’elle est mûre. Un compost jeune libère encore de l’azote ammoniacal, phytotoxique à concentration élevée, qui brûle les extrémités racinaires et les bords du jeune feuillage. Et si son C/N résiduel reste haut, les microbes du sol finissent la digestion sur place en prélevant l’azote minéral du sol : les cultures jaunissent et stagnent. Le risque d’immobilisation monte dès que le C/N dépasse 20 à 30 pour 1.

La bonne pratique :Vérifier plutôt que deviner. Un compost stabilisé ne se réchauffe plus après un retournement et ne s’élève pas de plus de 20 °C au-dessus de l’ambiant dans un test d’auto-échauffement en récipient isolé. Le test de germination au cresson tranche la phytotoxicité en quelques jours. Dans le doute, laisser mûrir un ou deux mois de plus, ou réserver le compost jeune à un paillage de surface loin des semis et des jeunes plants.

Les fiches d’entretien à consulter

Tomate

Solanum lycopersicum

La tomate (Solanum lycopersicum) est la reine du potager, mais c’est une plante de soleil et de chaleur qui joue serré…

Courgette

Cucurbita pepo

La courgette (Cucurbita pepo) est le légume d’été facile par excellence, un plant en donne plus qu’une famille n’en…

Potiron

Cucurbita maxima

Le potiron (Cucurbita maxima) est une courge coureuse originaire des Andes, capable de porter des fruits de plusieurs…

Concombre

Cucumis sativus

Le concombre (Cucumis sativus) est une cucurbitacée annuelle originaire du sud de l’Himalaya, et son goût du chaud ne…

Aubergine

Solanum melongena

L’aubergine (Solanum melongena) est la plus frileuse et la plus gourmande en chaleur de nos solanacées potagères, plus…

Poivron

Capsicum annuum

Le poivron (Capsicum annuum) est un légume-fruit annuel et franchement frileux, cousin doux du piment, venu des régions…

Artichaut

Cynara scolymus

L’artichaut (Cynara scolymus) est une grande vivace au feuillage argenté et profondément découpé, aussi imposante au…

Rhubarbe

Rheum rhabarbarum

La rhubarbe (Rheum rhabarbarum) est une vivace robuste et longévive qui adore notre climat. Un pied bien installé tient…

Chou vert frisé

Brassica oleracea var. sabellica

Le chou vert frisé (Brassica oleracea var. sabellica), aussi appelé kale, est un légume-feuille d’une rusticité peu…

Chou-fleur

Brassica oleracea var. botrytis

Le chou-fleur (Brassica oleracea var. botrytis) est le plus exigeant des choux, une plante qui se plaît dans notre…

Chou de Bruxelles

Brassica oleracea var. gemmifera

Le chou de Bruxelles (Brassica oleracea var. gemmifera) est un légume belge dans l’âme : il a été sélectionné dans les…

Brocoli

Brassica oleracea var. italica

Le brocoli (Brassica oleracea var. italica) est un chou dont on récolte la pomme centrale, un bouquet de boutons…

Poireau

Allium porrum

Le poireau (Allium porrum) est le légume d’hiver par excellence sous nos latitudes, capable de tenir en pleine terre…

Céleri

Apium graveolens

Le céleri (Apium graveolens) regroupe deux légumes issus de la même espèce : le céleri-branche, qu’on cultive pour ses…

Blette

Beta vulgaris subsp. cicla

La blette (Beta vulgaris subsp. cicla), aussi appelée bette à carde ou poirée, est un légume-feuille généreux et…

Épinard

Spinacia oleracea

L’épinard (Spinacia oleracea) est un légume-feuille de saison fraîche, rustique et pressé de vivre. En Belgique, notre…

Laitue

Lactuca sativa

La laitue (Lactuca sativa) est la salade la plus cultivée au potager, facile et rapide, on la récolte six à dix…

Carotte

Daucus carota

La carotte (Daucus carota) est un légume racine de base au potager, qui se conserve tout l’hiver et se sème directement…

Radis

Raphanus sativus

Le radis (Raphanus sativus) est le légume le plus rapide du potager, prêt à croquer en trois à cinq semaines à peine…

Betterave rouge

Beta vulgaris

La betterave rouge (Beta vulgaris) est un légume-racine facile, l’un des plus indulgents du potager belge. On la sème…

Haricot vert

Phaseolus vulgaris

Le haricot vert (Phaseolus vulgaris) est un des légumes les plus faciles du potager, à condition de respecter une règle…

Fève

Vicia faba

La fève (Vicia faba) est un des tout premiers légumes de l’année, une légumineuse rustique et costaud qui se sème quand…

Oignon

Allium cepa

L’oignon (Allium cepa) est un légume-bulbe rustique et sans histoires, l’un des plus faciles à réussir au potager…

Framboisier

Rubus idaeus

Le framboisier (Rubus idaeus) est un petit arbuste fruitier rustique qui pousse à l’état sauvage dans nos forêts. Il…

Groseillier à grappes

Ribes rubrum

Le groseillier à grappes (Ribes rubrum) est un petit fruitier buissonnant qui produit ces jolies grappes de baies…

Cassissier

Ribes nigrum

Le cassissier (Ribes nigrum) est un petit arbuste fruitier rustique qui se plaît vraiment sous nos latitudes. Il donne…

Fraisier

Fragaria x ananassa

Le fraisier (Fragaria x ananassa) est un hybride apparu en Europe au dix-huitième siècle, né du croisement de deux…

Vigne

Vitis vinifera

La vigne (Vitis vinifera) est une liane vigoureuse qui produit le raisin de table, cultivée depuis l’Antiquité autour…

Rosier

Rosa

Le rosier (Rosa) est un arbuste à fleurs rustique qui passe l’hiver dehors sans souci dans la région de Herve. Sa…

Hortensia

Hydrangea macrophylla

L’hortensia (Hydrangea macrophylla) est sans doute l’arbuste à fleurs le mieux adapté au climat de Herve. Originaire…

Myrtille

Vaccinium corymbosum

La myrtille cultivée (Vaccinium corymbosum) est le grand cousin arbustif de la myrtille sauvage, aussi appelé bleuet en…

Thym

Thymus vulgaris

Le thym (Thymus vulgaris) est un petit sous-arbrisseau méditerranéen aux tiges ligneuses et au parfum puissant. Habitué…

Romarin

Salvia rosmarinus

Le romarin (Salvia rosmarinus, longtemps nommé Rosmarinus officinalis) est un arbuste méditerranéen persistant, aux…

Lavande vraie

Lavandula angustifolia

La lavande vraie (Lavandula angustifolia) est une plante méditerranéenne rustique qui parfume et attire les abeilles…

Sauge officinale

Salvia officinalis

La sauge officinale (Salvia officinalis) est un petit arbuste aromatique au feuillage persistant gris-vert, originaire…

Voir toutes les fiches du catalogue →

Questions fréquentes

Quel rapport carbone/azote faut-il viser, et comment le doser sans rien peser ?

L’objectif est un mélange autour de 30 pour 1 en masse, avec une plage de travail de 25 à 35. En dessous, l’azote excédentaire repart en ammoniac et le tas pique le nez ; au-dessus, les bactéries manquent d’azote et rien ne démarre. Personne ne pèse quoi que ce soit : on raisonne en volumes, environ deux à trois volumes de matière carbonée pour un volume de matière azotée. Ce raccourci n’est valable que si la matière carbonée est de la feuille morte, de la paille ou du broyat de branches fraîches, entre 40 et 150 pour 1. Avec de la sciure ou des copeaux secs, à plusieurs centaines pour 1, ou du carton ondulé proche de 560 pour 1, il faut un volume bien moindre. Le tas dit ensuite lui-même où il en est : odeur piquante, il manque du carbone ; rien ne se passe, il manque de l’azote ou de l’eau.

Pourquoi mon compost ne chauffe-t-il pas ?

Cinq causes, à vérifier dans cet ordre. Le volume d’abord : sous environ un mètre cube, le tas perd sa chaleur par sa surface plus vite qu’il n’en produit, et aucun réglage ne compense cette géométrie. L’eau ensuite : sous 30 % d’humidité, l’activité microbienne s’arrête. L’azote : un tas de feuilles seules, entre 40 et 80 pour 1, reste froid des mois. Le mode d’alimentation : un bac nourri d’une poignée par jour n’accumule jamais assez de matière fraîche au même moment pour démarrer, alors que la même masse montée en une fois chauffe. Et enfin la cause la plus banale, un tas qui a chauffé il y a trois semaines et qui a refroidi n’est pas en panne, il est simplement passé en phase de refroidissement. Aucune de ces cinq causes ne se corrige par un activateur du commerce.

Mon compost sent mauvais : que faut-il corriger ?

Tout dépend de l’odeur, et les deux corrections sont opposées. Une odeur piquante d’ammoniac signale un excès d’azote, un rapport carbone/azote trop bas, souvent avec un pH au-dessus de 8 : l’azote s’échappe littéralement en gaz, et l’odeur est cette perte. On incorpore aussitôt de la matière carbonée et structurante, et on suspend les apports de tonte et d’épluchures. Surtout ne pas chauler, cela ferait monter le pH et accélérerait la fuite. Une odeur d’œuf pourri, de vase ou d’égout dit l’inverse : le tas est trop humide ou trop tassé, l’oxygène ne diffuse plus et la flore anaérobie a pris la main. On le reconstruit alors avec des matières grossières et sèches en cassant les couches compactées.

Faut-il retourner son compost, et à quelle fréquence ?

Le retournement n’est pas indispensable pour obtenir du compost, il est ce qui sépare un compost rapide et assaini d’un compost lent. L’oxygène qu’il introduit est consommé en quelques heures : son intérêt réel est de restaurer la porosité perdue par tassement, d’exposer de la matière encore intacte, et surtout de ramener au cœur chaud les 15 à 25 cm extérieurs, qui n’ont jamais chauffé et servent d’isolant. C’est la raison pour laquelle la réglementation américaine impose un nombre de retournements en plus d’une consigne de température, quand son équivalent européen exige plutôt une durée plus longue. En pratique, un tas conduit à chaud se retourne à partir du quatrième jour puis tous les deux jours, ce qui donne un compost en dix-huit jours environ ; un tas ordinaire se contente d’un retournement par mois ; un tas froid ne se retourne pas, et met alors six mois à deux ans.

Peut-on composter les agrumes, l’oignon, le pain et les coquilles d’œuf ?

Oui pour les quatre, contrairement à ce qui se recopie. L’acidité des agrumes est neutralisée pendant le procédé, qui passe d’un pH acide à un pH neutre à légèrement alcalin, et leur limonène s’évapore une fois la peau ouverte ; leur seul vrai défaut est une cuticule cireuse qui traîne dans un tas froid, ce que découper règle. L’oignon et l’ail n’ont rien de particulier, la réserve vient du lombricomposteur où les vers évitent les zones très odorantes. Le pain se décompose parfaitement, mais il concentre de la nourriture facile : il s’enfouit sous une couche de matière brune. Les coquilles d’œuf ne posent aucun problème et n’apportent presque rien non plus, faute de se dégrader à l’échelle de temps d’un compost, sauf broyées finement.

Comment savoir si un compost est vraiment mûr, et que risque-t-on à l’utiliser trop tôt ?

Deux notions se cachent derrière la maturité. La stabilité, c’est l’arrêt de l’activité microbienne intense : un compost stable ne se réchauffe plus après un retournement, et dans un test d’auto-échauffement en récipient isolé il ne s’élève pas de plus de 20 °C au-dessus de la température ambiante. La maturité, c’est l’absence de phytotoxicité, et elle se mesure par un test de germination au cresson : on sème du cresson alénois sur le compost ou son extrait aqueux, et le même nombre de graines sur un témoin à l’eau claire, puis on compare le taux de germination et la longueur des radicelles après quelques jours. Sous 50 % du témoin, le compost est nettement toxique ; on le considère mûr à partir de 80 à 90 %. Employé trop tôt, il libère de l’azote ammoniacal qui brûle les jeunes racines, et son carbone résiduel fait prélever aux microbes du sol l’azote minéral disponible : les cultures jaunissent et stagnent.

Green Hub s’occupe de vos plantes

Photographiez une plante : Green Hub l’identifie et écrit sa fiche de soin, sans compte. Connectez-vous ensuite pour garder ses photos datées et son historique dans le temps.

Identifier une plante