Paillage du jardin : chaque paillis a un effet et une contre-indication
Pailler n’est pas un bienfait automatique, c’est un arbitrage : chaque matériau produit un effet mesurable sur la lumière, l’eau et la température du sol, et chacun traîne la contre-indication qui va avec. La faim d’azote reste superficielle tant que le paillis est posé en surface, et devient sérieuse dès qu’on l’enfouit. Un paillis organique ralentit le réchauffement du sol au printemps, ce qui sert les cultures de saison fraîche et pénalise celles de chaleur. Et il existe des situations, sol froid et lourd, semis, jeunes plants, où le bon paillage est l’absence de paillage.
Un paillis fait quatre choses mesurables : il coupe la lumière au ras du sol, il ralentit l’évaporation, il amortit les écarts de température et, s’il est organique, il nourrit la terre en se décomposant. Chacun de ces quatre effets a un revers, et c’est ce que la plupart des guides passent sous silence. Couper la lumière bloque les annuelles à petites graines mais laisse passer les vivaces à rhizomes, qui repartent sur leurs réserves. Amortir la température veut dire que le sol se réchauffe plus lentement au printemps, ce qui pénalise tomate, poivron, concombre et melon, toutes cultures qui démarrent mal tant que le sol reste froid. Se décomposer veut dire consommer de l’azote : posé en surface, le phénomène reste confiné au contact entre le paillis et la terre, et les racines ne le voient pas ; incorporé au sol, il touche tout le volume travaillé et bloque réellement les cultures rapides pendant des mois. Le bon paillis est donc celui qui correspond à ce que vous cherchez à obtenir, à l’épaisseur propre à son matériau, posé sur un sol déjà chaud et déjà humide, et dégagé du collet.
Ce qu’un paillis fait vraiment, et ce que chaque effet coûte
Un paillis n’a pas de vertus, il a des effets physiques, et chacun se paie quelque part. Le premier est optique : la couche intercepte la lumière avant qu’elle n’atteigne le sol. Beaucoup de graines d’adventices annuelles, surtout les petites, ne germent qu’après avoir reçu un signal lumineux ; privées de ce signal elles restent en dormance. Le prix de cet écran, c’est qu’il s’applique aussi à vos semis, et qu’un paillis posé sur un rang de carottes ou de laitues empêche exactement ce que vous vouliez faire lever.
Le deuxième effet est hydrique. En cassant le contact entre le sol et l’air sec, le paillis freine l’évaporation : un essai sur paille mesure une réduction d’environ 35 % de l’évaporation par rapport au sol nu, et les valeurs publiées varient beaucoup selon le matériau, l’épaisseur et le climat. Le revers est symétrique et rarement dit : un paillis ne fabrique pas d’eau, il conserve l’état dans lequel il trouve le sol. Épandu sur une terre sèche, il y enferme la sécheresse et il faudra beaucoup plus d’eau pour la remouiller que si le sol était resté nu.
Le troisième effet est thermique. Le matériau emprisonne de l’air, donc il isole : sous un paillis organique, l’amplitude thermique journalière du sol se réduit nettement. Une isolation ne choisit pas son sens : elle protège des pointes de chaleur en été et retarde le réchauffement au printemps.
Le quatrième effet n’existe que pour les paillis organiques : en se décomposant, ils entretiennent la vie du sol et finissent en humus. Les paillis minéraux n’apportent rien de ce côté, jamais, quelle que soit la durée. C’est ce quatrième effet qui déclenche la question de l’azote, et c’est le sujet suivant.
Aucun matériau ne coche les quatre cases au même niveau. Le choix se fait donc à l’envers de ce qu’on lit d’habitude : on ne cherche pas le meilleur paillis, on part de ce qu’on veut obtenir cette saison-là, à cet endroit-là.
| Ce que vous cherchez | Le paillis qui le fait | Épaisseur | Ce que ça coûte en échange |
|---|---|---|---|
| Garder l’eau en saison chaude | Paille, feuilles broyées, broyat grossier | 8 à 15 cm pour la paille, 5 à 8 cm pour les feuilles broyées, 10 cm pour le broyat | Sol plus lent à se réchauffer, et sécheresse enfermée si on pose sur terre sèche |
| Bloquer les levées d’annuelles | Broyat d’arboriste grossier, écorces | 10 cm maintenus pour le broyat, 5 à 8 cm pour les écorces | Les vivaces à rhizomes passent quand même, et la couche doit être rechargée |
| Nourrir le sol sur plusieurs années | BRF de rameaux jeunes de feuillus | 5 à 7 cm, en surface | Presque rien de visible la première saison, et un vrai blocage si on l’enfouit |
| Base chaude et drainée pour plantes sèches | Ardoise, gravier, pouzzolane | 5 à 8 cm | Aucun apport au sol, chaleur restituée la nuit, choix quasi définitif |
| Isoler des fruits du contact de la terre | Paille | Une couche continue sous les fruits | Abri à limaces exactement là où elles font le plus de dégâts |
| Recycler la tonte sur place | Tonte ressuyée, en couches successives | 1 à 2 cm par passage | Feutre imperméable dès qu’on épaissit, et herbicide rémanent si la pelouse a été traitée |
La faim d’azote : superficielle en surface, sérieuse enfouie
C’est le sujet le plus mal expliqué du jardinage, et la confusion vient d’un mot manquant : où. Les micro-organismes qui digèrent une matière organique ont besoin de carbone comme source d’énergie et d’azote pour fabriquer leurs propres protéines, dans un rapport de l’ordre de 20 à 30 parts de carbone pour une part d’azote. Quand le matériau qu’on leur donne dépasse ce rapport, l’azote qu’il contient ne suffit plus : ils vont chercher le complément dans le milieu qui les entoure, et cet azote-là n’est plus disponible pour les racines. En dessous d’un rapport de 20, l’inverse se produit et la décomposition libère de l’azote. Entre 20 et 30, les deux se compensent.
La question devient donc arithmétique. Une tonte de gazon se situe entre 9 et 25, le plus souvent autour de 17 : à ce niveau elle libère de l’azote plutôt qu’elle n’en immobilise. Des feuilles mortes tournent autour de 40 à 80, de la paille de céréale entre 48 et 150, une écorce de feuillu autour de 220, une sciure autour de 440 en moyenne, dans une fourchette de 200 à 750, et un broyat de bois de tronc atteint plusieurs centaines. Ces trois derniers sont les seuls matériaux vraiment concernés par une immobilisation massive.
Reste le point décisif. Un matériau très carboné posé en surface n’est en contact avec la terre que par sa face inférieure. L’appauvrissement en azote se produit dans cette zone de contact, sur une épaisseur de l’ordre du centimètre, et pas au-delà : les racines, qui explorent bien plus bas, ne voient rien passer. C’est le résultat constant des essais sur broyat d’arboriste laissé en couverture, où l’azote du sol sous-jacent n’est pas diminué et augmente même avec les années. Détail amusant, cette carence localisée à l’interface est probablement l’une des raisons pour lesquelles un paillis épais empêche les graines d’adventices de s’installer : elles germent précisément là où il n’y a plus rien à manger.
Enfouissez le même matériau, et vous changez complètement de problème. En l’incorporant, vous multipliez la surface de contact par plusieurs ordres de grandeur et vous répartissez la concurrence dans tout le volume travaillé, c’est-à-dire dans la zone racinaire elle-même. Là, la faim d’azote est réelle, elle dure des mois, et elle frappe d’abord les cultures rapides et exigeantes. Une démonstration de jardin suivie sur trois ans, où 7 cm de broyat épandus à la chute des feuilles étaient enfouis à la reprise de végétation, a vu les salades marquer le coup durant les premiers mois de culture, quand maïs, tournesol et tomates avaient rattrapé le témoin avant la fin de l’été. Il faut prendre cette source pour ce qu’elle est : une démonstration publiée dans un magazine de jardinage, une seule parcelle divisée en trois planches, deux au BRF et une témoin, sans répétition ni traitement statistique. C’est une observation de terrain cohérente, ce n’est pas une mesure scientifique.
Le symptôme ressemble à une carence classique : croissance ralentie, feuillage vert pâle à jaunissant en commençant par le bas. Il s’en distingue par le contexte, il apparaît après un apport de matière très carbonée et il est réversible : l’azote n’a pas disparu du jardin, il est stocké dans la biomasse microbienne et revient au sol quand ces micro-organismes meurent. Les corrections qui marchent sont dans cet ordre : ne pas enfouir, apporter un peu de matière azotée sous le paillis carboné plutôt que par-dessus, et ne pas pailler au broyat frais une planche qu’on va semer dans les semaines qui suivent.
L’effet thermique : le paillis qui retarde votre printemps
Voilà le contre-argument que la quasi-totalité des guides oublie. Un paillis organique est un isolant, et un isolant posé sur un sol froid l’empêche de se réchauffer aussi sûrement qu’il l’empêche de surchauffer. Le rayonnement solaire est intercepté par le matériau au lieu d’être absorbé par la terre, et l’air emprisonné dans la couche fait le reste.
Les ordres de grandeur sont modestes en moyenne journalière et décisifs en pratique. Sur blé d’hiver, pendant la phase de réchauffement de fin d’hiver, la température moyenne des dix premiers centimètres a été mesurée entre 0,42 et 0,65 °C plus basse sous paille que sur sol nu selon la dose épandue. Ce n’est pas spectaculaire écrit comme ça, mais un demi-degré maintenu sur des semaines déplace la date à laquelle un sol franchit un seuil, et c’est le seuil qui compte. Les praticiens décrivent un décalage de plusieurs semaines sur la mise en route d’une planche paillée trop tôt.
Or les cultures de chaleur sont gouvernées par des seuils nets. La tomate a un minimum de germination de l’ordre de 10 °C, et à ce niveau il lui faut environ quarante-trois jours pour lever ; à 15 °C elle met encore une quinzaine de jours, alors que son optimum de germination se situe bien plus haut, autour de 29 °C. Cet optimum ne doit pas être confondu avec le repère de plantation, qui est autre chose : c’est un sol entre 18 et 21 °C que l’on recommande au moment d’installer les plants. Pour le concombre, l’usage veut qu’on attende un sol au-dessus de 21 °C, et le melon demande la même chose ; c’est une recommandation de terrain, pas un seuil mesuré. Un plant de tomate installé sous 8 cm de paille dans une terre qui stagne autour de 15 °C reste compact, sombre, et perd des semaines qu’il ne rattrape pas. L’aubergine, le poivron et le potiron suivent la même logique.
Il y a un deuxième effet nocturne, moins connu, qui va dans le même sens. Un sol nu, tassé et humide emmagasine la chaleur du jour et la restitue la nuit vers la végétation, ce qui remonte la température au ras du sol de quelques degrés. Toute couverture réduit ce transfert. La mesure existe pour les couverts végétaux : un couvert haut et dense peut coûter jusqu’à environ 5 °C par rapport à un sol nu par nuit de gelée radiative, contre environ 1 °C pour un couvert ras. Ces valeurs ne se transposent pas à un paillis : rien de tel n’a été chiffré pour lui, et le mécanisme n’est même pas identique, un couvert vivant transpirant alors qu’un paillis ne transpire pas. Le sens de l’effet, lui, n’est pas douteux. Dans une situation à gelées tardives, sur un pêcher, un figuier ou une vigne en débourrement, le sol nu est un allié qu’on se prive volontairement d’utiliser.
La même isolation devient un atout massif quand la contrainte s’inverse. Dans un essai en climat désertique chaud, le sol nu et un paillis minéral dépassaient 40 °C à 5 cm de profondeur pendant neuf à douze heures par jour, quand les paillis organiques n’atteignaient jamais ce niveau et restaient de 13 à 22 °C plus frais l’après-midi. À 30 cm, l’écart tenait encore à 8 à 10 °C. Ce n’est pas le climat tempéré, mais l’ordre de grandeur montre où va le bénéfice : il est estival, il est spectaculaire, et il ne s’achète qu’en acceptant le printemps plus lent.
La conclusion pratique est simple à retenir : le paillis se pose sur un sol déjà chaud et déjà humide, pas avant. Quand une planche a passé la mauvaise saison sous couverture, on écarte le paillis environ deux semaines avant de planter les cultures de chaleur, on laisse le soleil faire son travail, et on le remet une fois les plants installés et partis.
Épaisseur et granulométrie : chaque matériau a la sienne
Le chiffre unique répété partout, une même épaisseur pour tous les matériaux, est ce qui fait le plus de dégâts après le paillis contre le tronc : la bonne épaisseur va de un ou deux centimètres pour une tonte à quinze pour de la paille. L’épaisseur utile dépend de deux propriétés du matériau : sa finesse et son humidité à la pose.
Une matière fine et humide se tasse en feutre. Une tonte de gazon fraîche versée en couche épaisse colle sur elle-même, part en fermentation sans oxygène, chauffe, sent mauvais, et devient une membrane sur laquelle la pluie ruisselle au lieu d’entrer. Elle s’emploie en couches de un à deux centimètres, ressuyée, renouvelées au fil des tontes. Des feuilles entières font le même feutre imperméable en se plaquant les unes sur les autres, surtout les grandes et coriaces ; passées à la tondeuse, les mêmes feuilles tiennent parfaitement à cinq ou huit centimètres et se décomposent trois à quatre fois plus vite.
Une matière grossière fait l’inverse : elle laisse passer l’air, l’eau et une partie de la lumière, donc il en faut davantage. La paille est très aérée et se tasse énormément, ce qui justifie de la poser entre huit et quinze centimètres pour finir à une couche utile. Un broyat d’arboriste doit être franchement grossier, et se maintient à dix centimètres pour tenir les adventices ; comme il se tasse en se décomposant, on l’épand plus généreusement à la pose et on recharge la couche quand elle s’amincit.
Deux garde-fous s’ajoutent à cette logique de matériau. Sur un sol lourd, mal drainé ou régulièrement gorgé d’eau, un paillis épais entretient l’asphyxie au lieu de la corriger : on descend à deux ou trois centimètres de matériau fin, ou on ne paille pas du tout tant que le drainage n’est pas réglé. Et au pied d’un arbre, l’usage est de s’en tenir à une dizaine de centimètres. Le motif qu’on avance d’ordinaire, l’émission de racines adventives à partir du tronc qui finiraient par l’étrangler, est plus fragile qu’il n’y paraît : la revue systématique de référence ne trouve aucune profondeur de paillis dont on ait établi qu’elle fait décliner un arbre, retrace cette croyance à des articles de presse professionnelle sans source, et propose une autre lecture, celle d’un paillis mince étalé sur une butte de terre rapportée, qui reproduit alors les effets d’une plantation trop profonde. La prudence reste bonne à tenir, elle ne coûte rien ; elle n’a simplement pas le statut de règle mesurée qu’on lui prête.
| Matériau | Rapport C/N indicatif | Épaisseur à la pose | Ce pour quoi il est bon | Sa contre-indication |
|---|---|---|---|---|
| Tonte de gazon ressuyée | 9 à 25 | 1 à 2 cm par passage | Apport d’azote rapide au potager en production | Feutre imperméable en couche épaisse, herbicides rémanents |
| Feuilles mortes broyées | 40 à 80 | 5 à 8 cm | Massifs, fruitiers, gratuit à la chute des feuilles | Croûte hydrophobe si les feuilles restent entières |
| Paille de céréale | 48 à 150 | 8 à 15 cm, se tasse beaucoup | Potager, protection des fruits posés au sol | Abri à limaces, s’envole tant qu’elle est sèche |
| BRF de rameaux jeunes | 50 à 170 | 5 à 7 cm | Reconstruction du sol sur deux à trois ans | Aucun effet visible la première saison, désastreux enfoui |
| Écorces de feuillus | Environ 220 | 5 à 8 cm | Massifs ornementaux, tenue longue | Décomposition très lente, aucun apport rapide |
| Broyat de bois âgé, sciure | Sciure autour de 440, de 200 à 750 ; plusieurs centaines pour le bois de tronc | 10 cm pour le broyat grossier, en surface uniquement ; la sciure, fine et tassante, se limite à 1 à 2 cm | Allées, pieds d’arbustes établis | Immobilisation massive d’azote dès qu’il est incorporé |
| Ardoise, gravier, pouzzolane | Sans objet, matériau inerte | 5 à 8 cm | Plantes de climat sec, drainage au collet | Aucun apport au sol, chaleur nocturne, retrait pénible |
Contre les adventices : l’épaisseur seuil, et ce qui passe au travers
Le paillis ne tue pas les adventices, il en empêche certaines de commencer. Le mécanisme est la lumière : une grande partie des annuelles, en particulier les espèces à petites graines, ont besoin d’un signal lumineux pour lever, signal qui leur indique qu’elles sont à la surface et qu’elles ont assez de réserves pour y arriver. Plus la graine est petite, plus elle est inhibée par l’enfouissement ou l’ombre. C’est pour cela qu’un paillis fonctionne remarquablement bien sur les levées d’annuelles, et exclusivement sur elles.
L’épaisseur compte, mais pas comme on le lit d’ordinaire. Une revue systématique de la littérature arboricole relève un bénéfice sur le contrôle des adventices dès cinq centimètres ; la valeur de sept centimètres et demi qu’on y trouve parfois citée comme un seuil n’en est pas un, c’est simplement la plus faible des profondeurs maximales testées par les travaux recensés. Ce que la revue établit, c’est que le bénéfice continue d’augmenter avec des couches plus épaisses, ce qui donne raison à la recommandation de terrain sur broyat d’arboriste : dix centimètres maintenus. Plus mince, on ralentit les levées sans les tenir. Et l’effet s’use : une couche organique se décompose et s’amincit, donc elle se recharge, sinon la fenêtre de germination se rouvre.
Ce qui passe au travers, ce sont les vivaces à organes de réserve souterrains. Elles ne germent pas, elles repartent, et elles ont de quoi financer le voyage. Un fragment de rhizome de chiendent de trois centimètres suffit à refaire une plante entière ; un morceau de racine de liseron de cinq centimètres aussi, et ses racines ont été suivies jusqu’à cinq mètres de profondeur. La prêle et l’égopode fonctionnent pareil. Un paillis épais réduit leur vigueur et rend l’arrachage plus facile parce que la terre reste meuble, mais une parcelle infestée demandera un passage régulier, chaque année, quoi qu’on pose dessus. Croire qu’une couche de broyat va régler un chiendent installé est l’illusion la plus coûteuse du paillage.
Dernier point, le paillis peut lui-même semer. Le foin est une plante fauchée entière, épis compris, et une botte en contient un nombre considérable ; la paille est ce qui reste après battage, donc des tiges creuses, avec au pire quelques repousses de céréale faciles à arracher. Le raccourci foin égale paille coûte deux saisons de désherbage. Et l’effet global n’est pas toujours celui qu’on espère : dans la démonstration de trois ans sur BRF déjà citée, les planches paillées ont produit plus d’adventices que le témoin, sans que le protocole permette d’en désigner la cause.
Le BRF : ce que c’est, ce qu’il donne, et en combien de temps
Le bois raméal fragmenté n’est pas un synonyme de broyat. C’est un matériau défini : le broyat de rameaux vivants, fraîchement coupés, de moins de sept centimètres de diamètre, l’idéal se situant autour de trois à quatre. Le diamètre n’est pas un détail esthétique, c’est toute la définition. Les jeunes rameaux concentrent l’essentiel des minéraux et des nutriments de l’arbre et leur lignine est encore peu polymérisée, donc facilement attaquable par les champignons du sol. Leur rapport carbone sur azote se situe entre 50 et 170 pour des rameaux de moins de sept centimètres, contre environ 500 pour du bois de tronc. Ce rapport se calcule sur des masses : à masse égale de matière, un BRF est donc de trois à dix fois plus riche en azote qu’un broyat de grumes, selon l’endroit où l’on tombe dans la fourchette.
La composition en essences compte aussi. Le matériau de référence est un mélange de feuillus. Les travaux québécois à l’origine de la technique rangent les conifères parmi les essences à éviter et se bornent à tolérer une part de l’ordre de vingt pour cent dans le mélange ; au-delà, on sort du cadre documenté. Leurs auteurs limitent d’ailleurs eux-mêmes cette règle aux climats tempérés et froids. Un broyat de haie de thuya ou de laurier-cerise pur n’est pas un BRF, c’est un broyat de conifères et d’arbustes persistants, et il ne faut pas en attendre les mêmes effets.
Ce qu’il faut en attendre, ensuite, est une question de calendrier plutôt que d’intensité. La démonstration de jardin sur trois ans déjà citée, avec ses trois planches et sans réplication, donne la courbe : première saison en retrait sur les cultures rapides, rattrapage des cultures longues avant la fin du premier été, deuxième année en léger retard au printemps puis alignée sur le témoin dès le début de l’été, et troisième année nettement au-dessus, avec une planche paillée et arrosée qui a produit près de trois fois plus de tomates que le témoin. La phrase suivante de la source est rarement reprise et change pourtant la lecture : la planche paillée mais non arrosée, elle, se situait au niveau du témoin. Le facteur trois tient donc à l’irrigation autant qu’au BRF. Les mêmes observations décrivent une terre devenue plus souple, plus colonisée par les lombrics, et des besoins d’arrosage sensiblement réduits.
D’où vient la déception, alors. De trois erreurs, toujours les mêmes. On l’utilise comme un paillis ordinaire, en attendant un résultat dans la saison, alors que sa mise de fonds se rembourse sur deux à trois ans. On l’enfouit pour aller plus vite, ce qui déclenche exactement la faim d’azote qu’on cherchait à éviter, la vraie, celle qui bloque la culture. Et on appelle BRF n’importe quel broyat de déchets verts, souvent issu de branches âgées et de troncs, dont le rapport carbone sur azote est dix fois plus élevé et qui ne fera rien de comparable.
La manière raisonnable de l’employer : épandre en couche modérée à la chute des feuilles, laisser en surface, laisser les vers de terre faire l’incorporation, et consacrer la première saison aux cultures qui ne sont pas pressées, arbres et arbustes fruitiers, petits fruits, artichaut, asperge, rhubarbe, plutôt qu’aux laitues et aux épinards.
Limaces et collet : les deux dégâts que le paillage cause pour de bon
Sur les limaces, il faut séparer ce qui est documenté de ce qui circule. Ce qui est documenté, c’est l’effet d’abri. La littérature sur les grandes cultures en semis direct est claire et convergente : une couverture de résidus en surface crée un microclimat frais, sombre, humide et stable, qui est précisément l’habitat optimal des limaces, et les dégâts y sont notoirement plus élevés qu’en sol travaillé. La limace grise, Deroceras reticulatum, est l’espèce en cause dans la majorité des cas, et sa fenêtre de nuisance est le printemps frais et humide, exactement le moment où vos jeunes plants sont les plus vulnérables. Un paillis fait au potager ce que les résidus font au champ.
Ce qui relève du folklore, c’est l’idée qu’un matériau donné les repousserait. La Royal Horticultural Society a testé en 2023 cinq barrières domestiques autour de 108 laitues, réparties en neuf pots et neuf planches surélevées, pendant six semaines : coquilles d’œuf broyées, écorce de pin, ruban de cuivre, gravier horticole et granulés de laine. Aucune différence de dégâts entre les laitues protégées et les laitues laissées sans rien. Le mucus des gastéropodes est un film protecteur sur lequel ils passent tranquillement. Il faut en tirer la bonne conclusion : ce n’est pas le matériau qui compte, c’est l’abri, et un cercle d’écorce autour d’un plant n’est pas une barrière, c’est un logement.
Ce qui change vraiment quelque chose est plus ennuyeux et plus efficace : ne pas pailler, ou pailler très mince, autour des jeunes plants tant qu’ils sont au stade fragile, attendre qu’ils aient pris de l’avance pour installer la couche, garder un anneau dégagé au pied, et ramasser à la main les nuits douces et humides, qui sont les nuits de sortie. Les résidus abritent aussi les carabes, qui sont leurs prédateurs, donc le bilan d’un paillis établi n’est pas systématiquement défavorable : c’est la phase d’installation des cultures qui est le point faible.
Le second dégât est plus lent et bien plus définitif. Une écorce n’est pas une racine : elle est faite pour alterner humide et sec, et elle se défend mal quand elle reste mouillée en permanence. Un paillis remonté contre une tige ou un tronc maintient exactement cette humidité continue, ramollit les tissus et ouvre la porte aux pourritures du collet. Les Phytophthora, qui causent les pourritures du collet et des racines des fruitiers, sont des organismes aquatiques : ils exigent une saturation prolongée pour se développer. Que le paillis en cône, le fameux volcan, augmente l’incidence de ces pourritures n’est pas démontré pour autant : les deux études qui ont cherché cette relation ne l’ont pas trouvée. La biologie va dans ce sens, la corrélation manque, et le consensus de terrain suffit à trancher le geste, car écarter le paillis du tronc réduit le risque. Sur un arbre greffé, la règle est absolue : le point de greffe ne se couvre jamais, ni de terre ni de paillis. Quand un sujet montre les symptômes, la première intervention consiste précisément à dégager la base jusqu’au sommet des grosses racines et à laisser sécher.
S’y ajoute un dommage plus silencieux, et une croyance à ranger à sa place. On lit partout qu’au-delà de dix centimètres d’épaisseur l’arbre émet des racines adventives dans le paillis, au-dessus de son collet, et que ces racines finissent par étrangler le tronc ; la revue systématique de référence n’établit aucune profondeur de paillis responsable du déclin d’un arbre et attribue cette idée à des articles de presse professionnelle non sourcés. Mieux vaut donc la traiter comme une prudence d’usage que comme un fait acquis. Le dommage bien réel, lui, est ailleurs : les campagnols creusent leurs galeries dans un paillis accumulé contre l’écorce, où ils rongent tout l’hiver sans que rien ne se voie de l’extérieur ; le sujet débourre au printemps, puis meurt d’un coup, annelé sur toute sa circonférence.
La règle de dégagement tient en une image. Un paillis d’arbre est un disque plat, pas un volcan : on l’étale largement, jusqu’à l’aplomb du feuillage et au-delà si on peut, et on laisse un anneau nu de huit à quinze centimètres autour du tronc, quelques centimètres seulement autour d’une tige herbacée comme une tomate ou une courgette. Sur un jeune fruitier en zone à campagnols, on élargit encore la zone nue au pied.
Les paillis minéraux : rien pour le sol, beaucoup pour la chaleur
Ardoise pilée, gravier, pouzzolane : ce sont des roches, elles ne se décomposent pas, et il faut prendre cette phrase au pied de la lettre. Elles n’apportent aucune matière organique, ne nourrissent pas la vie du sol, ne fabriquent pas d’humus, et cela ne changera pas en dix ans. En contrepartie elles ne posent jamais de question d’azote, ne se tassent pas, ne se renouvellent pas. Elles se posent en couche de cinq à huit centimètres et c’est réglé, ce qui est aussi le problème : un paillis minéral est un choix quasi définitif, très pénible à retirer, et qui se salit lentement de terre et de débris jusqu’à devenir un lit de germination difficile à désherber.
Leur effet réel est thermique, et il est important. Une roche a une inertie thermique bien supérieure à un matériau organique aéré : elle emmagasine le rayonnement de la journée dans sa masse et le restitue une fois le soleil parti. La mesure la plus parlante vient d’un essai comparant des paillis dans un climat désertique chaud : à 22 h, les surfaces des paillis organiques étaient déjà de 4 à 8 °C plus fraîches que celle d’un paillis de granite ou d’un sol nu, et à 30 cm de profondeur le minéral et le sol nu restaient de 8 à 10 °C plus chauds. La même logique explique que le paillage de graviers soit une technique ancienne des régions froides et sèches, où il sert justement à réchauffer le sol et à couper l’évaporation.
À qui cela profite : à tout ce qui vient de climats secs et supporte, voire réclame, une base chaude et drainée. Lavande, romarin, thym, sauge, olivier et vigne s’en accommodent très bien, et le drainage de surface qu’un minéral procure au collet leur est plus utile que la matière organique qu’il n’apporte pas. À qui cela nuit : à tout ce qui demande un sol frais et une humidité régulière au niveau des racines, à commencer par le potager en pleine production, les petits fruits et les vivaces de sous-bois. Un massif de plantes de terre fraîche sur pouzzolane en plein soleil vit sur un radiateur.
Deux croyances tenaces méritent d’être coupées net, et la seconde vaut aussi pour les paillis organiques. L’ardoise ne rend pas un sol acide : aucune étude n’a testé un paillis d’ardoise de ce point de vue, et il n’y a aucun effet mesurable à en attendre sur le pH. Et les aiguilles de conifères et les écorces de pin ne l’acidifient pas davantage, contrairement à ce qui se répète depuis des décennies. Les aiguilles sont bien acides à la chute, dans une plage de pH 3 à 4, mais cette acidité est neutralisée pendant la décomposition et le pouvoir tampon d’un sol de jardin absorbe le reste. Les mesures d’essais universitaires ne relèvent pas de différence significative après plusieurs années de paillage à l’aiguille ou à l’écorce, ni même après trois ans de broyat de conifère incorporé au sol. Conséquence directe : ni une ardoise ni une écorce de pin ne rendront une terre compatible avec une myrtille ou un hortensia bleu. Cela se joue au moment de la plantation, dans la composition du substrat, et pas avec un paillis.
Quand ne pas pailler, et avec quoi ne jamais pailler
Il y a des situations où pailler est une faute, et elles ne sont presque jamais listées. La première est le sol froid et lourd au sortir de l’hiver. Une argile mal drainée qui reste détrempée n’a pas besoin d’être couverte, elle a besoin de s’égoutter et de se réchauffer ; un paillis épais y entretient l’asphyxie racinaire et fabrique les conditions exactes que recherchent les agents des pourritures racinaires. Sur ces terres, on paille mince, tard, et seulement une fois le sol ressuyé, ou on ne paille pas et on travaille d’abord le drainage.
La deuxième est le semis. Un paillis coupe la lumière et fait obstacle : la plupart des jeunes pousses ne le traversent pas, et le sol frais et humide qu’il entretient ralentit la germination tout en favorisant la fonte des semis. Un rang de carottes, de laitues, de poireaux ou de haricots se sème sur sol nu et se paille quand les plants sont debout et bien engagés, entre les rangs plutôt que dessus. Même prudence sur les jeunes plants repiqués tant qu’ils sont à hauteur de limace.
La troisième est le printemps des cultures de chaleur, développée plus haut : on attend un sol réchauffé, ce qui suppose parfois d’écarter un paillis hivernal deux semaines avant de planter. La quatrième est la situation à gelées tardives sur un sujet en débourrement, où le sol nu restitue une chaleur nocturne qu’un paillis intercepte. Et la cinquième est le collet de tout ce qui a une écorce.
Le climat déplace le curseur, sans changer les règles. En climat océanique humide, hivers doux et très mouillés, c’est l’excès d’eau qui tue et non le froid : le paillis y est d’abord un risque à surveiller en saison froide, et un bénéfice en été. En climat sec ou continental sec, la logique s’inverse et le paillage devient avant tout une arme anti-évaporation, dont on accepte volontiers le coût thermique printanier. Les deux cas existent et aucun des deux n’est la règle par défaut.
Reste la question des matériaux, où le doute doit se résoudre en s’abstenant plutôt qu’en nuançant. Les tontes provenant d’une pelouse traitée contre les dicotylédones sont un vrai danger pour un potager : les herbicides de la famille de l’aminopyralide, du clopyralide et du picloram traversent la tonte, le fumier et le compostage sans se dégrader, et restent actifs de quelques mois à trois ou quatre ans. Des concentrations de l’ordre du milliardième suffisent à abîmer tomate, laitue, haricot, pois, épinard et pomme de terre, avec des feuilles vrillées, creusées en cuillère, allongées, une levée médiocre et des fruits déformés. Le bois de récupération issu de chantiers ou de démolition ne se broie pas pour en faire du paillis : sur des échantillons prélevés en plateformes de déchets de construction, 18 sur 22 relarguaient de l’arsenic au-dessus du seuil réglementaire retenu par l’État de Floride, et moins de 0,1 % de bois traité au cuivre chromaté arsenical suffit à faire dépasser à un paillis le seuil de propreté d’un sol résidentiel retenu par ce même État. Ces deux repères chiffrés sont américains et n’ont pas cours partout, mais l’avertissement, lui, vaut de manière générale : la restriction de ce traitement pour les usages résidentiels est intervenue à des dates différentes selon les pays, l’Union européenne et les États-Unis n’ayant pas bougé en même temps, et ce bois reste commercialisé pour certains usages en Australie et en Nouvelle-Zélande. Selon l’endroit où l’on vit et l’âge de la construction, il peut donc parfaitement se trouver dans un jardin aujourd’hui. Enfin, les coques de cacao contiennent de la théobromine et de la caféine comme le chocolat. Le centre antipoison animal de l’ASPCA a suivi une série de cas d’ingestion par des chiens, avec vomissements, tremblements, convulsions et accélération du rythme cardiaque, et le manuel vétérinaire de référence documente des morts d’animaux ayant consommé ce paillis. L’issue fatale reste rare, mais elle est arrivée. Et ce qui rend le risque concret plutôt que théorique, c’est que ce paillis sent le chocolat : il attire activement le chien au lieu de le tenir à l’écart. Dans un jardin fréquenté par un chien, on ne l’emploie pas.
| Matériau | Ce qui est vérifié | Le geste |
|---|---|---|
| Tonte d’une pelouse traitée | Aminopyralide, clopyralide et picloram traversent tonte, fumier et compostage, actifs de quelques mois à trois ou quatre ans, nocifs à des doses de l’ordre du milliardième | Ne pas l’employer au potager sans connaître l’historique de traitement de la pelouse |
| Bois de récupération, palettes, déchets de chantier | Sur 22 échantillons de plateformes de déchets de construction, 18 relarguaient de l’arsenic au-dessus du seuil de référence retenu par l’État de Floride, et moins de 0,1 % de bois traité au cuivre chromaté arsenical suffit à y faire dépasser le seuil de propreté d’un sol résidentiel ; ces deux repères sont américains, et ce bois reste vendu pour certains usages dans d’autres pays | Ne jamais broyer un bois dont on ne connaît pas l’origine, encore moins au potager |
| Coques de cacao | Théobromine et caféine, comme le chocolat, et une odeur de chocolat qui attire activement le chien ; cas d’ingestion suivis par le centre antipoison animal de l’ASPCA, avec vomissements, tremblements, convulsions et tachycardie, et morts d’animaux documentées par le manuel vétérinaire de référence | Ne pas l’employer dans un jardin fréquenté par un chien |
| Aiguilles de conifères, écorce de pin | L’acidification du sol n’est pas mesurable : acides à la chute, autour de pH 3 à 4, elles sont neutralisées à la décomposition et le sol tamponne le reste | Utilisables sans crainte, mais inutiles pour acidifier une terre destinée à une myrtille |
| Foin | Plante fauchée entière, épis compris, donc chargée de graines, contrairement à la paille qui est battue | Réserver le foin aux zones où l’on accepte le désherbage, la paille au potager |
Les pièges classiques à éviter
PiègeEnfouir le paillis à la remise en état de la planche, ou griffer le broyat dans les premiers centimètres pour qu’il travaille plus vite.
Pourquoi :C’est le geste qui transforme un non-problème en vrai problème. Posé en surface, un matériau très carboné ne prive d’azote que sa zone de contact avec la terre, sur l’épaisseur d’un centimètre environ, hors de portée des racines. Incorporé, il répartit la même concurrence dans tout le volume travaillé, c’est-à-dire en pleine zone racinaire : dans une démonstration de jardin suivie sur trois ans, sans réplication ni statistique, où le BRF était enfoui à la reprise de végétation, les salades ont marqué le coup durant les premiers mois de culture.
La bonne pratique :Laisser le paillis en surface et laisser les vers de terre faire l’incorporation à leur rythme. Si une matière très carbonée doit absolument entrer dans le sol, la composter d’abord, ou l’apporter en fin de saison sur une planche qui ne sera pas cultivée avant plusieurs mois.
PiègePailler le potager tôt au printemps, avant que le sol soit réchauffé, pour prendre de l’avance sur la sécheresse et les adventices.
Pourquoi :Un paillis est un isolant, il ne choisit pas son sens. Sur blé d’hiver, la température moyenne des dix premiers centimètres est mesurée entre 0,42 et 0,65 °C plus basse sous paille pendant la phase de réchauffement, et cet écart maintenu sur des semaines décale la date de franchissement des seuils. La tomate ne germe pas en dessous de 10 °C de sol, et il lui faut alors plus de quarante jours pour lever ; à 15 °C elle met encore une quinzaine de jours, tandis que le repère de terrain pour le concombre et le melon est d’attendre un sol au-dessus de 21 °C. Le plant installé dans une terre qui stagne reste compact et sombre et perd un temps qu’il ne rattrape pas.
La bonne pratique :Pailler sur un sol déjà chaud et déjà humide, jamais l’inverse. Sur une planche couverte pendant la saison froide, écarter le paillis environ deux semaines avant de planter les cultures de chaleur, laisser le soleil travailler, et le remettre une fois les plants installés et partis.
PiègeRemonter le paillis en cône contre le tronc d’un arbre ou la base d’une tige, parce que c’est là qu’on veut protéger.
Pourquoi :Une écorce est faite pour alterner humide et sec ; maintenue mouillée en permanence elle se ramollit. Les Phytophthora, responsables des pourritures du collet, sont des organismes aquatiques qui exigent une saturation prolongée. Que le paillis en volcan augmente l’incidence de ces pourritures n’est pas démontré, les deux études qui l’ont cherché n’ayant rien trouvé, mais le consensus de terrain est constant : écarter le paillis du tronc réduit le risque. L’histoire des racines adventives qui étrangleraient l’arbre au-delà de dix centimètres n’est pas établie non plus, aucune profondeur de paillis n’ayant été reliée au déclin d’un sujet. Le dégât certain est ailleurs : les campagnols creusent leurs galeries dans le cône pour ronger l’écorce tout l’hiver, invisibles.
La bonne pratique :Étaler en disque plat jusqu’à l’aplomb du feuillage et au-delà, en laissant un anneau nu de huit à quinze centimètres autour d’un tronc et de quelques centimètres autour d’une tige herbacée. Sur un sujet greffé, ne jamais couvrir le point de greffe, ni de terre ni de paillis.
PiègeVider le bac de la tondeuse en une seule couche épaisse de tonte fraîche sur la planche.
Pourquoi :La tonte est une matière fine, humide et à rapport carbone sur azote bas, entre 9 et 25 : elle ne prive de rien mais elle se tasse sur elle-même. En couche épaisse elle part en fermentation sans oxygène, chauffe, dégage une odeur d’ammoniac et forme une membrane imperméable sur laquelle la pluie ruisselle au lieu d’entrer. Le sol dessous s’assèche pendant qu’on croit l’avoir protégé.
La bonne pratique :Un à deux centimètres par passage, ressuyée avant épandage, renouvelée au fil des tontes ; ou mélangée à un matériau grossier qui l’empêche de coller. Et pas de tonte issue d’une pelouse traitée contre les dicotylédones : ces herbicides restent actifs de quelques mois à trois ou quatre ans.
PiègePoser un anneau d’écorce, de coquilles d’œuf, de gravier ou de laine autour d’un jeune plant pour tenir les limaces à distance.
Pourquoi :La Royal Horticultural Society a testé en 2023 cinq de ces barrières autour de 108 laitues, en pots et en planches surélevées, pendant six semaines : aucune différence de dégâts avec les laitues laissées sans rien, le mucus permettant aux gastéropodes de glisser dessus. Pire, le geste se trompe de mécanisme : la vraie relation entre paillis et limaces n’est pas une barrière franchie, c’est un abri frais, sombre et humide offert au pied même de la culture.
La bonne pratique :Agir sur l’abri et sur le moment plutôt que sur le matériau : pas de paillis, ou très mince, autour des jeunes plants tant qu’ils sont au stade fragile, anneau dégagé au pied, mise en place de la couche une fois les plants bien partis, et ramassage manuel les nuits douces et humides, qui sont les nuits de sortie.
Les fiches d’entretien à consulter
Chaque plante citée a sa fiche complète : arrosage, exposition, sol, maladies et calendrier mois par mois.
Tomate
Solanum lycopersicum
La tomate (Solanum lycopersicum) est la reine du potager, mais c’est une plante de soleil et de chaleur qui joue serré…
Poivron
Capsicum annuum
Le poivron (Capsicum annuum) est un légume-fruit annuel et franchement frileux, cousin doux du piment, venu des régions…
Aubergine
Solanum melongena
L’aubergine (Solanum melongena) est la plus frileuse et la plus gourmande en chaleur de nos solanacées potagères, plus…
Concombre
Cucumis sativus
Le concombre (Cucumis sativus) est une cucurbitacée annuelle originaire du sud de l’Himalaya, et son goût du chaud ne…
Courgette
Cucurbita pepo
La courgette (Cucurbita pepo) est le légume d’été facile par excellence, un plant en donne plus qu’une famille n’en…
Potiron
Cucurbita maxima
Le potiron (Cucurbita maxima) est une courge coureuse originaire des Andes, capable de porter des fruits de plusieurs…
Haricot vert
Phaseolus vulgaris
Le haricot vert (Phaseolus vulgaris) est un des légumes les plus faciles du potager, à condition de respecter une règle…
Laitue
Lactuca sativa
La laitue (Lactuca sativa) est la salade la plus cultivée au potager, facile et rapide, on la récolte six à dix…
Carotte
Daucus carota
La carotte (Daucus carota) est un légume racine de base au potager, qui se conserve tout l’hiver et se sème directement…
Poireau
Allium porrum
Le poireau (Allium porrum) est le légume d’hiver par excellence sous nos latitudes, capable de tenir en pleine terre…
Pomme de terre
Solanum tuberosum
La pomme de terre (Solanum tuberosum) est une des cultures les plus satisfaisantes du potager belge : facile,…
Blette
Beta vulgaris subsp. cicla
La blette (Beta vulgaris subsp. cicla), aussi appelée bette à carde ou poirée, est un légume-feuille généreux et…
Artichaut
Cynara scolymus
L’artichaut (Cynara scolymus) est une grande vivace au feuillage argenté et profondément découpé, aussi imposante au…
Asperge
Asparagus officinalis
L’asperge (Asparagus officinalis) est un légume vivace peu commun au potager belge : une fois installée, une…
Rhubarbe
Rheum rhabarbarum
La rhubarbe (Rheum rhabarbarum) est une vivace robuste et longévive qui adore notre climat. Un pied bien installé tient…
Fraisier
Fragaria x ananassa
Le fraisier (Fragaria x ananassa) est un hybride apparu en Europe au dix-huitième siècle, né du croisement de deux…
Framboisier
Rubus idaeus
Le framboisier (Rubus idaeus) est un petit arbuste fruitier rustique qui pousse à l’état sauvage dans nos forêts. Il…
Cassissier
Ribes nigrum
Le cassissier (Ribes nigrum) est un petit arbuste fruitier rustique qui se plaît vraiment sous nos latitudes. Il donne…
Groseillier à grappes
Ribes rubrum
Le groseillier à grappes (Ribes rubrum) est un petit fruitier buissonnant qui produit ces jolies grappes de baies…
Myrtille
Vaccinium corymbosum
La myrtille cultivée (Vaccinium corymbosum) est le grand cousin arbustif de la myrtille sauvage, aussi appelé bleuet en…
Pommier
Malus domestica
Le pommier (Malus domestica) est l’arbre fruitier roi sous le climat belge, celui qui remplit les vergers du pays de…
Poirier
Pyrus communis
Le poirier (Pyrus communis) est le cousin du pommier, un arbre fruitier de nos jardins qui donne des fruits fondants…
Cerisier
Prunus avium
Le cerisier (Prunus avium) est un arbre fruitier vigoureux et rustique, parfaitement à l’aise sous le climat belge. Sa…
Prunier
Prunus domestica
Le prunier (Prunus domestica) est l’arbre fruitier familial par excellence dans nos campagnes, celui qu’on trouve au…
Pêcher
Prunus persica
Le pêcher (Prunus persica) est un arbre fruitier originaire de Chine, qui aime bien plus de chaleur et de soleil que…
Figuier
Ficus carica
Le figuier (Ficus carica) est un arbre méditerranéen, mais il se cultive bel et bien en zone 8a à condition de…
Vigne
Vitis vinifera
La vigne (Vitis vinifera) est une liane vigoureuse qui produit le raisin de table, cultivée depuis l’Antiquité autour…
Olivier
Olea europaea
L’olivier (Olea europaea) est un arbre méditerranéen à la rusticité juste limite chez nous, en zone 8a. Un sujet bien…
Hortensia
Hydrangea macrophylla
L’hortensia (Hydrangea macrophylla) est sans doute l’arbuste à fleurs le mieux adapté au climat de Herve. Originaire…
Rosier
Rosa
Le rosier (Rosa) est un arbuste à fleurs rustique qui passe l’hiver dehors sans souci dans la région de Herve. Sa…
Lavande vraie
Lavandula angustifolia
La lavande vraie (Lavandula angustifolia) est une plante méditerranéenne rustique qui parfume et attire les abeilles…
Romarin
Salvia rosmarinus
Le romarin (Salvia rosmarinus, longtemps nommé Rosmarinus officinalis) est un arbuste méditerranéen persistant, aux…
Thym
Thymus vulgaris
Le thym (Thymus vulgaris) est un petit sous-arbrisseau méditerranéen aux tiges ligneuses et au parfum puissant. Habitué…
Sauge officinale
Salvia officinalis
La sauge officinale (Salvia officinalis) est un petit arbuste aromatique au feuillage persistant gris-vert, originaire…
Buis
Buxus sempervirens
Le buis (Buxus sempervirens) est un arbrisseau persistant que l’on plante en Belgique depuis des générations, taillé en…
Questions fréquentes
Quelle épaisseur de paillis faut-il mettre ?
Il n’y a pas une épaisseur, il y en a une par matériau, et le chiffre unique répété partout fait des dégâts. Une tonte fraîche se pose en couches de 1 à 2 cm, sinon elle se tasse en feutre imperméable. Des feuilles broyées tiennent à 5 ou 8 cm, entières elles forment une croûte que l’eau ne traverse plus. La paille se pose entre 8 et 15 cm parce qu’elle se tasse énormément. Un broyat grossier se maintient à 10 cm pour bloquer les adventices. Deux garde-fous : sur un sol lourd et souvent gorgé d’eau, on descend à 2 ou 3 cm de matériau fin ou on ne paille pas, et autour d’un arbre on s’en tient à une dizaine de centimètres, en dégageant un anneau nu au pied. Cette dernière limite est une prudence d’usage et non un seuil démontré : aucune profondeur de paillis n’a été établie comme faisant décliner un arbre.
Le paillage affame-t-il vraiment le sol en azote ?
Cela dépend entièrement de l’endroit où se trouve le matériau. Posé en surface, un paillis très carboné n’est en contact avec la terre que par sa face inférieure : l’azote est mobilisé dans cette zone de contact, sur l’épaisseur d’un centimètre environ, et les racines qui explorent plus bas ne voient rien passer. Incorporé au sol, le même matériau répartit la concurrence dans tout le volume travaillé, en pleine zone racinaire, et là le blocage est réel et dure des mois. Les seuls matériaux vraiment concernés par une immobilisation massive sont les plus carbonés de tous : écorces, sciure et broyat de bois âgé. La paille, elle, n’en fait pas partie. Une tonte de gazon, entre 9 et 25, libère de l’azote au lieu d’en prendre.
Quand faut-il pailler, et à partir de quand est-ce trop tôt ?
Un paillis se pose sur un sol déjà chaud et déjà humide. Trop tôt, il fait exactement l’inverse de ce qu’on veut : il isole un sol froid et retarde son réchauffement, ce qui est mesurable et pénalise tomate, poivron, aubergine, concombre et melon, toutes cultures qui végètent tant que le sol reste froid. Il enferme aussi la sécheresse s’il est épandu sur une terre sèche. Le repère utile n’est pas une date mais un état : sol ressuyé, réchauffé, et plants déjà installés. Sur une planche couverte pendant la saison froide, écartez le paillis environ deux semaines avant de planter les cultures de chaleur, puis remettez-le une fois les plants bien partis.
Le paillage attire-t-il les limaces ?
Il ne les attire pas, il les loge, et la nuance change la façon d’y répondre. La littérature sur les cultures conduites sans travail du sol est constante : une couverture de résidus crée le microclimat frais, sombre, humide et stable dont les limaces ont besoin, et les dégâts y sont plus élevés. En revanche, l’idée qu’un matériau les repousse ne tient pas : un essai de la Royal Horticultural Society mené en 2023 sur 108 laitues pendant six semaines a comparé écorce de pin, coquilles d’œuf, gravier, ruban de cuivre et granulés de laine à des laitues sans protection, sans trouver la moindre différence. Le levier n’est donc pas le matériau mais le moment : peu ou pas de paillis autour des jeunes plants, anneau dégagé au pied, et couche installée quand les plants ont pris de l’avance.
Peut-on pailler avec des tontes de gazon, des aiguilles de pin ou des coques de cacao ?
Les tontes oui, en couches de 1 à 2 cm et ressuyées, à une condition : connaître l’historique de la pelouse. Les herbicides sélectifs de la famille de l’aminopyralide et du clopyralide traversent la tonte, le fumier et le compostage sans se dégrader et restent actifs de quelques mois à trois ou quatre ans, à des doses infimes suffisantes pour déformer tomates, haricots et laitues. Les aiguilles de conifères et l’écorce de pin, oui également : le mythe de l’acidification ne résiste pas aux mesures, elles sont acides à la chute mais neutralisées à la décomposition, et elles ne rendront donc pas non plus une terre compatible avec une myrtille. Les coques de cacao, elles, sont à écarter : elles contiennent de la théobromine et de la caféine comme le chocolat, et elles en ont l’odeur, donc elles attirent activement le chien. Le centre antipoison animal de l’ASPCA a documenté des cas d’intoxication, avec vomissements, tremblements, convulsions et tachycardie, et le manuel vétérinaire de référence rapporte des morts d’animaux qui en avaient consommé. C’est rare, mais c’est arrivé : dans un jardin fréquenté par un chien, on ne les emploie pas.
Paillis organique ou paillis minéral : lequel choisir ?
Ils ne font pas le même travail. Un paillis organique se décompose, donc il nourrit le sol, il faut le recharger, et il maintient la zone racinaire plus fraîche : c’est le choix du potager, des petits fruits et des massifs de plantes de terre fraîche. Un paillis minéral ne se décompose jamais, donc il n’apporte rien au sol et n’en apportera jamais, mais il ne demande aucun entretien et emmagasine la chaleur du jour pour la restituer la nuit. Cette inertie thermique convient à ce qui vient de climats secs, lavande, romarin, thym, sauge, olivier, vigne, et pénalise tout ce qui réclame un sol frais. Deux points à savoir : l’ardoise ne rend pas un sol acide, aucun effet mesurable sur le pH n’étant à en attendre, et un paillis minéral est un choix quasi définitif, très pénible à retirer une fois qu’il s’est enfoncé dans la terre.
Green Hub s’occupe de vos plantes
Photographiez une plante : Green Hub l’identifie et écrit sa fiche de soin, sans compte. Connectez-vous ensuite pour garder ses photos datées et son historique dans le temps.
Identifier une plante